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Des hôpitaux profitent de plus en plus de tirages moitié-moitié

Juliette et Jean-Marc Larcher tiennent un immense chèque.

Juliette Larcher, de Hanmer, dans le Grand Sudbury, a remporté près de 900 000 $ lors du plus récent tirage moitié-moitié organisé par la Fondation Horizon Santé-Nord.

Photo : Fondation Horizon Santé-Nord

Grâce à des plateformes d’achat de billets en ligne pour des tirages moitié-moitié, des fondations d’hôpitaux ontariens amassent depuis quelques mois des sommes considérables, essentielles pour l’achat d’équipement en raison d’un financement public insuffisant.

La popularité des tirages mensuels dans le Nord de l’Ontario ne se dément pas : des cagnottes dépassant le million de dollars ont été remportées dans les derniers mois.

À Thunder Bay, le tirage de décembre 2021 a permis d’amasser plus de 4,2 millions de dollars.

Selon Glenn Craig, PDG de la Fondation du Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay (CRSSTB), le passage à une version totalement en ligne des tirages, au début de 2021, est survenu à un moment propice.

Le gouvernement venait de donner l’ordre de rester à la maison, rappelle M. Craig. Les gens n’avaient rien à faire.

Glenn Craig pose pour une photo avec d'autres personnes.

Glenn Craig (à gauche sur la photo), le président de la Fondation du Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay, lors du lancement en 2019 d'une campagne de financement pour la création d'un programme de chirurgie cardiaque.

Photo : Fondation du Centre régional des sciences de la santé de Thunder Bay/Heather Vita

M. Craig raconte que l’hôpital organisait de tels tirages avant la pandémie avec des billets en papier.

Puis en 2020, la fondation a testé un modèle hybride, avant de passer complètement au format virtuel.

Selon M. Craig, les fonds amassés lors des événements traditionnels de collecte de dons ont diminué de 900 000 $ en raison de la pandémie.

Des achats importants

La Fondation du CRSSTB a annoncé en novembre dernier des achats d’équipements d’une valeur de plus de 4 millions de dollars.

Glenn Craig ajoute que les fonds amassés récemment grâce au tirage moitié-moitié aident à faire avancer le projet de ramener une unité de chirurgie cardiaque à Thunder Bay.

Du côté de Sudbury, des tirages moitié-moitié sont faits par trois fondations qui se partagent les fonds amassés : la Fondation Horizon Santé-Nord, la Fondation NEO Kids et la Fondation du Nord en cancérologie.

Kristy Côté, présidente de la Fondation du Nord en cancérologie, explique que les trois fondations gèrent ensemble où vont les fonds.

Les premiers achats rendus possibles par la tenue des tirages moitié-moitié ont été un appareil de biopsie mammaire pour la détection du cancer du sein et deux incubateurs pour les nouveau-nés prématurés.

Un groupe de personnes portant des masques pose devant un établissement à un étage.

Le Centre de traitement pour enfants d'Horizon Santé-Nord a déménagé à la fin de 2021.

Photo : Horizon Santé Nord

À Sault-Sainte-Marie, les tirages 50-50 de la fondation de l’hôpital ont permis d'amasser un total de plus de 3 millions de dollars entre leur création en novembre 2019 et la mi-décembre 2021.

Un financement public insuffisant, selon l’opposition néo-démocrate

Les tirages moitié-moitié dans les hôpitaux, il y en avait avant, mais tu gagnais 1000 $, 1200 $ quand il y avait beaucoup de billets vendus, raconte France Gélinas, députée provinciale néo-démocrate de Nickel Belt.

Avec la COVID-19, les tirages ont été promus beaucoup plus qu’ils l’avaient jamais été, ajoute celle qui est la porte-parole de l'opposition à Queen's Park en matière de santé.

France Gélinas parle dans un porte-voix.

France Gélinas, députée provinciale, estime que la province devrait réinvestir massivement dans le système de santé.

Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau

Elle déplore le sous-financement du système de santé ontarien qui force les hôpitaux à se tourner vers d’autres sources de revenus.

« Oui, fondamentalement les hôpitaux devraient être mieux financés pour ne pas avoir à dépendre des millions de dollars des prélèvements de fonds. Mais la réalité est là. Est-ce qu’ils ont le choix ? Non, et en temps de pandémie, encore moins. »

— Une citation de  France Gélinas, députée provinciale néo-démocrate de Nickel Belt

Logan Costa, l’agent de communication de la Fondation de l’Hôpital de Sault-Sainte-Marie, croit qu’il est important pour la communauté de s’engager dans le financement de l’hôpital régional.

