•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De plus en plus de parents sautent l’étape des purées, au grand bonheur des bébés

Le bébé est dans une chaise haute dans la cuisine familiale.

Le petit Gaël porte avec enthousiasme des morceaux de nourriture à sa bouche.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Ils ont six mois à peine et s’attaquent à un haricot, à un gros morceau de brocoli ou de saumon avec un plaisir manifeste. Leurs petites mains se referment sur les aliments qu’on dépose sur leur plateau.

La diversification menée par l’enfant (DME) est une approche de plus en plus populaire pour introduire les aliments solides chez bébé. Les parents profitent ainsi d’un stade de développement où le nourrisson porte tout à sa bouche.

Cela relève d’un choix individuel entre les traditionnelles purées ou les aliments solides pour commencer à nourrir l’enfant de six mois, pour qui le lait maternel ne suffit plus à apporter les nutriments nécessaires.

Les parents de Gaël trouvent commode et agréable cette façon de préparer le même repas pour toute la famille et de le partager au même moment que leur bébé.

On a eu le OK du médecin, donc on s'est lancés [...] et dès la première journée, il capotait sur la nourriture, vraiment! Après tout, pour les bébés, ça doit être meilleur de manger un saumon au citron plutôt qu'une purée de chou-fleur un peu fade!, explique Andréa Laurence Tardif, la maman de Gaël, qui avait déjà expérimenté la DME avec son aîné de 4 ans.

Elle n’a pas cessé depuis de s’informer sur cette méthode développée par une infirmière du Royaume-Uni, il y a plusieurs années déjà.

Elle lui propose des morceaux de nourriture

Andréa Laurence Tardif, la maman de Gaël. Il vient de commencer à manger des aliments solides : aujourd’hui du saumon au citron, des haricots et des pommes de terre.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

La science n’est pas encore claire sur les bienfaits de cette approche. Les études comparatives sont rares et n’ont pas démontré les bénéfices que les parents attribuent déjà à la DME. Par exemple, on n’arrive pas à mesurer l’amélioration de la motricité fine avec l’alimentation autonome.

La professeure en nutrition à l’Université de Montréal Véronique Gingras a eu recours à cette approche avec sa propre fille parce qu’elle trouve intéressante l’idée que le bébé écoute les signaux de faim et de satiété qu’il ressent. Mais elle ne peut dire que les recherches confirment que la DME est mieux que l’alimentation menée par l’adulte muni d’une cuillère.

À ma connaissance, il n’y a eu que deux études importantes jusqu'à maintenant qui ont démontré qu'il n'y a pas d'effets négatifs avec la DME : donc pas plus de risque d'étouffement [qu’avec les purées, NDLR], pas non plus de risque de carences alimentaires chez l'enfant et aucun retard de croissance ou gain de poids, explique Véronique Gingras, qui est aussi chercheure au CHU Ste-Justine.

Nourrir bébé : des morceaux de nourriture plutôt que de la purée

Des parents avides d'en savoir plus

À voir les livres publiés et les groupes de discussion en ligne, l’approche est assurément en vogue chez les jeunes parents, parfois à l’étonnement des grands-parents. C’est ce que constate la nutritionniste-conseil Sandra Griffin, qui alimente une page Facebook Maman mange bien et qui est l’auteure d’un livre sur l’alimentation autonome du bébé.

Elle-même mère de quatre enfants, elle répond régulièrement aux questions sur l’alimentation des bébés lors de conférences ou de séances d’information en ligne.

« On veut que chaque petite bouchée qu'il mange lui apporte des nutriments, des saveurs et des textures. Donc, on est vraiment dans le développement du goût, le développement de ses capacités de manger et de son intérêt envers les aliments. »

— Une citation de  Sandra Griffin, nutritionniste-conseil et auteure
Dans sa cuisine en train de faire une recette pour bébés.

Sandra Griffin, nutritionniste-conseil et auteure

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Parce qu’il y a des risques d’étouffement, il importe de préparer les aliments en fonction des capacités du nourrisson qui ne mastique pas encore, mais plutôt les écrase avec sa langue et suce ce qu’il met dans sa bouche.

Mais en purée ou en morceaux, les aliments servis au poupon de six mois et plus doivent être riches en fer.

À l'hôpital Sainte-Justine, les questions des parents sur la DME affluent depuis quatre ans.

Habituellement, les ergothérapeutes aiment tout ce qui stimule l'autonomie chez l’enfant. La DME est certainement une occasion d’exploration sensorielle et de développement moteur pour le bébé de six mois. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’alimentation autonome doit supplanter les purées.

Il y a un gain sur la motricité fine et de l’exploration sensorielle, mais si les repas durent 60 ou 90 minutes, deux à trois fois par jour, l'enfant a moins d'opportunités pour manipuler des jouets qui contribuent aussi à son développement [moteur]. Que l'enfant soit en contact avec des aliments ou avec des jouets en dehors des heures de repas, le développement va se faire de la même façon, souligne d'ailleurs Valérie Deslauriers, ergothérapeute, coordonnatrice de la Clinique de dysphagie au CHU Ste-Justine.

Il n’y a donc pas de méthode qui est meilleure que l'autre, en conclut-elle. Ça, je pense que c'est un message important pour tout le monde : [la DME] c'est un choix parental qui peut convenir à un et pas à l'autre.

En purée ou en morceaux, il ne faut pas trop attendre pour présenter au bébé les saveurs et les textures nouvelles : idéalement entre six et neuf mois, avant qu’il ne devienne plus sélectif et moins ouvert à la nouveauté vers l’âge de douze mois.

Les changements de recommandation dans l’alimentation des nourrissons

Depuis une décennie, l'âge recommandé pour introduire les aliments est passé de quatre à six mois, les organismes de santé publique et spécialistes de plusieurs pays voulant notamment prolonger les bienfaits de l'allaitement maternel.

L’introduction trop rapide des aliments solides, avant l’âge de six mois, pourrait être aussi associée à un risque d’obésité.

Les recommandations ont aussi changé depuis 2015 à l’égard des allergènes (arachides, œufs, blé, poisson, sésame, soya, lait, etc.). Plutôt que de les éviter chez les poupons, l'Organisation mondiale de la santé recommande désormais de les introduire un à la fois, en même temps que les aliments. Peu importe qu'ils soient en purée ou en morceaux.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !