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Faut-il sortir les patients COVID des hôpitaux?

Un expert plaide pour la mise en place de centres régionaux dédiés aux patients de la COVID-19. Des intervenants de la santé veulent plutôt miser sur des centres de convalescence pour libérer des lits.

Une personne en habit de protection pousse une civière sur laquelle se trouve quelqu'un.

Les hospitalisations dues à la COVID-19 continuent d'augmenter au Québec.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Nahila Bendali

Les hospitalisations en raison de la COVID-19 exercent une pression importante sur les hôpitaux du Québec. Le délestage s’est accru dans plusieurs régions cette semaine pour faire de la place aux patients atteints de la maladie. Certains se demandent s’il ne faut pas repenser la gestion des hospitalisations dans la province.

La capacité hospitalière désignée aux patients COVID est dépassée à plusieurs endroits au Québec. Pour faire de la place, de nombreuses régions ont déclenché le niveau de délestage maximal, qui permet de reporter jusqu’à 80 % des chirurgies non urgentes.

Les hôpitaux ne sont pas conçus pour gérer des pandémies, estime Cyril Stein, qui a œuvré comme gestionnaire d’opérations humanitaires d’urgence dans de nombreux pays. Il a notamment mis en place un centre de traitements lors de l’épidémie de choléra en Haïti en 2011.

Cyril Stein, devant un hélicoptère, en Haïti.

Le consultant Cyril Stein

Photo : Gracieuseté : Cyril Stein

Le consultant propose de mettre en place des centres de soins régionaux destinés aux patients atteints de la COVID-19. Ces infrastructures, qui pourraient se déployer près d’axes routiers ou d’aéroports, regrouperaient sous un même toit les ressources humaines et matérielles nécessaires au traitement des formes bénignes, modérées ou graves de la maladie.

Les Forces armées canadiennes seraient responsables de la logistique et du soutien médical, avec l’appui du personnel médical civil.

Les centres de soins consacrés à une pathologie sont généralement déployés dans des opérations humanitaires internationales au cours d’épidémies. Au début de la pandémie, l’Organisation mondiale de la santé proposait de mettre en place des centres spécialisés si la capacité du système de santé était dépassée.

Des exemples ailleurs dans le monde

Des pays ont fait le pari de cette stratégie à différents moments de la pandémie.

Au Royaume-Uni, le gouvernement a ordonné à la fin de décembre la mise sur pied de huit hôpitaux temporaires qui pourront accueillir 100 patients chacun étant donné la recrudescence des cas déclarés.

Au tout début de la pandémie, la Chine avait construit en vitesse des hôpitaux destinés aux patients atteints de la COVID-19.

Des tentes abritant des hôpitaux de campagne ont fait leur apparition à New York au plus fort de la première vague, notamment sur les terrains du Downstate Medical Center à Brooklyn.

Ça s’est fait dans des circonstances très particulières, nuance toutefois le neurologue franco-américain qui y a travaillé, Julien Cavanagh.

Le médecin franco-américain Julien Cavanagh.

Le médecin Julien Cavanagh a travaillé dans un hôpital érigé pour les patients COVID à New York lors de la première vague. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Les installations temporaires étaient en face d’un hôpital normal, ce qui permettait d’orienter rapidement les patients selon leur pathologie. Et durant la première vague, les patients qui avaient d’autres problèmes de santé que la COVID-19 ne se présentaient pas à l’hôpital, ce qui n’est plus le cas maintenant.

« Qu’est ce qu’on fait lorsque les patients viennent pour une hospitalisation programmée et qu’on a une découverte fortuite d’infection à la COVID-19? Tout ça, finalement, ça rend les choses très compliquées. »

— Une citation de  Le neurologue Julien Cavanagh

Pas dans les plans

D’ailleurs, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) n’envisage pas pour l’instant de mettre sur pied des centres régionaux pour la COVID.

Près de 50 % des patients hospitalisés pour la COVID-19 le sont également pour d’autres problèmes de santé. Par conséquent, ces personnes doivent avoir accès aux équipements médicaux et aux professionnels de la santé qui sont requis selon leur état, précise par courriel le porte-parole du Ministère de la Santé et des services sociaux Robert Maranda.

L’ancien PDG de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, David Levine, croit plutôt qu’il faut utiliser au maximum les infrastructures existantes, surtout pour les patients qui ont besoin de soins aigus.

David Levine en gros plan.

David Levine a été PDG de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal.

Photo : La Presse canadienne / PAUL CHIASSON

On arrive à l’hôpital. On a un diagnostic de COVID dans les premiers jours. On a de la difficulté à respirer. Tout d’un coup, on a besoin de soins intensifs et d’un ventilateur. Pensez-vous qu’un lieu en région monté assez vite va avoir la main-d’oeuvre, le matériel ou la compétence pour faire le traitement? Je ne pense pas, soutient-il.

Les différents acteurs du réseau de la santé s’entendent : la pénurie de personnel soignant aggrave les choses. Ils sont plus de 20 000 employés à s’absenter en raison de la COVID-19. En point de presse, le premier ministre François Legault admettait avoir besoin de 1000 personnes de plus dans les hôpitaux pour passer au travers des prochaines semaines.

L’aide du personnel médical de l’armée resterait insuffisante, croit le chef médical du programme de soins critiques pour le CIUSSS du Nord-de-l'Île-de-Montréal, Patrick Bellemare.

Le Dr Bellemare porte un sarrau bleu, un masque et a un stéthoscope autour du cou.

Patrick Bellemare est chef du programme de soins critiques à l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

On ne sera pas capable de maîtriser les deux clientèles, puis de faire une prise en charge complètement distincte qui permettrait une quelconque forme d'économie d'échelle, estime-t-il.

Des centres de convalescence comme solution?

Des ressources transitoires qui prendraient en charge les patients une fois les soins aigus terminés pourraient aider à réduire la pression dans les hôpitaux, croit le Dr Bellemare. Des centres du genre existent à Laval, à Lévis et à Québec notamment.

Vue de la rotonde de l'hôtel Le Concorde à Québec.

L’hôtel Le Concorde redeviendra à nouveau un centre de convalescence destiné aux résidents de Québec qui se rétablissent de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Le Ministère de la Santé et des services sociaux encourage les établissements à mettre en place les mesures nécessaires, comme l’utilisation de lieux non traditionnels de soins pour dégager la capacité hospitalière. Les enjeux de ressources humaines rendent toutefois cette approche plus difficile dans certaines régions, admet le ministère.

On pourrait faire appel à des proches aidants pour offrir des services dans ces installations, ajoute l'ancien gestionnaire en santé David Levine.

Ils viennent, ils ont un peu de formation, tout l’appareillage nécessaire pour la protection, et fournissent de l’aide comme ils le font pour leur proche à la maison ou dans les centres de soins de longue durée, opine-t-il.

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