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COVID-19 : Québec appelé à suspendre ses nouvelles consignes concernant les garderies

Deux jeunes garçons s'amusent avec des blocs, une petite fille est floue à l'arrière-plan.

La santé publique de Montréal suspend la directive de Québec stipulant que les enfants et le personnel exposés au virus peuvent rester dans les garderies.

Photo : iStock

Radio-Canada

Des syndicats représentant des éducatrices en garderie demandent à Québec de suspendre ou d'annuler ses nouvelles directives permettant à des enfants et à des membres du personnel ayant été en contact avec un cas positif de COVID-19, mais qui sont asymptomatiques, de fréquenter les services de garde.

La semaine dernière, Québec a publié une nouvelle directive stipulant que les éducatrices en service de garde et les enfants qui ont été en contact avec une personne ayant contracté la COVID-19 ne sont plus tenus de s’isoler, à moins de présenter des symptômes associés au coronavirus.

À compter de cette semaine, les éducatrices sont plutôt encouragées à surveiller leurs symptômes et à faire un test de dépistage rapide tout en demeurant au travail, indique la nouvelle directive gouvernementale. Les enfants doivent quant à eux être considérés comme étant à risque modéré et peuvent continuer à fréquenter leur garderie.

La présidente de la FIPEQ-CSQ, Valérie Grenon, estime que Québec doit prendre un pas de recul et faire le point sur les risques de transmission du nouveau variant chez les tout-petits. Elle dit ne pas comprendre pourquoi on resserre les règles sanitaires partout dans la province, sauf dans le réseau de la petite enfance.

« On se croirait une passoire dans notre réseau. »

— Une citation de  Valérie Grenon, présidente de la FIPEQ-CSQ

Les éducatrices et le personnel des services éducatifs à l’enfance travaillent dans des lieux étroits à moins de deux mètres d’enfants de 0 à 5 ans qui sont ni vaccinés ni masqués. Il faut prendre en considération la particularité de nos services et obtenir des réponses claires, fondées sur des données scientifiques, pour rassurer nos membres, demande Mme Grenon.

Mme Grenon déplore le fait que les guides de pratiques en installations et en milieu familial n’ont pas été mis à jour depuis le 20 septembre dernier et demande une rencontre dans les plus brefs délais avec le ministre de la Famille.

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS), affiliée à la CSN, exhorte le gouvernement Legault à abandonner ces consignes incohérentes mettant à risque des travailleurs et des familles accueillant à la maison un service de garde, soutient-elle dans un communiqué de presse.

« Les cas de COVID-19 sont en hausse ce qui affecte directement les RSG. Ainsi, plusieurs des personnes intervenantes doivent ou devront s’isoler, conformément aux recommandations de la Santé publique ou pour la protection de leur famille. »

— Une citation de  Communiqué de la Fédération de la santé et des services sociaux

On ne peut pas croire qu'un enfant qui a été en contact avec un cas positif puisse appliquer des mesures. Les enfants 0 à 5 ans ne sont pas vaccinés, ils ne portent pas le masque bien entendu pour des questions de respiration et ils sont toujours en proximité avec l'éducatrice, a expliqué la vice-présidente de la FSSS-CSN, Lucie Longchamps, à La Presse canadienne.

Les syndicats ont également réitéré leurs demandes pour un accès à des tests rapides de dépistage et aux masques N95 pour le personnel. Ils demandent aussi de renouveler la banque de congés liés à la COVID-19.

Montréal suspend la directive

Cet appel des syndicats survient après que la Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP) a annoncé qu'elle suspendait l'application des nouvelles directives de Québec concernant les éducatrices en service de garde et les enfants qui ont été en contact avec une personne ayant contracté la COVID-19.

Nous mettons en pause l’application des nouvelles consignes du ministère, c’est-à-dire nous continuons à isoler les contacts à risque modéré jusqu’à nouvel ordre, indique un message enregistré de la DRSP destiné aux directeurs des services de garde à l’enfance de Montréal.

En attendant notre appel, s'il vous plaît, exclure les personnes ayant testé positif par test rapide ou au centre de dépistage, les personnes qui résident avec [elles] et les personnes avec des symptômes, précise-t-on.

Aussi, si le cas a été présent au service de garde dans les deux jours avant ses symptômes ou son test positif, exclure du service de garde les personnes qui sont dans le même groupe ou groupe double que le cas positif, conclut le message.

Le message de la DRSP ne précise pas les raisons expliquant cette décision, qui ne concerne que la région de Montréal, selon le porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Jean-Nicolas Aubé. Ce dernier indique en outre que des discussions sont en cours avec Québec, mais sans en préciser la teneur.

« On applique exactement ce qu’on faisait avant. »

— Une citation de  Jean-Nicolas Aubé, porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal

Deux sources ont par ailleurs indiqué à Radio-Canada que d’autres directions régionales de santé publique ont signalé leur malaise à propos des nouvelles directives et songent à suivre l’exemple de la DRSP de Montréal. Selon elles, une réunion de la table nationale des directions de santé publique se penchera lundi sur cet enjeu.

Le ministre Lacombe prend acte des inquiétudes

Le ministre de la Famille du Québec, Mathieu Lacombe, en a d'ailleurs pris acte dans un message publié vers midi sur Facebook. Évidemment, j’ai constaté que ces nouvelles consignes suscitent beaucoup de questions chez les parents et les éducatrices, écrit-il.

