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Classes fermées dans les écoles spécialisées : et c’est reparti

Des dizaines de classes d’écoles spécialisées, le seul milieu scolaire à avoir ouvert dès le début de janvier, ont presque aussitôt été fermées en raison de cas de COVID-19. Des enseignants estiment être exposés indûment aux dangers du virus et être mal protégés. Des parents d’enfants handicapés répondent de leur côté avoir plus que jamais besoin de ces services.

Une classe d'une école primaire spécialisée vide.

La classe d’Amélie Cayouette s’est vidée, comme plus de la moitié des classes de l’École de l’Étincelle à Montréal, seulement quelques jours après avoir accueilli ses élèves au retour des Fêtes, et ce, en raison de cas de COVID-19.

Photo : Gracieuseté : Amélie Cayouette

Amélie Cayouette a accueilli ses élèves, qui souffrent d'un trouble du spectre de l’autisme, avec un mélange de crainte et de prudence le 4 janvier dernier. « On était inquiet de rentrer travailler vu le niveau de contagiosité du variant Omicron, sans la protection de la troisième dose et sans matériel adapté », indique l’enseignante en adaptation scolaire et sociale à l’École de l’Étincelle à Montréal.

Il aura fallu quelques heures à peine pour que de premiers cas se confirment et que des élèves soient renvoyés à la maison. La classe d’Amélie n’a pas été épargnée : à peine trois jours après la rentrée, elle apprend qu’un membre du personnel infecté a été en contact avec elle et ses élèves. Isolement obligatoire de 10 jours et enseignement à distance.

Jouer au yoyo comme ça avec les élèves et leurs familles, ouvrir et fermer les classes, c’est le pire scénario pour tout le monde, s'insurge l’enseignante. Tant pour le personnel que pour les parents qui se voient imposer un isolement strict dès qu’une classe ferme, ça n’a aucun sens.

« On se sent oubliés. On savait qu’on se jetait dans la gueule du loup. Ça aurait été plus sage de retarder l’ouverture, comme pour les autres écoles. »

— Une citation de  Amélie Cayouette, enseignante à l'École de l'Étincelle à Montréal
Une jeune femme portant des lunettes et posant devant un mur blanc.

Amélie Cayouette enseigne depuis neuf ans dans une école spécialisée. Elle s'occupe présentement de quatre élève présentant un trouble du spectre de l'autisme.

Photo : Gracieuseté : Amélie Cayouette

Elle reconnaît que l’enseignement à distance est particulièrement difficile pour des élèves comme les siens, avec des besoins particuliers et individualisés, mais elle estime qu’il est possible de le faire dans une certaine mesure malgré tout, avec la collaboration des parents.

Anne-Marie Désautels, elle, enseigne dans une autre école spécialisée, toujours dans la région de Montréal. Elle ne pense pas que l’ouverture rapide de son milieu de travail ait été une erreur, car, selon elle, le télé-enseignement n'est pas une solution viable pour ses élèves.

Toutefois, elle est d’avis que les directives en vigueur sont insuffisantes et ne tiennent pas compte de la réalité de son travail auprès d’enfants lourdement handicapés.

« Ce qu’on voudrait, c’est faire notre métier de façon plus sécuritaire pour nous et pour nos élèves. »

— Une citation de  Anne-Marie Désautels, enseignante dans une école spécialisée

Elle rappelle que les contacts rapprochés avec des jeunes qui ne portent pas de masque sont incontournables vu la nature de leurs interventions et de leurs soins hautement personnalisés. Par conséquent, elle demande que les masques N95 soient fournis, que les tests de dépistage rapide soient accessibles aux élèves de plus de 12 ans et que la ventilation des classes soit améliorée en tenant compte du fait qu’ouvrir fenêtres et portes n’est pas une option dans son milieu de travail.

De mauvais augure pour la rentrée du 17 janvier

Lundi, 14 classes sur un total de 26 étaient fermées à l’École de l’Étincelle, selon l’Alliance des professeurs de Montréal. De plus, neuf classes étaient fermées dans les trois pavillons de l’École John-F. Kennedy au Centre de services scolaire Marguerite-Bougeoys, selon des informations transmises par le Syndicat des employées et employés professionnels et de bureau (SEPB-Québec). Et ce, moins d'une semaine après leur réouverture respective.

On avait peur que la COVID-19 s’invite dans ces milieux bien particuliers et, malheureusement, on constate que nos craintes étaient justifiées, explique Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeurs de Montréal.

