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Pourquoi réduire l’isolement des personnes vaccinées infectées par la COVID-19?

Une personne la tête inclinée vers l'arrière pendant qu'on insère une tige dans sa narine.

La flambée de cas pousse plusieurs pays à réduire le temps d'isolement d'une personne infectée à la COVID-19.

Photo : Associated Press / Jean-François Badias

Sept provinces canadiennes ont décidé d'instaurer des périodes d'isolement plus courtes pour les personnes vaccinées déclarées positives. Si la mesure permet de réduire l’incidence sur la société et l'économie, elle comporte cependant certains risques, disent des experts.

Au Québec, en Colombie-Britannique, en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, en Ontario et au Nouveau-Brunswick, les personnes vaccinées devront s'isoler pendant 5 jours au lieu de 10 dès l'apparition de symptômes ou dès la réception d'un résultat positif à un test de dépistage.

Si, après cinq jours – et ce, pendant au moins 24 heures –, leurs symptômes se sont atténués ou ont disparu, elles pourront mettre fin à leur période d'isolement.

Cette directive est semblable à celle annoncée par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), aux États-Unis, l’un des premiers pays à avoir réduit la période d'isolement afin de réduire l'incidence de la hausse fulgurante des cas d'Omicron sur le fonctionnement de la société.

Les autorités sanitaires et gouvernementales affirment que ces nouvelles règles sont plus faciles à suivre et qu'elles contribuent à atténuer les pénuries de travailleurs.

Cette hausse importante d’infections mène à cette pénurie de main-d'œuvre, surtout chez les travailleurs essentiels. Il faut à un certain moment trouver un compromis, reconnaît Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l'Université du Québec à Montréal.

La décision s'explique aussi par le fait que le variant Omicron semble causer moins de cas sévères, ajoute le spécialiste en virologie. C’est peut-être le moment de basculer vers une nouvelle vision où l’isolement est moindre, avance-t-il.

Au Québec, la période d'isolement des travailleurs de la santé en contact avec des patients demeurera cependant de sept jours.

Pourquoi 5 jours au lieu de 10?

Selon les CDC américains, les données disponibles démontrent clairement que les personnes infectées sont plus contagieuses deux jours avant l’apparition des symptômes et trois jours après, d'où ces cinq jours d'isolement proposés.

C’est le même raisonnement qui est utilisé en Ontario pour expliquer la directive. Dans 90 % des cas, votre risque de transmission est terminé après cinq jours, a déclaré le médecin hygiéniste en chef, le Dr Kieran Moore.

Avec le variant Omicron, la charge virale d'une personne infectée augmente très rapidement, mais elle diminue aussi très rapidement. Donc, la quantité de virus excrétée après cinq jours est généralement beaucoup plus faible, fait valoir le Dr Moore.

Il ajoute qu'environ 40 % de la propagation se produit dans les deux jours précédant l'apparition des symptômes.

Cette nouvelle mesure ne s’appliquera pas aux personnes non vaccinées. Benoit Barbeau explique que les personnes vaccinées, puis infectées développent généralement une charge virale moins élevée qu’une personne non vaccinée et qu'elles sont donc moins infectieuses, et moins longtemps, que les personnes non vaccinées.

Cependant, tout cela doit être considéré avec précaution, puisque les données concernant Omicron sont toujours préliminaires et que les études à ce sujet sont encore limitées, comme le rappelait la semaine dernière Mike Ryan, directeur exécutif du Programme d'urgence sanitaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Par exemple, expliquait-il, on parle surtout des infections chez les jeunes. Or, peut-être ont-ils une durée de contagiosité plus courte que les personnes plus âgées? Mais nous ne le savons tout simplement pas encore. Nous devons donc être très prudents dans l'interprétation de ces données.

Si les scientifiques n'ont pas encore eu la chance d'analyser l'incidence du variant Omicron sur la période d'incubation, M. Barbeau croit que ces données sont tout de même utiles pour déterminer le temps d'isolement. On a évalué cette fenêtre de cinq jours surtout par rapport aux variants précédents. Mais on comprend beaucoup mieux comment se transmet le SRAS-CoV-2 qu'au début de la pandémie.

Mesures d'isolement ailleurs dans le monde

Royaume-Uni :

  • l'isolement est de 7 jours pour les personnes vaccinées qui ont été déclarées positives;

  • deux tests rapides négatifs sont effectués à un jour d'intervalle.

États-Unis :

France :

  • l'isolement est de 7 jours pour les personnes vaccinées qui ont été déclarées positives;

  • l’isolement peut être réduit à 5 jours avec un test négatif ou si la personne n’a plus de symptômes depuis 48 heures.

Des experts réticents

Selon le Dr Christopher Labos, cardiologue et épidémiologiste montréalais, qui a donné une entrevue à CBC News, il est clair que plus vous vous éloignez du début de l'infection, moins vous êtes contagieux. Toutefois, il croit qu’il est encore difficile de dire si la réduction du temps d’isolement est la bonne mesure à adopter.

Je ne suis pas sûr que dans le contexte actuel, avec le variant Omicron qui se propage très très rapidement, ce soit le moment de vraiment raccourcir ces exigences, a-t-il déclaré.

La Dre Lynora Saxinger, spécialiste des maladies infectieuses et professeure agrégée à l'Université de l'Alberta, abonde dans le même sens. Compte tenu de la vitesse exponentielle à laquelle se propage le variant Omicron, l'avantage supplémentaire devient un peu discutable, a-t-elle déclaré à CBC.

Enfin, Raywat Deonandan, épidémiologiste et professeur agrégé à l'Université d'Ottawa, estime que le choix de cinq jours est tout de même risqué, puisque cette durée de contagiosité est basée sur une moyenne.

Certains peuvent être contagieux pendant trois jours, d'autres pendant 12 jours ou plus, a-t-il déclaré en entrevue à CBC.

Exiger un test négatif

Benoit Barbeau convient lui aussi que la règle de cinq jours n'est pas à toute épreuve. Ce n’est pas 100 % assuré que cette personne ne sera pas contagieuse [après cinq jours] , souligne-t-il.

« Cette fenêtre de temps est une moyenne conservatrice. On a une grande partie de la population qui ne sera probablement plus contagieuse [après cinq jours]. Mais il faut comprendre qu’il y a une partie qui le sera encore. »

— Une citation de  Benoit Barbeau, spécialiste en virologie

C'est pourquoi il croit qu’il faut imposer certaines balises pour les travailleurs qui retournent après cinq jours d’isolement, même s'ils sont asymptomatiques.

Il croit qu’exiger un test négatif serait une bonne option pour minimiser les risques, à l'instar de l'épidémiologiste Raywat Deonandan. Avoir un test négatif, ça sécuriserait aussi les autres travailleurs. Ça donnerait un signal comme quoi la personne a une contagiosité moindre, fait valoir M. Barbeau.

D'ailleurs, aux États-Unis, les CDC ont été vivement critiqués par de nombreux experts pour ne pas avoir inclus l'obligation d'obtenir un test négatif avant de sortir d'un isolement. Mardi soir, les CDC ont mis à jour leurs directives sur l'isolement, mais celles-ci ne recommandent toujours pas qu'une personne obtienne un test négatif avant de quitter l'isolement. On offre toutefois des conseils aux personnes qui ont accès à un test et qui veulent se tester.

M. Barbeau ajoute que les personnes qui en sortent plus rapidement devraient aussi porter un masque en tout temps.

On devrait tous leur fournir un masque N95; ça ne devrait même pas être un questionnement, plaide-t-il.

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