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Au Canada, des réfugiées afghanes vivotent entre déracinement et espoirs

Fahima Yaqubi dans une rue de Calgary.

Fahima Yaqubi a quitté Kaboul et sa famille en juin.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Depuis la prise de Kaboul par les talibans en août, des milliers d'Afghans ont fui leur pays natal. Le Canada s'est engagé à accueillir 40 000 de ces ressortissants. Ils sont actuellement 6450 à avoir commencé leur nouvelle vie à Toronto, Vancouver ou Calgary. Le choc culturel à leur arrivée est grand, tout comme l'océan d'opportunités qui s'offrent à eux, surtout pour les femmes.

Comme chaque matin depuis quatre mois, Fahima Yaqubi suit des cours d'anglais dans son salon. Elle apprend à utiliser le mot should dans une phrase.

Studieuse, la trentenaire poursuit sa journée avec des lectures et des exercices. Un livre sur le Code de la route en Alberta est posé sur la table.

Elle espère un jour trouver un emploi dans un laboratoire d’analyse ou un hôpital de Calgary, un domaine qu’elle connaît bien. Cette technicienne de laboratoire a travaillé pendant 10 ans au French Medical Institute for Mothers and Children de Kaboul, capitale de l’Afghanistan.

Ses sentiments sont partagés sur cette nouvelle vie. Je suis contente d'être partie, mais ça me déprime quand je pense à mes proches restés sur place. Là-bas, les coupures d'Internet sont fréquentes, il n'y a pas de travail, personne ne sort dans la rue, dit-elle.

Un pays en guerre

Même avant la prise du pouvoir par les talibans cet été, la paix était loin de son quotidien. En 2015, un de ses frères, avocat, survit à un attentat à la bombe, mais sa blessure grave l’oblige à prendre une retraite anticipée.

Fahima Yaqubi vit alors avec ses frères, ses sœurs et leurs enfants. Son salaire permet à la famille de manger.

Fahima Yaqubi assise dans son salon devant un ordinateur.

À défaut de pouvoir aller en classe, Fahima Yaqubi étudie l'anglais par Internet.

Photo : Fahima Yaqubi

C’était une situation catastrophique. Il n’y avait aucun espoir en Afghanistan. Lorsqu’on quittait la maison, on ne savait jamais si on allait revenir sain et sauf le soir, raconte-t-elle.

En juin, les talibans se rapprochent de la capitale. Elle réussit à quitter son pays et commence une nouvelle vie au Canada accompagnée seulement de son mari, qui travaille le jour.

La solitude fait partie des défis à surmonter pour la plupart des femmes réfugiées, selon Sherri Shergill, experte en santé mentale à la Société catholique d'immigration de Calgary (CCIS) qui leur offre des séances de soutien psychologique. Beaucoup sont isolées et souffrent de troubles de stress post-traumatique.

Contrairement aux hommes, c'est plus difficile pour ces femmes de parler de leurs sentiments et de leurs besoins. Elles ont toujours été habituées à mettre les besoins des autres membres de leurs familles avant les leurs, explique-t-elle.

Le choc culturel

En plus de la langue et de la nourriture, le froid extrême en Alberta déstabilise les réfugiés afghans, habitués à des températures minimums qui ne dépassent pas les -5 degrés Celsius.

La météo est un véritable choc culturel, mais ces femmes réalisent aussi que leurs opportunités sont plus grandes au Canada, commente Karen Ramchuk, présidente de l'organisme Women in need Calgary, qui offre du soutien aux femmes dans le besoin.

Une Afghane mendie sur un pont couvert de neige à Kaboul.

Une Afghane en burqa est assise avec un enfant sur ses genoux. Elle mendie sur un pont couvert de neige à Kaboul le 6 janvier 2022.

Photo : afp via getty images / Mohd Rasfan

Avant de venir, ils s’imaginent le Canada comme un film d’Hollywood avec de l’argent qui pousse sur les arbres, avoue Malik Selemankhel, président de l’Association des Afghans de Calgary.

L’état d’esprit ici est différent. Le niveau de liberté et d’ouverture d’esprit est à l’opposé de ce qu’ils ont vécu toute leur vie, ajoute cet Afghan arrivé dans les Prairies en 2005.

5000 réfugiés prévus à Calgary

Les mœurs et coutumes du Canada doivent vite être expliquées, selon Malik Selemankhel. En Afghanistan, la société est dominée par les hommes. Ils vont librement à l’extérieur et font vivre toute la famille. On doit leur expliquer qu'ici, les femmes peuvent travailler. On veut à tout prix éviter des affaires de violence conjugale.

Lors de son arrivée, 5000 personnes d’origine afghane vivaient déjà à Calgary. Depuis août, 325 Afghans de plus y sont arrivés, selon Ottawa. Les associations estiment que 5000 autres s’installeront dans la ville d’ici 2023. La communauté pourrait donc doubler en un an.

C’est beaucoup, avoue le président de l’Association des Afghans de Calgary. Nous voulons obtenir de l’aide financière d’Ottawa pour créer un centre communautaire afin de les aider à s’adapter au mieux.

Des personnes marchent dans un couloir extérieur formé par deux clôtures en grillages à mailles losangées.

Des familles traversent un point de passage frontalier entre l'Afghanistan et le Pakistan le 3 novembre. En 2021, 600 000 Afghans ont été déplacés à cause des conflits, selon les Nations Unies.

Photo : afp via getty images / Javed Tanveer

Les associations venant en aide aux réfugiés afghans ont peur de ne pas réussir à répondre à la demande des prochains mois, notamment pour offrir assez de cours d'anglais aux femmes, dont le niveau de compétence dans cette langue est généralement plus bas que celui des hommes.

Nous n'avons vu que la pointe de l'iceberg, estime Sherri Shergill de la CCIS. Les six prochains mois seront très occupés. Notre personnel est déjà débordé, mais nous pouvons apporter un énorme changement dans leur vie.

Fahima Yaqubi, elle, se sent encore seule. Le froid et la pandémie n’aident pas à se faire de nouveaux amis, mais elle s'estime chanceuse d'avoir chauffage, électricité et nourriture à disposition chez elle : des services de base difficiles à obtenir dans son pays en guerre.

À Calgary, elle peut poursuivre ses cours d'anglais et ses rêves.

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