•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Fillette de Granby : quatre ans de pénitencier pour le père

Chargement de l’image

Le palais de justice de Trois-Rivières

Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

Chargement de l’image

Le père de la fillette de Granby, qui a admis avoir séquestré l’enfant de sept ans en avril 2019, écope d’une peine de quatre ans de pénitencier.

Vendredi après-midi, au palais de justice de Trois-Rivières, le juge François Huot a entériné la suggestion présentée communément par l’avocat de l'homme et celui du ministère public.

Avant le prononcé de la sentence, le juge n’a pas mâché ses mots envers l’accusé.

Je n’ai aucune forme de sympathie à votre égard. Les gestes que vous avez posés sont inqualifiables et démontrent qu’il n’est nul besoin d’avoir de qualifications ou de compétences particulières pour être père de famille. Comment avez-vous pu ligoter votre enfant de la sorte? Vous vous êtes comporté à l’égard de cette petite fille comme on ne le fait pas à l’égard d’un animal. Pourquoi l’avez-vous fait? Parce que vous étiez incapable de vous opposer à votre chérie d’amour [la belle-mère]. Vous ne pouviez ignorer la relation désastreuse qui existait entre votre conjointe et l’enfant. Qui avez-vous privilégié? Votre conjointe. Vous vous êtes comporté comme un lâche. Ce comportement, sachez-le, me dégoûte au plus haut point, comme il a dégoûté la quasi-totalité de la province de Québec. J’ose espérer que vous allez emporter cette image-là dans votre tombeau. Elle va vous hanter longtemps [...] Ce sera votre véritable sentence. Vous l’avez traitée comme une moins que rien en la ligotant. Bon sang, accusé, elle n’avait que sept ans! Ce sont des actes absolument méprisables qui méritent amplement qu’on sorte de la fourchette habituelle des peines, qui se situe normalement entre quelques mois et deux ans moins un jour d’emprisonnement. Vous avez agi avec une inqualifiable lâcheté. Dans les prochains mois, vous n’allez pas côtoyer de petite fille mal nourrie de sept ans, vous allez côtoyer des hommes. Je vous souhaite un peu plus de courage, monsieur, a déclaré le juge François Huot.

Chargement de l’image

Un rouleau de ruban adhésif transparent a été pris en photo par un technicien en scène de crime de la SQ dans la maison où habitait la fillette de Granby.

Photo : Sûreté du Québec (SQ)

La peine imposée sera toutefois réduite de six mois en raison du temps déjà passé en prison lors de l’arrestation du père en avril 2019. L’homme devra fournir un échantillon d'ADN et ne pourra communiquer notamment avec plusieurs membres de sa famille au cours de sa détention, dont ses frères et sa soeur, ainsi que leur conjoint respectif.

Il ne pourra non plus tenter de joindre la mère biologique ni la belle-mère, qui a été reconnue coupable du meurtre de l'enfant.

Le tribunal siège en matière de légalité et non en matière de moralité. [...] Personne ici ne saurait nier que la culpabilité morale de l’accusé est extrêmement importante. Le tribunal doit cependant imposer une peine qui concerne l’infraction pour laquelle il a été déclaré coupable. Je ne peux que constater avec impuissance les pouvoirs limités que la loi me confère. J’aimerais rendre une ordonnance qui apporterait un soulagement complet aux personnes endeuillées que j’ai devant moi. J’aimerais, par le biais d’une ordonnance, les réconforter, les serrer dans mes bras et leur dire que je partage entièrement leur deuil et leur peine. Je ne peux pas le faire. Mon pouvoir se limite au sort de l’accusé. Je n’en demeure pas moins sensible à celui des gens que j’ai entendus devant moi, a ajouté le juge.

Chargement de l’image

Le Juge François Huot explique son jugement.

Photo : Radio-Canada

La mère se vide le coeur

La mère biologique de l’enfant a préféré ne pas assister à la très grande majorité du procès de la belle-mère, reconnue coupable du meurtre de son enfant. Elle nous a expliqué qu’elle estimait que l’écoute de l’appel 911 et d’autres éléments de preuve aurait été trop difficile pour elle.

Elle a toutefois tenu à assister à l’audience ce vendredi, avant que la peine soit déterminée, et elle s’est adressée à son ex-conjoint. Est-ce que tu as vraiment été chercher de l’aide? Si tu l’avais vraiment fait, notre fille serait encore là. Elle ne serait pas dans un cercueil.

Elle reconnaît ses propres torts et comprend pourquoi la garde de la fillette lui a été retirée peu après sa naissance. Je n’étais pas prête à être maman, a-t-elle admis. Elle savait néanmoins, quelques années plus tard, que sa fille était en danger lorsque le tribunal a retiré la garde à la grand-mère pour la confier au père.

