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Le Québec n’a pas produit d’étude sur le couvre-feu

Une affiche au bord d'une autoroute indiquait les heures du couvre-feu québécois en vigueur l'hiver dernier.

Le gouvernement du Québec a instauré un nouveau couvre-feu, en vigueur depuis vendredi (archives).

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Seule province au pays à avoir imposé le couvre-feu durant la pandémie, le Québec n'en a pas profité pour mener une étude approfondie sur les répercussions de cette mesure. Alors que le gouvernement a décidé d'imposer un nouveau couvre-feu, le ministère de la Santé et des Services sociaux brandit des études internationales pour justifier la décision.

Le mois dernier, Radio-Canada avait tenté d'obtenir des détails sur les répercussions du couvre-feu instauré en janvier 2021 et levé en mai dans la province.

Le gouvernement a alors répété la même chose que lorsque cette mesure était en vigueur : Le couvre-feu a assurément eu un effet dissuasif auprès de la population de sortir après 20 h ou 21 h 30. Des études d’observation révèlent que cette mesure a empêché les rassemblements, a-t-on indiqué au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

On y affirme également, encore à ce jour, que le couvre-feu s’est montré utile au moment où le nombre de cas demeurait élevé au sein de la population générale.

Ces justificatifs sont répétés par le gouvernement malgré le fait que plusieurs experts soutiennent qu'il est impossible d'évaluer les répercussions d'une telle mesure.

Pas d'étude québécoise

Dans un échange de courriels datant du 3 novembre dernier, le Ministère de la Santé et des Services sociaux confirmait ne pas avoir mené d'étude approfondie sur les effets du couvre-feu. Pour le moment, étant donné la fin du couvre-feu, le MSSS n’a pas entrepris de nouvelles recherches sur le sujet, déclarait-on. Et même auparavant, le MSSS n’a[vait] pas mené d’études spécifiques.

À nouveau, le gouvernement a recyclé un argumentaire utilisé durant la mise en œuvre du couvre-feu. Des recherches ont été faites à ce sujet dans une comparaison Québec-Ontario, a-t-on signalé.

Cette étude, également mise en avant par le cabinet du premier ministre l'hiver dernier, démontrait qu'une réduction de la mobilité s'était produite après 20 h à Montréal, soumis au couvre-feu, comparativement à Toronto, où la mesure n'était pas en vigueur.

La Grande Allée désertée durant le couvre-feu à Québec.

Le couvre-feu a des répercussions sur la mobilité, mais il est encore difficile d'en déterminer l'incidence sur la transmission de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cloutier

Menée par des chercheurs canadiens du 1er décembre 2020 au 23 janvier 2021, cette analyse concluait à une diminution de 31 % des déplacements au Québec après 20 h. Le jour, la mobilité augmentait cependant de 8,7 %.

Cette étude a été accueillie avec prudence, notamment à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Il s’agit d’une étude de mobilité et non d'une étude de transmission, affirmait l'épidémiologiste Gaston de Serres. Il y a généralement une corrélation entre mobilité et transmission, mais ce n’est pas une preuve directe.

Études internationales

Pendant que le premier ministre François Legault annonçait aux Québécois qu'ils seraient soumis à un nouveau couvre-feu à compter du 31 décembre 2021 à 22 h, le Ministère de la Santé et des Services sociaux a diffusé jeudi soir un communiqué insistant sur le fait que plusieurs études ont été menées sur le couvre-feu dans d'autres pays ou provinces.

L'une d'elles est l'étude de mobilité citée précédemment par le Ministère de la Santé et des Services sociaux.

Une autre étude de l'analyse de la situation en France lors des premières vagues a déterminé que le couvre-feu avait eu une incidence sur la transmission des plus vieilles souches de COVID-19 mais n'avait pas su freiner l'émergence du variant Alpha.

Une autre étude a démontré un effet des mesures de confinement, soulignant un inversement de la tendance épidémiologique. Toutefois, cette étude soulignait que des métropoles françaises non soumises au couvre-feu avaient elles aussi observé une amélioration de leur situation.

La dernière étude porte sur le confinement strict imposé en Jordanie lors de la toute première vague de la pandémie.

Lors du point de presse, le premier ministre a admis qu'il était difficile d'évaluer les effets d'une seule mesure. On pourrait attendre toutes sortes d'études, a-t-il dit, avant de plaider que la situation extrême dans laquelle le Québec est plongé commandait d'utiliser tous les outils à sa disposition.

François Legault prend la parole durant une conférence de presse.

Le premier ministre du Québec, François Legault, prend la parole lors d'une conférence de presse à Montréal, le jeudi 30 décembre 2021, où il a fait le point sur la pandémie de COVID-19 en cours dans la province.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Courbe saisonnière

Une étude de l'INSPQ a fourni quelques indices sur les effets du couvre-feu l'hiver dernier. L'étude CONNECT a en effet permis d'apprendre que les contacts sociaux suivaient généralement une courbe saisonnière, avec ou sans obligation de rester à la maison.

Après un pic pendant les Fêtes, on note une diminution importante des contacts avec des visiteurs en janvier, une augmentation graduelle en février et pendant la relâche, puis une stabilisation en mars, pouvait-on lire dans le rapport de l'Institut.

Dès le mois de janvier 2021, l'équipe de l'épidémiologiste Mélanie Drolet avait noté une diminution substantielle des rencontres à la maison. Quelque 25 % des participants à l'étude affirmaient avoir rendu visite à des proches ou reçu des invités, contre 41 % durant les Fêtes. De manière générale, la fréquence des contacts était inférieure à celle d'une année non pandémique.

L'analyse avait cependant démontré que les Québécois étaient déjà plutôt tranquilles durant la période des Fêtes 2020, avant même l'instauration du couvre-feu. Les visites signalées aux chercheurs avaient été moins fréquentes qu'en septembre 2020 ou que lors de la relâche de mars la même année.

À nouveau, les chercheurs s'étaient gardés de tirer de conclusions trop hâtives. Il n'y a pas de preuve que ça fonctionne, et il n'y a pas de preuve que ça ne fonctionne pas non plus, soutenait Mélanie Drolet. L'étude CONNECT a pris fin l'été dernier et ne va donc pas se pencher sur les comportements actuels des Québécois.

Message clair

Jointe jeudi, Mme Drolet a maintenu le même discours. Elle s'attend de nouveau à observer une courbe saisonnière des contacts sociaux et, donc, à une diminution au cours des prochaines semaines.

Quant au couvre-feu, elle demeure incertaine de son efficacité, dans un sens ou dans l'autre, et convient que l'état des connaissances n'a pas beaucoup avancé depuis l'hiver dernier.

La mesure peut se justifier, a-t-elle ensuite affirmé. Toutefois, une fois de plus, il s'agit d'une décision prise sans assises scientifiques tangibles. C'est une question d'essayer de mettre tout en œuvre pour diminuer les contacts sociaux. On impose un train de mesures pour essayer que l'une ou l'autre marche ou que la combinaison de mesures fonctionne, sans savoir laquelle est plus efficace qu'une autre, a-t-elle expliqué.

Elle juge d'autant plus crucial de lancer un message clair à la population en soulignant que la situation est critique afin d'influer sur les comportements pour limiter la transmission de la maladie, avec ou sans couvre-feu. Qu'on instaure un couvre-feu ou non, si on donne une consigne claire [selon laquelle] les rassemblements privés ne sont plus permis, ça pourrait faire en sorte que les gens diminuent leurs contacts.

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