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Le gras pourrait-il ralentir l’apparition du diabète de type 2?

Illustration artistique montrant le pancréas qui se situe dans le haut de la cavité abdominale.

Le pancréas se situe dans le haut de la cavité abdominale en s'étendant de gauche à droite au-dessus du duodénum. Il est à la fois un organe et une glande du corps humain.

Photo : iStock

Radio-Canada

L’exposition du pancréas au gras l’aiderait à s’adapter à un excès de sucre, ralentissant par le fait même l’apparition du diabète, montrent les travaux de chercheurs suisses associés à l’Université de Genève.

L’étude de Lucie Oberhauser et de ses collègues de l’Université de Genève tend à contredire l’hypothèse selon laquelle une alimentation trop riche altère le fonctionnement des cellules pancréatiques et rend la régulation du taux de sucre dans le sang moins efficace, une réalité qui mènerait à l’apparition du diabète de type 2.

Ainsi, ces chercheurs pensent que le gras n’aggraverait pas forcément la maladie métabolique, et qu'il pourrait jouer un rôle protecteur et retarder son apparition. Ils viennent à ce constat après avoir étudié les cellules bêta pancréatiques productrices d’insuline.

En analysant les mécanismes cellulaires à l’œuvre, l’équipe de recherche a ainsi découvert comment un cycle de stockage et déstockage du gras permettait aux cellules de s’adapter à l’excès de sucre, explique l’Université dans un communiqué.

Repères

  • Plus de 300 millions de personnes dans le monde souffrent du diabète de type 2, dont 2 millions de Canadiens adultes. Ce chiffre devrait doubler dans les prochaines années en raison de l'augmentation de l'obésité.
  • Le diabète est une maladie chronique qui se manifeste lorsque le corps est incapable de produire suffisamment d'insuline ou de l'utiliser correctement. Le corps a besoin d'insuline pour transformer le sucre en énergie.
  • Il peut entraîner de graves complications et un décès prématuré.

Un mécanisme biologique inattendu

Dans le détail, le diabète de type 2 est la forme la plus fréquente de diabète, avec 90 % des cas. Il apparaît à la suite d’un dysfonctionnement des cellules bêta du pancréas, chargées de sécréter l’insuline. Ce mauvais fonctionnement perturbe la régulation du taux de sucre dans le sang et peut provoquer plusieurs complications notamment aux yeux, aux reins, aux nerfs, au cœur et aux vaisseaux sanguins.

Dans les années 70, le gras a été montré du doigt et le concept de lipotoxicité est apparu : une exposition au gras des cellules bêta serait la source de leur détérioration. Plus récemment, l’excès de sucre a été lui aussi accusé d’endommager les cellules bêta et de favoriser le développement du diabète de type 2, expliquent les chercheurs, dont les travaux sont publiés dans la revue Diabetologia (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

De nos jours, le rôle du sucre dans l’apparition de la maladie ne fait plus aucun doute, mais le rôle du gras dans le dysfonctionnement des cellules bêta reste ambigu. C’est pour mieux cerner les mécanismes cellulaires en jeu que les chercheurs ont mené leur étude. Nous avons étudié les adaptations de cellules bêta humaines et murines à des excès de sucre ou de gras, affirme le Pr Pierre Maechler, qui a dirigé les travaux.

Différencier les effets du gras et du sucre

Pour arriver à distinguer l’effet du gras de celui du sucre, les scientifiques ont exposé des cellules bêta à un excès de sucre, à un excès de gras, puis à une combinaison des deux.

Sans surprise, la toxicité du sucre a été confirmée. Les cellules bêta exposées à un haut taux de sucre sécrétaient beaucoup moins d’insuline que la normale, notent les chercheurs.

De plus, ces derniers ont aussi remarqué que lorsque les cellules sont exposées à la fois à un surplus de sucre et à un surplus de gras, elles entreposent le gras en prévision de périodes moins fastes sous forme de gouttelettes (voir la photo).

Des cellules bêta pancréatiques vues au microscope.

Des cellules bêta pancréatiques vues au microscope. Les cercles blancs au centre de la cellule correspondent à des gouttelettes de stockage des graisses.

Photo : UNIGE/Laboratoire Maechler

De manière très surprenante, nous avons mis en évidence que ce stock de gras, au lieu d’aggraver la situation, permettait au contraire de restaurer une sécrétion d’insuline proche de la normale. L’adaptation des cellules bêta à certaines graisses contribuerait ainsi à maintenir un taux de sucre normal dans le sang, estime Lucie Oberhauser, première auteure de la recherche.

Les chercheurs ont aussi établi que les gouttelettes de gras ne constituaient pas des réserves statiques, mais qu’elles étaient le lieu d’un cycle dynamique de stockage et de déstockage.

En outre, c’est grâce aux molécules de gras libérées que les cellules bêta s’adaptent à l’excès de sucre et maintiennent une sécrétion d’insuline proche de la normale, notent-ils.

Cette libération de gras ne pose pas vraiment problème tant que l’organisme les utilise comme source d’énergie, soutient Pierre Maechler.

« Pour éviter de développer un diabète, il s’agirait de donner une chance à ce cycle bénéfique d’être actif, par exemple en maintenant une activité physique régulière. »

— Une citation de  Pierre Maechler

L’objectif est maintenant de déterminer par quel mécanisme ce gras libéré stimule la sécrétion d’insuline. Cette percée permettra peut-être de découvrir un levier thérapeutique permettant de retarder l’apparition du diabète, concluent les chercheurs.

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