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Le protocole de priorisation des soins étudié au CHUS

Une femme sous respirateur, couchée dans un lit d'hôpital.

Le comité d'éthique du CIUSSS réfléchirait à savoir si une priorisation aux soins intensifs doit être appliquée.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Selon des informations obtenues par Radio-Canada, le comité d'éthique du CIUSSS de l'Estrie - CHUS serait « particulièrement actif » ces jours-ci et ses membres réfléchiraient à savoir si « une priorisation aux soins intensifs doit être appliquée ». Toutefois, l'application du Protocole de priorisation pour l'accès des patients aux soins intensifs n'est « pas pour demain ».

Ce protocole, dont le premier jet a été pondu par Québec au printemps 2020 et mis à jour, depuis, à deux reprises, fait en sorte que les autorités médicales peuvent faire un choix parmi les patients à traiter aux soins intensifs, si les places venaient à manquer. Ceux ayant le plus de chances de survie, et répondant à des critères définis, seraient priorisés.

Mais pour être appliqué, le réseau doit avoir atteint, dans un premier temps, « un taux de saturation de 200 %, et à 150 % de saturation, le réseau doit se préparer », explique le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) dans un courriel. Actuellement, 23 personnes sont hospitalisées en lien avec la COVID-19 dans les deux unités de soins intensifs du CHUS.

On doit avoir 24 lits de disponibles pour la COVID. Par contre, on a plus de 70 lits [aux soins intensifs] au total. L'enjeu, ce n'est pas de savoir l'espace physique, c'est de répondre à l'ensemble des besoins de la population. Malheureusement, on a encore des gens qui font des infarctus, on a encore des gens qui ont besoin d'une chirurgie urgente [...]. L'autre élément, c'est l'enjeu des ressources humaines qui sont hautement spécialisées. [...] C'est un élément de complexité avec lequel on doit travailler, a expliqué le président-directeur général du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, le Dr Stéphane Tremblay, en conférence de presse vendredi après-midi.

Une décision prise par le MSSS « en dernier recours »

Le comité d'éthique clinique et organisationnelle du CIUSSS de l'Estrie-CHUS n'a pas le pouvoir de faire appliquer ce protocole. Il peut par contre « faire des recommandations » au ministère de la Santé et des Services sociaux et « se préparer ».

Selon des informations de Radio-Canada, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS n'est pas le seul à être dans cette réflexion : tous les CIUSSS du Québec doivent remettre un protocole actualisé au ministère de la Santé et des Services sociaux.

« Il est mieux d’instaurer un système planifié et équitable à l’avance que de laisser les cliniciens faire face à des décisions difficiles sans balises pour les guider. »

— Une citation de  Ministère de la Santé et des Services sociaux

C'est une décision qui est prise par le ministère de la Santé et elle vient seulement quand les capacités du réseau en entier sont dépassées. Tant qu'on a des possibilités de transfert inter-établissements, ce protocole ne sera pas mis en place. C'est vraiment en dernier recours, explique le professeur de droit de l'Université de Sherbrooke, Jean-Frédéric Ménard.

Le Dr Yannick Poulin, pneumologue-intensiviste au CIUSSS de l'Estrie - CHUS, abonde dans le même sens. Ce sont des plans. Les gens se réunissent pour faire des plans de match au cas où il se présenterait des situations catastrophiques. On n'est pas rendu à l'étape du triage et je suis confiant qu'on n'en fera pas. On fait tout notre possible et on va continuer de le faire pour offrir les meilleurs soins à tous ceux qui en ont besoin.

« On n'est pas rendu là encore et c'est dans l'optique de ne jamais y arriver qu'on fait tous ces casse-têtes.  »

— Une citation de  Dr Yannick Poulin, pneumologue-intensiviste au CIUSSS de l'Estrie-CHUS

Qui recevra des soins?

« Le Protocole de priorisation pour l’accès aux soins intensifs adopté au Québec ne vise pas à décider qui recevra ou non des soins. Tous les patients seront soignés. Chaque vie humaine est valorisée et chaque être humain mérite le respect, les soins et la compassion. Toutefois, cela ne signifie pas que tous les patients recevront ou devraient recevoir des soins intensifs. Ceux qui ne recevront pas de soins intensifs ne seront pas abandonnés; ils continueront à recevoir d'autres soins, les plus appropriés à leur état, et possibles dans le contexte. Les gens vaccinés et non vaccinés seront traités de la même manière. »

Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

Tous les autres moyens devront être épuisés

Me Jean-Frédéric Ménard se veut toutefois rassurant et rappelle que c'est un protocole qui est mis en application dans des circonstances exceptionnelles. Il faut s'assurer d'avoir épuisé tous les autres moyens avant de mettre en place ce protocole.

Le protocole peut être déclenché et appliqué dans une seule région et non pas à la grandeur de la province, soutient Me Ménard. Cela voudrait dire que les possibilités de transfert vers d’autres régions seraient épuisées.

« Les usagers du système de santé ont des droits. [...] Mais si l'établissement de santé n'est pas en mesure d'offrir les soins dont ils auraient besoin, c'est très clair dans la Loi sur les services de santé que si les ressources matérielles, financières ou humaines viennent à manquer, on pourrait limiter le droit d'accès aux soins pour certaines personnes. »

— Une citation de  Me Jean-Frédéric Ménard, professeur de droit à l'Université de Sherbrooke

Le comité d'éthique clinique et organisationnelle du CIUSSS de l'Estrie-CHUS compte 17 membres dont des médecins, des usagers, des cadres et des travailleurs de tout horizon.

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