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Le cimetière musulman, symbole de l’enracinement à Québec

Boufeldja Benabdallah devant le cimetière musulman de Québec

Le chemin a été long et parsemé d'embûches, se souvient Boufeldja Benabdallah, en repensant à ces deux dernières décennies.

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

Le 11 juin 2020, loin des projecteurs, le cimetière musulman de Québec a ouvert ses portes après plus de 20 ans d’attente et de démarches. Deux ans plus tard, plus d'une dizaine de sépultures s'y trouvent. Le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, voit derrière ce morceau de terre l'aboutissement d'un vieux rêve et le symbole de l'enracinement des membres de la communauté musulmane à Québec. Entrevue.

Mai 1969. Boufeldja Benabdallah est animé par un fort désir de changer le monde. La fougue de la jeunesse le conduit au Québec, sur le campus de l'Université Laval, où il entreprend des études en foresterie et géomatique grâce à une bourse. Dès lors, il y a eu un véritable coup de foudre entre lui et la ville de Québec.

J'ai trouvé le paysage magnifique, les gens extraordinaires, se souvient-il.

Des amitiés sont nées, les études ont été menées à terme. Il a déniché un boulot, ce qui l'a convaincu de rester. Cette ville ressemble beaucoup à ma ville natale du point de vue de la taille, explique-t-il. De plus, ma ville est très, très verte, et froide aussi.

Voilà un demi-siècle que Boufeldja Benabdallah vit à Québec. Il a vu le visage de la ville se transformer de vague d'immigration en vague d'immigration.

Il y a 20 ans, on a décidé d'avoir un cimetière parce que la population a commencé à augmenter, c'est-à-dire qu'il y avait des gens qui venaient étudier et qui repartaient.

Des gens de la France, de la Belgique, même de la Chine, de l'Indonésie, du Moyen-Orient, cite-t-il en exemple.

Un chemin parsemé d'embûches

Le chemin a été long et parsemé d'embûches, se souvient Boufeldja Benabdallah, en repensant à ces deux dernières décennies.

Pendant 20 ans, on a cherché à avoir des autorisations pour acheter un terrain et obtenir un zonage permettant la création d'un cimetière. Le zonage, c'est très compliqué, explique celui qui agit aujourd'hui comme directeur du cimetière.

En 2017, il a bien cru que son projet verrait le jour lorsque le maire de Saint-Apollinaire, Bernard Ouellet, a dit oui aux musulmans qui sont venus cogner à sa porte.

Des opposants au projet de cimetière musulman sont réunis à Saint-Apollinaire.

Des opposants au projet de cimetière musulman à Saint-Apollinaire, en 2017

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Sauf que le sort du cimetière musulman s'est retrouvé entre les mains de citoyens de la municipalité, qui se sont mobilisés pour tenir un référendum. À l'issue de celui-ci, auquel une cinquantaine de personnes ont participé, le projet comme souhaité par les représentants de la communauté musulmane s'est heurté à une fin de non-recevoir.

Ça nous a fait beaucoup de mal, raconte Benabdallah, qui a continué de croire en l'importance de son projet pour les membres de sa communauté.

On était autrefois obligés de transporter les corps jusqu'à Montréal. Certains qui en avaient les moyens faisaient le transport jusqu'au pays d'origine, poursuit-il, expliquant que le rapatriement des défunts vers leur pays d'origine peut coûter des dizaines de milliers de dollars aux familles.

Labeaume à la rescousse

C'est finalement l'ancien maire Régis Labeaume qui a déniché le terrain, dans la foulée de l'attentat à la grande mosquée de Québec.

Je pense que sans lui on n'aurait pas eu ça, glisse Benabdallah. Il nous a fait une grande faveur de trouver le terrain et nous, on l'a acheté. Quand même, c’est un immense cadeau!

Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec, et le maire Régis Labeaume, après la signature qui a officialisé la vente d'un terrain pour l'aménagement d'un cimetière musulman.

La Ville de Québec et le Centre culturel islamique de Québec ont officialisé en décembre 2019 la vente d'un terrain pour l'aménagement d'un cimetière musulman.

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

La signature de l'entente s'est faite en décembre 2019, à la suite d'une soumission en bonne et due forme. Ç'a été un baume sur la tragédie, admet Benabdallah.

D'une superficie de 5600 mètres carrés, le terrain est situé rue Frank-Carrel, dans l'arrondissement de Sainte-Foy. Il pourra accueillir jusqu'à 800 personnes.

Seize corps y ont été enterrés à ce jour, dont celui de Mohamed Bahache, un proche ami de Boufeldja et un des premiers Algériens installés à Québec.

Pierre tombale dans le cimetière musulman.

Mohamed Behache est l'un des premiers Algériens à s'être installé à Québec. Il est décédé en 2020.

Photo : Radio-Canada

On a vécu ensemble 50 ans, ici, à Québec. Il est arrivé, je pense, en 1965, dit-il en pointant la pierre tombale de celui qu'il qualifie de grand frère.

Je me dis qu'il est là et que Dieu a voulu qu'il soit là dans cette terre, qui est aussi pure que n'importe quelle autre terre.

Soulagement et enracinement

L'ouverture du cimetière a été accueillie avec un grand soulagement par les musulmans du Québec. La visite au cimetière est importante pour les musulmans, insiste l'homme. Je vois des gens qui, même en hiver, viennent, se stationnent et se recueillent pour ne pas oublier.

Aux yeux de Benabdallah, le cimetière témoigne d'une volonté d'intégration de la part des musulmans.

« C'est un signe qu'ils veulent s'enraciner ici en allant jusqu'au geste le plus ultime sur cette terre, soit se faire enterrer. C'est un geste fondamental. »

— Une citation de  Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec

Quand le destin en décidera, Boufeldja Benabdallah souhaite y être inhumé à son tour. Mais d'ici là, il compte poursuivre son combat en faveur du vivre-ensemble.

C'est d'ailleurs ce qui l'a amené à faire le saut en politique municipale avec Équipe Marie-Josée Savard, dans le district du Cap-aux-Diamants. Même s'il n'est pas parvenu à se faire élire, il confirme que la fougue qui l'habitait dans sa jeunesse est encore là.

On peut changer le monde en faisant des discours et en levant des pancartes, mais on peut aussi le changer en allant dans le système pour prendre des décisions.

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