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Les refuges pour itinérants de Montréal débordés à cause de la COVID-19 et du froid

Un homme fouille dans une poubelle.

La vague Omicron fait des ravages chez les personnes en situation d'itinérance à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Radio-Canada

Alors qu’une vague de froid intense s’installe, les organismes d’aide aux sans-abris de Montréal doivent composer avec un afflux important d’itinérants infectés par la COVID-19 et un manque criant de personnel au moment où on en a le plus besoin.

Depuis le début de janvier seulement, au moins 500 personnes en situation d’itinérance ont contracté la COVID-19 à Montréal, rapporte la Mission Old Brewery. Du jamais vu depuis le début de la pandémie.

Les efforts de dépistage révèlent par ailleurs qu’environ un itinérant sur trois est porteur du virus.

Selon la Mission Old Brewery, depuis le 25 décembre dernier, de 30 à 50 itinérants atteints de la COVID-19 sont sur une liste d’attente pour obtenir une place dans un refuge.

Présentement, il y a des éclosions partout dans l’écosystème; également, il y a des organismes qui ont une pénurie de main-d'œuvre, a résumé Sam Watts, le président-directeur général de la Mission Bon Accueil, en entrevue au 15-18 lundi. Alors on est vraiment dans un état de crise dans l’ensemble des organismes qui servent les gens vulnérables.

Interrogée lundi matin sur les ondes de l’émission Tout un matin, la directrice des services d’urgence à la Mission Old Brewery, Émilie Fortier, a expliqué que la multiplication rapide des personnes atteintes de la COVID-19 dans la clientèle des refuges oblige les responsables à consacrer de plus en plus d’espace et de ressources à les isoler des autres.

Pour leur venir en aide, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, la Ville et certains organismes ont aménagé deux hôtels, dont une centaine de places à l’hôtel Chrome de Montréal, afin d'accueillir les personnes itinérantes infectées, mais avec au moins 500 cas déclarés en moins de dix jours, ces établissements ne suffisent plus à la tâche.

Le reste des malades se retrouvent dans des zones rouges aménagées dans les refuges, à la rue ou encore dans des hôpitaux déjà débordés qui tentent désespérément de libérer des lits pour faire face à la vague Omicron.

« Dans des refuges comme la Old Brewery, nous devons créer des zones rouges. Et c’est très dangereux : on laisse des gens ayant la COVID dans nos établissements […] en attendant des places à l’hôtel de quarantaine. »

— Une citation de  James Hughes, président et chef de la direction de la Mission Old Brewery

L'objectif de la Mission Old Brewery est de créer 320 places de plus afin de pouvoir placer en isolement les personnes itinérantes infectées.

Il faut doubler le nombre de places [dans les hôtels de quarantaine] pour isoler notre monde. Actuellement, on a une capacité de 150 places. En fait, on est à 125 parce qu’il manque du personnel, a expliqué James Hughes sur les ondes d'ICI RDI.

Au cours de la dernière semaine de 2021 (du 26 décembre au 1er janvier), des éclosions ont été rapportées dans 27 refuges de Montréal et 110 cas d'infection parmi les employés et bénéficiaires.

Roue infernale

On a des éclosions dans certains organismes; ils veulent faire des transferts en zone d’isolement COVID au Chrome, […] mais là, on est complètement remplis, a noté Émilie Fortier.

Les organismes pour lesquels ce n’est pas possible mettent les gens à l’extérieur. La personne se retrouve à l’hôpital et prend une place dans un système qui est déjà surchargé. On est comme dans une roue infernale qui tourne depuis plusieurs jours maintenant, a-t-elle déploré.

Dans les rues, les grands froids compliquent encore plus la vie des hommes et des femmes sans logis qui se cognent régulièrement le nez à des refuges fermés faute de places ou en raison d'éclosions de COVID-19.