« J’ai donc demandé que la Direction générale de la santé publique rencontre les associations qui représentent les CPE, les garderies et les bureaux coordonnateurs de la garde en milieu familial, pour leur expliquer cette recommandation et qu’elle réponde à leurs questions. La rencontre aura lieu dans les prochaines heures. »

— Une citation de  Mathieu Lacombe, ministre de la Famille du Québec

M. Lacombe, qui ne commente pas la décision de la DRSP de Montréal, assure par ailleurs que la sécurité des enfants et du personnel est la priorité de son ministère, du gouvernement et des experts en santé publique.

Coincés entre la volonté du gouvernement, des parents et des travailleurs

La nouvelle approche du gouvernement suscite beaucoup d’appréhension parmi le personnel du réseau de services de garde éducatifs à l’enfance et les parents des enfants, d’autant plus que ces derniers ne sont pas vaccinés et qu’ils ne sont pas tenus de porter un masque.

Avant que la DRSP de Montréal n'annonce sa décision, la directrice du CPE Tortue têtue, Marie-Claude Gagnon, affirmait que les éducatrices ne se sentaient pas protégées par cette nouvelle directive. Elles s’estimaient plus vulnérables que jamais aux éclosions et craignaient que la situation ne dégénère et n'entraîne des fermetures.

On n’est pas rassurés quant à la propagation, quant au fait que le virus pourrait continuer de se promener, de rejoindre d’autres enfants, d’autres éducatrices, résumait Mme Gagnon, dont le CPE est situé au centre-ville de Montréal.

« On a vraiment l’impression d’être dans l’improvisation et dans l’incohérence depuis le 30 décembre. »

— Une citation de  Marie-Claude Gagnon, directrice du CPE Tortue têtue

Le président de l’Association des garderies privées du Québec (AGPQ), Samir Alahmad, abonde dans le même sens. En entrevue à Tout un matin, il dit avoir été surpris par cette directive, d’autant plus que celle-ci n’a pas été communiquée publiquement lors du dernier point de presse du premier ministre Legault, jeudi dernier.

« En agissant de telle manière, est-ce qu’on a un risque de plus pour la contamination? Je ne suis pas un spécialiste, mais je peux vous dire : oui, c’est sûr, on a un risque de plus. Est-ce que c’est un risque calculé, compte tenu de la situation? C’est aux autorités de nous le dire. »

— Une citation de  Samir Alahmad, président de l'AGPQ

Aujourd’hui même, il y a beaucoup de services de garde qui sont fermés, ou un certain nombre. Mais c’est sûr qu’on va commencer à gérer ça à partir de demain, peut-être d’aujourd’hui, anticipe-t-il.

Selon M. Alahmad, les services de garde sont coincés entre la volonté du gouvernement de garder les services de garde ouverts le plus possible, les éducatrices qui craignent pour leur sécurité, et les parents qui ont des besoins différents.

Avant les fêtes, souligne-t-il, les règles de Québec pouvaient rapidement conduire à la fermeture d’un service de garde. Chaque cas positif entraînait la fermeture d’un groupe, et il suffisait que l’éducatrice de ces enfants ait été en contact avec les enfants d’un autre groupe pour que celui-ci soit fermé à son tour.

Cela entraînait du coup le mécontentement de certains parents touchés. Il y a des parents qui [disaient] : "écoute, je dois aller travailler, je suis médecin, je suis infirmier, je suis policier, je suis service essentiel, je ne peux pas rester chez nous", relate M. Alahmad.

Dans le contexte actuel, la décision d’envoyer ou non un enfant à son service de garde relève uniquement de ses parents, rappelle le président de l’AGPQ.

Il souligne tout de même que Québec invite les parents qui le peuvent à garder leur enfant à la maison jusqu’au 17 janvier, date annoncée du retour en classe pour les élèves et les étudiants du Québec.

Moi, comme parent, personnellement, si j’avais un plan B ces jours-ci, je le prendrais, minimalement pendant deux ou trois semaines, admet-il.

Réduire le temps d'isolement, une solution plus acceptable?

La Dre Caroline Quach, en entrevue à l’émission Le 15-18, estime qu'il faut remettre les choses en perspectives .

Elle explique que s’il y a un cas positif qui provient du milieu de garde, il est fort probable que la transmission ait déjà eu lieu. Elle précise que la majorité des enfants infectés auront peu de symptômes.

De retirer ces enfants-là pendant 10 jours, il y a probablement peu de bénéfices d’un point de vue [du] risque de transmission au service de garde, explique la Dre Quach.

Selon Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l'UQAM et virologue, juge que la période d'isolement devrait être d'au moins cinq jours. Commencer à être permissif sur le temps d'isolement, c'est une chose. Mais de tout simplement le réduire à zéro si vous avez été en contact avec quelqu'un infecté et continuer de travailler, il y a quand même un danger, a mentionné M. Barbeau.

La FSSS-CSN se montre ouverte à une légère baisse du nombre de jours d'isolement.

Avec les informations de Romain Schué et Thomas Gerbet

Avec les informations de La Presse canadienne

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