Elle dénonce une situation de deux poids deux mesures où une catégorie d’enseignants, ceux des écoles spécialisées, sont beaucoup plus exposés et moins bien protégés que leurs confrères du secteur ordinaire.

Le directeur général du SEPB-Québec, Pierrick Choinière-Lapointe, décrie quant à lui la réouverture hâtive des écoles spécialisées qui entraîne une situation d’instabilité pour des enfants vulnérables. Ouvrir des écoles spécialisées pour fermer certaines classes quelques jours plus tard, c’est irresponsable tant pour nos membres que pour les enfants, écrit-il à Radio-Canada.

Mme Beauvais-St-Pierre ajoute que la situation dans les écoles spécialisées ne laisse rien présager de bon pour la rentrée au primaire et au secondaire prévue le 17 janvier. 

« Si c’est un reflet de ce qui nous attend pour les écoles ordinaires, on n’est pas sortis du bois! »

— Une citation de  Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal

Des parents à bout de souffle souhaitent le maintien des services

Hubert, neuf ans, vit avec une déficience intellectuelle. Pour sa mère, Julie Raquepas, l’annonce de l’ouverture de l’école de son fils dès le retour des Fêtes était un véritable soulagement.

Pour moi, c’est un gros fardeau de moins. Faire du télétravail lorsqu’on a un enfant ayant des besoins particuliers à la maison, c’est impossible, explique-t-elle. Faire l’école à distance, c’est aussi presque impossible. Sans oublier que la garde d'un enfant à grands besoins comme le sien est coûteuse et complexe à organiser.

La mère de famille est rassurée de savoir qu’aucun cas de COVID-19 ne s’est confirmé jusqu’à présent à l’établissement qu’Hubert fréquente, l’École régionale Brenda-Milner en Montérégie, et croise les doigts pour que la situation demeure ainsi.

Une mère et son fils assis sur un lit, habillés de manière assortie.

Julie Raquepas est ravie que son fils Hubert bénéficie des services offerts à son école spécialisée.

Photo : Gracieuseté : Julie Raquepas

« Pour nous, l’école spécialisée, c’est un service essentiel. Cette aide-là au quotidien, elle est nécessaire. C’est pour ça qu’on remercie le ciel qu’elle soit ouverte et on souhaite de tout coeur qu’il n’y ait pas d’éclosion.  »

— Une citation de  Julie Raquepas, mère d'un enfant qui fréquente une école spécialisée

Josée Bastien est elle aussi très heureuse d’avoir accès à des services pour sa petite Rose, six ans, qui est polyhandicapée. Elle confie que quatre cas de COVID-19 ont déjà été confirmés dans son établissement, l'École Victor-Doré à Montréal, en quelques jours seulement, ce qui lui fait craindre la fermeture éventuelle de la classe de sa fille. 

Elle comprend les appréhensions de certains enseignants, mais leur demande de mettre en perspective leurs inquiétudes étant donné l’urgence des besoins des parents. 

Une maman tient dans ses bras sa fillette souriante sur le bord d'un lac.

Josée Bastien estime elle aussi que les services fournis à l'école de sa fille sont essentiels au bon développement de la petite Rose et au maintien de l'équilibre de sa famille.

Photo : Renata Juszczuk

Je crois que c’est mieux comme ça, pour éviter l’épuisement des familles, qui en avaient déjà beaucoup à gérer avant même la pandémie. Il ne faut pas nous abandonner! implore-t-elle.

Le SEPB-Québec indique toutefois qu’en plus des enfants qui étaient forcés d’être en isolement à la maison, plusieurs parents ont préféré ne pas renvoyer leur enfant à l’école, malgré la réouverture de celle-ci la semaine dernière. Par exemple, au pavillon de Beaconsfield de l’École John-.F Kennedy, seulement 20 élèves sur 74, soit 27 %, étaient présents en classe lundi.

L’enseignement à distance a ses limites, répète le gouvernement

Interpellé par rapport aux cas de COVID-19 qui apparaissent déjà nombreux dans les écoles spécialisées, Florent Tanlet, responsable des communications du ministre Jean-François Roberge, réitère que la priorité de notre gouvernement depuis le début de cette pandémie a toujours été d’assurer la présence des élèves en classe.

« L’enseignement à distance est utile, mais comporte d’importantes limites, particulièrement pour les élèves vulnérables des écoles spécialisées. »

— Une citation de  Florent Tanlet, porte-parole du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

M. Tanlet ajoute que les employés des écoles spécialisées font partie de ceux qui peuvent déjà recevoir leur troisième dose et avoir accès aux tests PCR.

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