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Une surveillance des eaux usées pour anticiper les éclosions en CHSLD

Des eaux usées analysées dans un laboratoire de l'Université Laval

Des chercheurs ont démontré que la charge virale de la COVID-19 augmente dans les eaux usées quelques jours avant l'apparition des symptômes dans la population.

Photo : Radio-Canada

La surveillance des rejets d’eaux usées des CHSLD et des refuges pour sans-abris pourrait permettre de prévenir des éclosions dans ces milieux de vie abritant des personnes vulnérables, croient des chercheurs de l’Université Laval.

À l’hiver 2021, les chercheurs du projet CentreEau-COVID ont installé des dispositifs de détection du virus SRAS-CoV-2 dans les systèmes d'égout de six établissements de Québec : trois CHSLD et trois organismes communautaires, dont Lauberivière, un refuge pour personnes itinérantes.

L’autre volet du projet pilote consistait à prélever des échantillons d'eau dans le système municipal, afin de mesurer la présence du virus dans la population en général.

Peter Vanrolleghem dans son laboratoire de l'Université Laval

Le professeur de l'Université Laval, Peter Vanrolleghem, a étudié la présence du virus SRAS-CoV-2 dans les eaux usées de la ville de Québec.

Photo : Radio-Canada

Plusieurs chercheurs ont en effet démontré qu’il est possible de détecter le virus dans les matières fécales bien avant l’apparition des symptômes.

On s'est dit : puisqu'on peut le faire à l'échelle des municipalités, on pourrait voir si ça peut nous aider à détecter précocement des éclosions dans des milieux ou une éclosion peut prendre une tournure extrêmement grave, explique un des membres de l’équipe de recherche, le professeur Slim Haddad.

Deux chercheurs au travail dans un laboratoire.

Les capteurs s'activent

Le 10 mai 2021, les capteurs de Lauberivère s’activent. Une charge virale a été détectée dans les eaux usées du refuge, déclenchant une préalerte. Le lendemain, un signal est à nouveau détecté, et une alerte est envoyée à la direction régionale de la santé publique, étroitement impliquée dans le projet.

Le 13 mai, un dépistage massif est déclenché à Lauberivière, même si aucun cas n’est officiellement rapporté. Tous les employés et les usagers qui acceptent sont invités à subir un test. Au terme de cet exercice, aucun cas de COVID-19 n’a finalement été détecté.

Peut-être qu'une personne est passée souper un soir, et les [capteurs] ont détecté dans les eaux usées qu'une personne avait eu la COVID, mais que la personne n'est pas revenue et qu'il n'y a pas eu d'éclosion à ce moment-là. On ne le sait pas, explique le directeur général de Lauberivière, Éric Boulay.

Plan rapproché d'un homme, à l'extérieur, devant la bâtisse de Lauberivière

Éric Boulay, directeur général de Lauberivière

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

N’empêche, le 27 mai, une opération de vaccination est déclenchée sur le site de l’organisme. Environ 80 usagers et intervenants sont vaccinés à l’extérieur du centre. Selon Éric Boulay, ces opérations de dépistage et de vaccination n’auraient pas été mises en place aussi rapidement si le virus n’avait pas été détecté dans les égouts.

« Ça a augmenté, je pense, la rapidité et l'intensité des actions. »

— Une citation de  Éric Boulay, directeur général de Lauberivière

C'est un exemple où les eaux usées ont servi de déclencheur à des actions que la santé publique aurait menées, mais peut-être uniquement s'il y avait eu une situation d'alerte effective, une situation d'éclosion déjà identifiée, croit lui aussi Slim Haddad.

Manque de fonds

Le projet pilote dans les six établissements a pris fin au début de l’été 2021. L’équipe n’avait plus les fonds pour poursuivre la recherche. Le prélèvement dans les égouts municipaux a quant à lui pris fin début décembre, à l’arrivée du variant Omicron.

Les capteurs n’ont détecté qu’une autre charge virale digne de mention, cette fois dans l’un des trois CHSLD ciblés. Il y avait toutefois une bonne raison : une zone tiède venait d’y être aménagée pour accueillir des patients COVID.

Une technicienne introduit un capteur dans un tuyau de plomberie

Un capteur, ou torpille, est installé dans un conduit d'eaux usées d'un CHSLD.

Photo : Peter Vanrolleghem

À Lauberivière, la disparition des capteurs est accueillie avec beaucoup de déception. En novembre, le directeur général a envoyé une lettre au directeur de la santé publique de la Capitale-Nationale, le Dr André Dontigny, pour demander qu’on les réinstalle.

Les personnes fréquentant notre ressource vivent dans la rue, en groupe, sans masque et sans distanciation, écrit Éric Boulay. Plusieurs usagers refusent le dépistage par Panbio (test antigénique rapide) ou PCR. Dans ce contexte, la stratégie de prévention qui couplait le dépistage individuel par tests rapides et l’analyse des eaux usées prenait tout son sens pour notre milieu.

« Il y a, actuellement, une recrudescence de cas dans les ressources pour itinérants. [...] Si jamais tous les refuges devaient être en éclosion en même temps, il y aura des gens qui n’auront absolument nulle part où aller. »

— Une citation de  extrait de la lettre d’Éric Boulay

Une éclosion majeure

Fin décembre, Lauberivière est finalement frappé par une éclosion majeure. En date du 10 janvier ,environ 130 personnes ont été infectées. La santé publique met en place un centre de convalescence où les usagers infectés sont hébergés sans risque de contaminer les autres. Éric Boulay croit que si les capteurs de détection du virus étaient restés en place, l’éclosion aurait pu être détectée plus tôt, et le centre de convalescence aurait pu ouvrir ses portes plus promptement.

« Dans la lutte à la COVID, c'est des actions de prévention qu'on fait. »

— Une citation de  Éric Boulay, directeur général de Lauberivière

C’est aussi l’avis du Dr. Haddad.

Plus vous détectez rapidement la survenue d'une éclosion, plus vous réduisez la fenêtre d'intervention qui va permettre aux équipes d'agir rapidement et de mettre en place les mesures de distanciation et de contrôle dans ces milieux, note-t-il.

Un capteur rouge en forme de torpille

Ce type de capteur, aussi appelé torpille, est installé dans le système d'eaux usées pour détecter la présence du virus SRAS-CoV-2.

Photo : Slim Haddad

Une recommandation attendue

Afin de poursuivre la vigie des eaux usées, les chercheurs du CentrEau-COVID sont en attente de savoir si le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) décide de subventionner le projet.

Vendredi, le MSSS affirmait que les résultats préliminaires de ce projet n’ont pas permis de conclure que la vigie des eaux usées, avec la méthodologie actuelle, serait un outil de détection précoce du virus SRAS-CoV-2. Le ministère ajoutait toutefois être en attente d’un avis de l’Institut national de santé publique du Québec sur son utilité dans le contrôle de la pandémie.

Or, lundi, l’INSPQ indiquait par courriel que cet avis avait été transmis au ministère en décembre.

Dans une revue de littérature qui paraîtra cette semaine, l’INSPQ conclut que la surveillance de la COVID-19 dans les eaux usées est un domaine qui évolue rapidement et qui peut présenter un intérêt en santé publique pour détecter et interpréter la circulation de la maladie dans la population, mentionne la conseillère aux communications de l’Institut, Sybille Jussome.

Le MSSS affirme maintenant que des rencontres auront lieu cette semaine et que la Santé publique pourra par la suite émettre ses recommandations.

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