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« Au lieu de faire ce que l’on doit, on fait ce que l’on peut », déplore un oncologue

Un cancer du sein sur un écran.

Les diagnostics de cancer chez les malades sont retardés depuis le début de la pandémie de COVID-19.

Photo : (Torin Halsey/The Associated Press)

Radio-Canada

Le délestage qui a été réalisé dans les hôpitaux depuis le début de la pandémie de COVID-19, et qui s’accentue tout particulièrement maintenant, a des conséquences négatives pas seulement chez les patients devant subir des chirurgies mineures, mais également chez ceux atteints de cancer.

Selon le Dr Denis Soulières, hématologue et oncologue au CHUM, les délais prévus actuellement avant de recevoir un diagnostic de cancer, et donc pour recevoir l’intervention pour le guérir, ne mettent pas la survie des malades en danger à court terme, mais peuvent avoir des effets sur le long terme. Interrogé par Maxime Coutié à l’émission Tout un matin, il explique ce qu’il en est.

Portrait du docteur.

Le Dr Denis Soulières est hématologue et oncologue au CHUM.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana


Quelle forme prend le délestage?

C’est un terme un peu bureaucratique. C’est une façon de dire qu’au lieu de faire ce que l’on doit, on fait ce que l’on peut. Il faut surtout voir l’impact que ça a sur le respect ou le non-respect des normes que l’on doit respecter. En oncologie par exemple, à partir du moment où les gens ont un symptôme, c’est le temps que ça prend pour que les gens aient un diagnostic et qu’une intervention thérapeutique soit amorcée.

On sait très bien que même avant la COVID, le Québec avait beaucoup de difficulté à respecter les normes en ce qui a trait au temps pour avoir un diagnostic de cancer et au temps pour instaurer le traitement. Mais ces normes sont devenues presque inexistantes depuis la COVID.


Pour le traitement du cancer, ça veut dire quoi concrètement : qu’on fait ce qu’on peut et pas ce qu’on voudrait?

Ça veut dire des délais qui peuvent, dans un court laps de temps, ne pas mettre la survie en danger, mais qui peuvent avoir des effets sur le long terme.

Le délestage n’aura probablement pas d’effet sur la survie à court terme de ces patients-là, mais peut avoir un impact sur le long terme, puisqu’un traitement qui n’est pas initié dans le temps voulu peut faire en sorte qu’il y a un plus grand risque de récidive à long terme ou une moins grande possibilité d’avoir un contrôle adéquat de la maladie et donc de faire profiter les gens d’une survie plus prolongée.


Donc ultimement, ça peut affecter la santé des patients?

Oui, tout à fait. L’impact immédiat n’est pas perceptible. On nous dit de faire les cas urgents. Mais les cas urgents sont des gens qui ont peut-être déjà trop attendu pour qu’on soit capables de faire la meilleure médecine possible.

Je donnerais à titre d’exemple une étude qu’un de mes collègues a réalisée dans le courant de l’année 2020-2021 qui a démontré que le temps d’attente pour avoir une coloscopie pour diagnostiquer un cancer du côlon avait augmenté de façon considérable et que le nombre de procédures avait diminué de 20 % dans un délai d’un an. On comprend très bien que si le diagnostic du cancer du côlon n’est pas fait dans le temps opportun, ces gens-là risquent d’avoir une maladie plus avancée au moment du diagnostic et que le traitement sera en soi plus compliqué et la survie possiblement compromise.


C’est une situation dramatique?

Oui, et ceci arrive dans le contexte où, au Québec, on est dans un vacuum de données. On n’a pas avec les années appris à répertorier les données de façon adéquate pour dire si l’on fait bien, moins bien ou mieux. Moi comme bien d’autres avons participé à différents comités pour demander que des registres soient mis en place pour être capables de déterminer quel aura été l’impact formel de la COVID sur le diagnostic de cancer et la survie à long terme, et à ce jour, ces données n’ont pas été compilées par le gouvernement.

Comme je le mentionnais, les normes qui avaient de la difficulté à être respectées avant la COVID n’ont pas été en mesure d’être appliquées pendant la période que l’on a, depuis près de deux ans. Les impacts de ça, on les aura dans les prochaines années. Il faudra être en mesure d’offrir mieux.


Est-ce qu’on va « échapper » des patients?

On espère que non. Mais encore une fois, les données ne sont pas compilées pour qu’on soit capables de les identifier.

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