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Mali : les dirigeants ouest-africains sanctionnent le maintien de la junte au pouvoir

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La CEDEAO demande le retour des civils maliens au pouvoir dans les meilleurs délais (archives).

Photo : Reuters / Luc Gnago

Radio-Canada

Les dirigeants ouest-africains réunis à Accra, la capitale du Ghana, ont décidé dimanche de fermer les frontières avec le Mali et de mettre le pays sous embargo, une sanction visant la junte pour avoir pris le pays « en otage » en se maintenant au pouvoir sans élections pendant des années.

Le colonel Assimi Goïta, chef d'État et président par intérim du Mali, est arrivé au pouvoir en août 2020 à la suite d'un coup d'État conduit par des militaires.

Les membres de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), siégeant à huis clos dans la capitale ghanéenne, ont réagi vigoureusement au projet de l'État malien de vouloir reporter les élections à 2026. Celles-ci étaient initialement prévues pour le 27 février de cette année.

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Le colonel Assimi Goïta en juillet 2021

Photo : Reuters / AMADOU KEITA

La CEDEAO a décidé de fermer les frontières avec le Mali et de suspendre les échanges commerciaux autres que les produits de première nécessité, lit-on dans un communiqué.

Elle a aussi décidé d'annuler ses aides financières et de geler les avoirs du Mali à la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Les pays membres vont rapatrier leurs ambassadeurs au Mali, théâtre de deux coups d'État militaires depuis 2020 et en proie à une profonde crise humanitaire.

Mesures disciplinaires jusqu'à nouvel ordre

Ces sanctions prennent effet immédiatement, ont-ils précisé. Elles ne seront levées progressivement que lorsque les autorités maliennes présenteront un calendrier acceptable et que des progrès satisfaisants seront observés dans sa mise en œuvre.

La proposition de la junte malienne d'organiser la présidentielle en décembre 2026 est totalement inacceptable, estime la CEDEAO. Elle signifie simplement qu'un gouvernement militaire de transition illégitime prendra le peuple malien en otage au cours des cinq prochaines années.

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Des soldats maliens ont défilé à Bamako à l'occasion d'une parade militaire pour le 60e anniversaire de l'indépendance du pays, le 22 septembre 2020.

Photo : Getty Images / AFP/MICHELE CATTANI

Ces sanctions sont plus rigoureuses encore que celles adoptées après le premier coup d'État d'août 2020. En pleine pandémie, elles avaient été durement ressenties dans un pays enclavé parmi les plus pauvres du monde.

La junte dit aujourd'hui ne pas être capable d'organiser des élections présidentielles et législatives comme prévu fin février, invoquant l'insécurité persistante dans le pays, en proie aux violences djihadistes. Elle souligne la nécessité de réformes préalables pour que les élections ne souffrent pas de contestations, à l'instar des précédentes.

La CEDEAO réclame le retour des civils au pouvoir au plus vite.

Le report des élections est une rigolade

Pressentant le courroux ouest-africain, la junte avait dépêché samedi à Accra deux ministres de son gouvernement chargés de soumettre un calendrier révisé.

La nouvelle offre a été présentée dans le souci de maintenir le dialogue et une bonne coopération avec la CEDEAO, a dit samedi à la télévision nationale l'un des deux émissaires, le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, sans en préciser le contenu.

La contre-proposition malienne est une transition de quatre ans. C'est de la rigolade, a dit un haut responsable ghanéen ayant requis l'anonymat, dont le pays assure la présidence de la CEDEAO.

Pour l'organisation, dont la crédibilité est en jeu, il s'agit de défendre ses principes fondamentaux de gouvernance et de contenir l'instabilité régionale.

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L'armée assure la sécurité tandis qu'une délégation de médiation de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest rencontrait le vice-président Assimi Goïta, à Bamako (archives).

Photo : Reuters / AMADOU KEITA

Mesure de l'importance des enjeux pour la CEDEAO comme pour le pays au cœur de l'instabilité sahélienne, c'était la huitième fois que les dirigeants ouest-africains se retrouvaient, ensemble ou en visioconférence, pour parler spécifiquement du Mali (avec la Guinée après un autre putsch en septembre 2021) depuis août 2020, sans compter les sommets ordinaires.

La CEDEAO avait déjà suspendu le Mali de ses organes de décision et imposé un gel de leurs avoirs financiers et une interdiction de voyager à 150 personnalités, qu'elle accuse de faire obstruction aux élections. Ces sanctions restent en vigueur à ce jour.

Lors d'un sommet le 12 décembre, elle avait brandi la menace de sanctions économiques et financières supplémentaires. Mais la situation appelait de sa part des décisions délicates, l'exposant au risque de braquer les Maliens contre elle, disent les analystes.

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