Savez-vous le nombre de bleus que j’ai vus sur ma fille? Le nombre de brûlures que j’ai dénoncées? Ma fille me disait : "Maman, je n’ai pas le droit de parler parce que papa va se fâcher contre moi et je vais me faire battre." Ma fille me disait : "Je vais me faire embarrer dans ma chambre. Je vais encore me faire faire mal." J’ai montré ces rapports aux policiers et aux gens de la DPJ et ils ont levé les yeux en l’air. Une personne contre une société complète ne peut pas gagner.

D’autres membres de la famille témoignent

L’oncle de la jeune victime a lu devant le tribunal une lettre à l’attention de son frère. Il s’est même adressé directement à lui.

T’est-il arrivé de penser à la redonner à ta mère? Ou à moi? Parce que oui, je l’aurais prise , a-t-il demandé au père de la fillette, qui a évité de le regarder tout au long de la lecture.

Dans son récit, il raconte que le père a, à un certain moment, coupé tout contact avec le reste de la famille, changeant de numéro de téléphone et disparaissant sans donner de nouvelle adresse.

Il a privé ma fille de voir sa cousine pendant plus de trois ans. Pour ça, je ne lui en veux pas trop. Là où je lui en veux, c'est que la première fois en trois ans où ma fille a pu revoir sa cousine, c’était dans sa tombe, dans l’incapacité de pouvoir rattraper le temps perdu… laissant une blessure permanente dans le cœur d’une fillette de sept ans.

Certains coupent les ponts à jamais

La soeur, la mère et la grand-mère de l’accusé ont également eu des mots très durs envers lui.

Cet homme, qui autrefois s'appelait mon frère, a choisi de rejeter sa propre famille. Il a aussi enlevé la chance à ses enfants de se faire protéger. Il a arraché cette petite fille d’un lieu aimant et sécuritaire. […] Lorsque j’ai vu le petit cercueil arriver, je me suis juré que c’était le dernier fardeau que cet homme nous faisait vivre, a mentionné sa soeur dans une lettre qui a été lue par la procureure du ministère public.

Chargement de l’image

Aux funérailles de la fillette de Granby (archives)

Photo : Radio-Canada

Dans son écrit, sa grand-mère a souligné qu’elle ne savait pas si elle parviendrait un jour à lui pardonner d’avoir fermé les yeux sur tout ça. Adieu, Pense à elle derrière tes petits barreaux, a-t-elle ajouté.

Sa mère a quant à elle tenu à souligner qu’en plaidant coupable son fils admettait ses torts pour la première fois de sa vie.

Je le félicite… Pour une fois, il a avoué. Mais on sait tous que c’est un demi-aveu afin de s’épargner un procès qui aurait pu le mettre davantage dans l’embarras. Comment un père a-t-il pu autant manquer à sa tâche? Pourquoi tant d’acharnement sur cette enfant? [...] Il va devoir vivre avec l’image de sa fille mourant devant lui. Cette image ne le quittera jamais. J’espère que justice sera faite.

Le père demeure stoïque

Tout au long de ces attaques, le père est demeuré impassible. Il regardait droit devant sans broncher ni prononcer un seul mot.

Mon intention n’était pas de lui faire mal, c’était de la contention, avait-il déclaré au cours de son témoignage qui a duré plus de trois jours, à la fin d'octobre, dans le procès de la belle-mère de la fillette, au palais de justice de Trois-Rivières.

Le 13 décembre dernier, à la suite d’une entente intervenue entre les parties, il avait plaidé coupable à l’accusation de séquestration.

Ça a tellement dégringolé vite. Des fois, je me demande encore qu’est-ce qui a pu me passer par la tête à ce moment-là, avait-il ajouté.

L’accusation de négligence criminelle a fait l’objet d’un arrêt des procédures tandis que les deux autres accusations – abandon d’enfant et omission de fournir les choses nécessaires – n’ont pas été déposées.

En évitant ainsi un procès, le Directeur des poursuites criminelles et pénales évite aussi aux membres de la famille, dont les autres enfants de la maison, de devoir se replonger dans ces douloureux souvenirs. Le juge l’a d’ailleurs félicité pour cette décision.

La façon dont ce dossier a été abordé témoigne non seulement d’un grand professionnalisme, mais aussi d’un sens éthique remarquable, a dit le juge François Huot, soulignant qu’il valait mieux obtenir cette suggestion commune de quatre ans plutôt que d’espérer en obtenir six en causant davantage de souffrances aux proches d’une victime d’homicide.

Le père s’exposait à une peine maximale de 10 ans, mais il est très fréquent qu’une peine de 2 ans moins un jour soit prononcée sur cette accusation.

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.