Il soutient que les tirages moitié-moitié sont un bon moyen de créer un lien avec la population. Je pense que la communauté devrait vraiment avoir une sorte de participation dans le financement.

M. Costa admet toutefois que si les campagnes de financement communautaires n’atteignent pas leurs objectifs, il peut y avoir des conséquences pour la santé des résidents.

À titre d'exemple, si une campagne pour financer un tomodensitomètre n'atteint pas sa cible, les examens ne peuvent tout simplement pas avoir lieu à cet hôpital.

De son côté, Glenn Craig croit que les tirages sont bien perçus à Thunder Bay. La communauté s'approprie le processus. Thunder Bay est une grande petite ville. Tout le monde connaît quelqu’un qui a gagné.

Les porte-parole de fondations ajoutent que même ceux qui ne gagnent pas savent que les fonds recueillis par les hôpitaux et leurs fondations serviront à toute la communauté.

Jason Laneville, directeur général de la Fondation de l'Hôpital de Timmins et du district, fait remarquer que plusieurs personnes qui ont quitté la région achètent des billets de tirage.

Ils profitent ainsi de cette occasion, selon lui, pour soutenir le système de santé dont profitent leurs proches qui résident encore dans le district de Cochrane.

L'enjeu éthique de la promotion de jeux de hasard

La question de la promotion d’un jeu de hasard a fait l’objet de longues discussions du côté des fondations d’hôpitaux du Nord de l’Ontario.

Logan Costa note que les membres du conseil d’administration ne voulaient pas faire partie du problème.

Il croit que la fréquence limitée des tirages atténue les risques associés aux jeux de hasard et la dépendance.

Des dizaines de machines à sous se trouvent le long d'un mur.

L'absence de gratification instantanée, comme dans les casinos, est aussi un facteur qui diminue les dangers dans le cas des tirages, selon Logan Costa.

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

C’est aussi ce qu’affirme le PDG de la Fondation du CRSSTB.

Glenn Craig assure que la question du jeu compulsif a été longuement débattue.

M. Costa ajoute que les retombées positives découlant des fonds amassés justifient la tenue de tels tirages.

Selon lui, la fondation ne peut pas empêcher quiconque d’acheter des billets, car il s’agirait de discrimination.

À Sudbury, Kristy Côté indique que les fondations respectent les règlements de la Commission des alcools et des jeux de l’Ontario. Si tu vas sur le site du tirage, tu vas voir le lien pour consulter le site d’aide pour le jeu problématique.

Matthew Young, le directeur des services de la recherche et des données probantes de Gambling Research Exchange Ontario (GREO), confirme qu’en général les tirages de type moitié-moitié présentent peu de danger, comparativement à d’autres jeux.

« Si c’est le seul [jeu de hasard] auquel vous prenez part, il n'y a probablement pas de risque. »

— Une citation de  Matthew Young, le directeur des services de la recherche et des données probantes de Gambling Research Exchange Ontario

Les dangers liés aux jeux de hasard varient selon l’intensité [de l’activité], précise-t-il. Nous savons que les jeux qui ne sont intenses que de façon très occasionnelle peuvent limiter les risques.

Le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, pour lequel M. Young travaillait avant de se joindre au GREO en octobre dernier, a par ailleurs publié en septembre de nouvelles lignes directrices sur les habitudes de jeu à moindre risque.

Une des principales recommandations du guide est de ne pas dépenser plus que 1 % du revenu du ménage avant impôts chaque mois.

Matthew Young en entrevue à la radio.

Matthew Young fait régulièrement la promotion des bonnes habitudes en matière de jeux de hasard.

Photo : Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances

Ne jouez pas plus de quatre fois par mois, et pas à plus de deux jeux différents chaque mois, ajoute M. Young.

Le risque est négligeable, mais non nul, selon France Gélinas.

On réussit à joindre les deux bouts pour offrir les services dont les gens du Nord ont besoin, mais ça vient avec un risque, note la députée, faisant référence au potentiel de tels tirages de créer ou d’exacerber des problèmes de dépendance aux jeux de hasard.

Selon elle, certaines fondations d’hôpitaux font un meilleur travail que d’autres pour prévenir de tels problèmes.

Par exemple, à l’instar de certains casinos, des fondations s’assurent de ne pas laisser jouer les gens qui leur ont dit avoir un problème de jeu compulsif.

Mais je te dirais que c’est plutôt l’exception que la règle, conclut Mme Gélinas.

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