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Ukraine : Washington met Moscou en garde contre l’« affrontement »

Un soldat observe une position de combat.

Un soldat ukrainien observe une position de combat sur la ligne de séparation des rebelles pro-russes dans la région de Donetsk.

Photo : Associated Press / Andriy Dubchak

Agence France-Presse

Les États-Unis ont averti dimanche la Russie d'un risque d'« affrontement » avant le début de pourparlers sous haute tension à Genève pour tenter de désamorcer la crise explosive qui se joue autour de l'Ukraine et, au-delà, pour essayer de rapprocher des visions en apparence irréconciliables sur la sécurité en Europe.

Quelques heures auparavant, la Russie avait exclu toute concession pour ces négociations. C'est complètement exclu, avait déclaré aux agences de presse russes le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, qui doit prendre part aux pourparlers.

Nous sommes déçus des signaux reçus ces derniers jours non seulement de Washington mais aussi de Bruxelles, avait-il ajouté.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a de son côté estimé sur CNN qu'il y avait une voie de dialogue et de diplomatie pour essayer de résoudre certains de ces différends et éviter l'affrontement.

« L'autre voie est celle de l'affrontement et de conséquences massives pour la Russie si elle renouvelle son agression contre l'Ukraine. »

— Une citation de  Antony Blinken, secrétaire d'État américain

Nous sommes sur le point de voir quelle voie le président Poutine est prêt à emprunter, a-t-il jugé.

C'est par un face-à-face des vice-ministres des Affaires étrangères des deux puissances rivales, l'Américaine Wendy Sherman et le Russe Sergueï Riabkov, que s'ouvre cette semaine diplomatique à haut risque.

Elle se poursuivra avec une réunion Organisation du traité de l'Atlantique nord-Russie mercredi à Bruxelles, puis avec une rencontre, jeudi à Vienne, de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) pour inclure les Européens, qui redoutent d'être marginalisés.

Un haut responsable de la Maison-Blanche a précisé que les Russes et les Américains auraient probablement une première conversation dimanche soir avant de tenir leur principale réunion lundi en Suisse.

Antony Blinken.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken

Photo : pool/afp via getty images / ANDREW HARNIK

Les Occidentaux et Kiev accusent les Russes d'avoir massé près de 100 000 soldats à la frontière ukrainienne en vue d'une invasion potentielle et ont menacé le président russe Vladimir Poutine de sanctions massives et sans précédent s'il attaquait à nouveau le pays voisin.

Ces mesures pourraient aller jusqu'à couper la Russie des rouages de la finance mondiale ou à empêcher l'entrée en fonctions du gazoduc Nord Stream 2, cher au Kremlin. Objectif : montrer qu'ils sont plus déterminés cette fois qu'en 2014, lorsque Moscou a annexé la Crimée ukrainienne sans que l'alliance américano-européenne parvienne à lui faire faire marche arrière.

Le président Poutine, qui s'est entretenu à deux reprises avec son homologue américain Joe Biden depuis le début de cette nouvelle crise, a prévenu que de nouvelles sanctions seraient une erreur colossale et a menacé à son tour d'une réponse militaire et technique en cas de maintien de la ligne très clairement agressive de ses rivaux.

Surtout, il a imposé et obtenu d'élargir le dialogue à plusieurs de ses exigences, pourtant vues comme autant de lignes rouges par l'Occident.

Car le Kremlin affirme que c'est l'Occident qui provoque la Russie en stationnant des militaires à ses portes ou en armant les soldats ukrainiens qui combattent des séparatistes pro-russes dans le Donbass, dans l'est de l'Ukraine.

Il réclame donc un grand traité excluant l'entrée de l'Ukraine dans l'Organisation du traité de l'Atlantique nord et le retrait des soldats américains des pays les plus orientaux de l'Alliance atlantique.

Jens Stoltenberg.

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN

Photo : Getty Images / JOHN THYS

Or, non seulement les Américains assurent ne pas être prêts à réduire leurs effectifs en Pologne ou dans les pays baltes, mais ils menacent au contraire de les renforcer si les Russes passent à l'offensive.

« Le risque d'un nouveau conflit est réel. »

— Une citation de  Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord

Cela fait certainement partie de leur stratégie de présenter une liste d'exigences absolument irrecevables, de prétendre ensuite que l'autre camp ne joue pas le jeu et d'utiliser cela comme une justification pour une agression, a renchéri Antony Blinken.

Pour John Herbst, ex-ambassadeur américain en Ukraine, le déploiement militaire russe est un gigantesque bluff de Vladimir Poutine pour décrocher des concessions.

Tant que l'administration Biden reste au moins aussi ferme qu'actuellement, a dit cet expert du cercle de réflexion Atlantic Council, cela devrait suffire à retenir Poutine d'envahir l'Ukraine, mais je n'exclus pas une opération plus limitée.

Au-delà de la crise ukrainienne, Washington espère profiter des pourparlers pour remettre sur les rails les relations américano-russes, au plus bas depuis la fin de la guerre froide, et peut-être pour obtenir des progrès sur d'autres dossiers, comme le désarmement.

Toutefois, de Paris à Berlin en passant par Bruxelles, les appels se sont multipliés pour faire une vraie place à la table des négociations aux pays du Vieux Continent, notamment l'Union européenne, face au Kremlin, qui semble vouloir privilégier le tête-à-tête russo-américain.

Il s'agit d'un test pour les États-Unis de Joe Biden qui, malgré les promesses de concertation, ont échaudé leurs alliés européens en donnant l'impression de faire cavalier seul sur l'Afghanistan ou sur la stratégie anti-Chine.

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