« Ça fait un an que je suis dans la rue… C’est dur avec la COVID. Beaucoup de places sont fermées. »

— Une citation de  Stéphane, rencontré aux abords de la Mission Old Brewery

Pour d'autres, les grands froids se résument à une quête perpétuelle de chaleur alors que les places se font rares dans les refuges.

C’est dur un peu de trouver une place. C’est bondé, a expliqué un homme assis sur un bloc de béton au centre-ville. Entre deux logements, c’est pas vivable, le froid comme ça. C’est vraiment trop intense. Fait que le monde se retrouve dans les portiques ou les haltes chaleur. Ils se réchauffent comme ils peuvent.

Si la situation pandémique est venue compliquer les choses, la crise était cependant prévisible, selon Sam Watts.

C’est une habitude que nous avons tous les hivers, ça fait des années que je vois la même chose, même avant la COVID. On a une réaction après une période de grand froid pour dire : "Il va falloir vraiment faire quelque chose." Puis l’année suivante arrive et rien n’est fait, a-t-il déploré.

« Il faut bâtir un continuum de soins qui va faire en sorte qu’on ne sera pas toujours pris dans un mode urgence. »

— Une citation de  Sam Watts, président-directeur général de la Mission Bon Accueil
Une personne sans-abri avec ses effets personnels une journée d'hiver.

Les ressources pour sans-abris s'inquiètent également du sort des personnes en situation d'itinérance en raison du grand froid qui doit s'installer à Montréal au cours des prochains jours. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Besoin urgent de personnel et de bénévoles

La Ville et le gouvernement sont prêts à fournir des locaux et des ressources matérielles pour augmenter la capacité d’accueil des personnes itinérantes, mais la pénurie de main-d'œuvre frappe également les refuges.

« On a obtenu une aide rapide et efficace du CIUSSS Centre-Sud et de la Ville de Montréal. Notre problème en ce moment, c’est qu’on n’a pas de bras pour augmenter les capacités. »

— Une citation de  Émilie Fortier, directrice des services d’urgence à la Mission Old Brewery

On avait des hôtels disponibles, mais on vit l’impossibilité de combler les quarts de soir et de nuit pour accueillir les personnes […] On manque d’intervenants ou de gens qui ont de l’expérience en intervention auprès des personnes en situation d’itinérance, en service à la clientèle ou en administration pour ouvrir d’autres sites, a regretté Mme Fortier.

Ces derniers mois, les problèmes de personnel n’ont fait qu’empirer dans les organismes d’accueil pour les personnes itinérantes.

L’ensemble des organismes et des personnes qui les fréquentent sont touchés, selon Émilie Fortier.

Dans une entrevue accordée à La Presse canadienne la semaine dernière, le directeur général de CARE Montréal, Michel Monette, estimait qu'environ 30 % de ses employés ne travaillaient pas et que 25 % des usagers avaient reçu un test positif à la COVID-19.

Cette année, on commence avec 200 places de moins qu'on avait l'année passée à cause du manque de financement provincial, a déploré pour sa part James Hughes.

Appel à la population

Considérant l’ampleur des besoins qui se dessinent à l’aube des mois les plus froids de l’hiver, la Mission Old Brewery a lancé un appel aux citoyens qui veulent venir prêter main-forte dans les refuges et les haltes chaleur.

On cherche des personnes qui ont soit un peu d’éducation dans le domaine, soit de l’expérience… On pense à des retraités, des étudiants, des gens qui ont de l’intérêt, qui ont envie d’apprendre. Nous, on va les accueillir, on va structurer le tout avec eux, on va les accompagner dans le défi auquel on fait face, a assuré Émilie Fortier.

Les personnes qui souhaitent contribuer doivent être doublement vaccinées. Et pour ceux et celles qui sont prêts à travailler en zone rouge, du matériel de protection individuel est fourni.

Pour présenter une candidature, les personnes intéressées peuvent composer le 514 940-5216 ou consulter le site Internet de Santé Montréal (Nouvelle fenêtre).

En attendant, les intervenants du milieu vont faire le plus possible avec les ressources que nous avons, a assuré Sam Watts.

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