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Compostage à Québec : les sacs de plastique recyclables remis en question

Avec ce choix, la Ville fait « cavalier seul » au Québec, selon une chercheuse de l'INRS.

Un croquis de la future usine de biométhanisation de Québec

Le centre de biométhanisation de l'agglomération de Québec traitera chaque année environ 96 000 tonnes de boues municipales et 86 600 tonnes de résidus alimentaires.

Photo : Ville de Québec

À un an de l’entrée en service du centre de biométhanisation de l'agglomération de Québec, des chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) se questionnent sur le choix de la Ville d’opter pour des sacs de plastique recyclables pour la collecte des matières organiques.

En tout, ce sont 24 millions de sacs par année que la Ville de Québec envisage de distribuer lorsque débutera la collecte des résidus alimentaires sur son territoire. Cela représente une quantité importante de plastique mise en circulation, alors que des sacs compostables auraient pu être choisis, par exemple. L’autre option aurait été le bac brun, mais la Ville l’a déjà rejetée.

Là, où j’ai une grande inquiétude, c’est quand, au lieu de faire comme presque toutes les autres municipalités qui font déjà une collecte à trois voies, soit pour le compostage ou la biométhanisation, et qui utilisent des bacs ou des sacs de papier – à la limite des sacs compostables, mais ce n’est pas l’idéal –, Québec a choisi de se tourner vers une collecte en sacs. Et donc pour mieux gérer une matière résiduelle, on va créer un autre problème en augmentant l’utilisation de sacs, a indiqué la chercheuse Louise Hénault-Éthier, directrice du Centre Eau Terre Environnement à l’INRS, au micro de l'émission Première heure.

La gestion des déchets représente environ 5 % des émissions de gaz à effet de serre au Québec. Il est donc essentiel d’agir afin d'améliorer le bilan environnemental de la province, estime la chercheuse. Or, l’histoire dit que, depuis les années 50, il y a moins de 9 % du plastique produit au Canada qui a été recyclé.

« Le plastique est plutôt brûlé ou enfoui, en tout cas pas recyclé nécessairement de façon optimale. Disons qu’on donne le bénéfice du doute et que pour ce plastique-là, on va trouver un bon procédé capable de le recycler, il reste que ç’a quand même une empreinte environnementale de faire ce recyclage-là. »

— Une citation de  Louise Hénault-Éthier, chercheuse à l'INRS
Louise Hénault-Ethier, Conférencière pour Équiterre

Louise Hénault-Ethier

Photo : remise par Mme Hénault-Ethier / remise

Enjeu de séparation

La chercheuse est particulièrement préoccupée par les conséquences environnementales de l’étape de la séparation des sacs et des matières organiques.

Il va y avoir des fragments de sacs qui vont se retrouver avec les matières organiques et qui vont se retrouver dans le biodigesteur. Et ces fragments-là vont finir par se briser en tout petits morceaux et on va donc créer beaucoup de microplastiques, qui va finir avec les résidus de biodigestion, donc se transformer après qu’on ait extrait les gaz. On va faire un genre de compost avec les résidus solides qui peut servir à fertiliser nos terres agricoles, par exemple, a-t-elle expliqué.

Contrairement à l’Europe, le Canada ne possède toutefois pas de norme en ce qui a trait à la quantité de microplastiques acceptable à épandre sur les terres agricoles.

« La quantité de microplastique qu'on a le droit de mettre dans nos terres n’est pas contrôlée. Là, on risque de se ramasser avec une contamination environnementale importante et, on le sait, les microplastiques entrent dans la chaîne alimentaire. Ce sont des vecteurs de polluants et qui peuvent agir comme des éponges pour des polluants de toutes sortes, qui peuvent être des perturbateurs endocriniens et dérégler le fonctionnement des hormones du corps humain ou des animaux. »

— Une citation de  Louise Hénault-Éthier, chercheuse à l'INRS

Un problème parallèle

Il existe encore très peu de données sur les effets à long terme des microplastiques sur l’environnement, mais les premiers indicateurs sont inquiétants pour la chaîne alimentaire, selon la chercheuse.

Et en plus, on n’aura pas seulement des microplastiques… Il neige, aujourd’hui. Vous mettez votre petit sachet de 13 litres sur le bord de la rue et la charrue passe et l’amène avec elle. Au Canada, environ 1 % des plastiques qu’on met aux ordures se ramasse dans l’environnement. Donc ces sachets-là vont glisser vers les égouts et risquent de causer des blocages, des débordements. Il y a des animaux qui risquent de les grignoter aussi...

Le directeur de la gestion des matières résiduelles à Québec tient un grand sac de plastique mauve dans ses mains.

Le directeur de la gestion des matières résiduelles à Québec présente le modèle de sac qui a été retenu pour la collecte des résidus alimentaires.

Photo : Courtoisie / Ville de Québec

C’est pourquoi la directrice du Centre Eau Terre Environnement rejette le choix du sac de plastique recyclable. Parce que, selon elle, il risque de ne pas solutionner une problématique environnementale, mais plutôt de créer un problème parallèle.

À savoir de quelle ampleur, il est? Je serais bien curieuse de voir une analyse de cycle de vie complète, qui compare l’effet de la biométhanisation avec des matières collectées en sacs, avec le sac choisi dans le projet pilote cette année, ou collectées en bacs, et sur la base de l’analyse d’un cycle de vie, qui comprend aussi d’autres paramètres externes comme les risques d’étouffement des animaux, par exemple. J’aimerais bien qu’on réévalue cette décision-là.

Pas trop tard

Mme Hénault-Éthier estime qu’il n’est pas trop tard pour la Ville de Québec d’effectuer un virage à 180 degrés.

Je crois qu’il n’est jamais trop tard. De toute façon, des sacs compostables, c’est sûr que ce n’est pas l’idéal dans un biodigesteur, mais à la limite on peut les composter après avoir désemballé. Je crois que de toute façon, on peut optimiser nos procédés au fur et à mesure qu’ils avancent.

Bruno Marchand regarde vers la gauche, d'un air sérieux.

Mme Hénault-Éthier dit avoir confiance que le nouveau maire de Québec, Bruno Marchand, écoutera la science.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Nulle part, soutient la chercheuse, on ne recommande l’utilisation de sacs de plastique recyclable pour le compostage. Un fait qui, espère-t-elle, sera porté à l’attention du nouveau maire de Québec, Bruno Marchand, dont la Ville semble faire cavalier seul à cet égard, fait-elle remarquer.

Je comprends dans les quartiers centraux, qui sont densément peuplés, c’est difficile de loger un bac de plus dans nos maisons. Mais à Québec, il y a quand même beaucoup de banlieues, beaucoup de maisons. Ce n’est pas un bac de 45 litres de plus qui va vraiment faire la différence. Dans des quartiers plus périphériques, on serait capables rapidement, à tout le moins, d’essayer un nouveau projet pilote. Avec des bacs, pour voir comment ça se passe. [...] Ça se passe très bien partout ailleurs au Québec.

La meilleure solution

Lors d'un comité plénier à la suite du dépôt du budget de la Ville, Mathieu Fournier, directeur de la division de la gestion des matières résiduelles, a expliqué que les villes de la taille de Québec ne sont pas avantagées à faire une collecte des matières organiques dans des bacs différents que ceux déjà remis aux citoyens.

De plus, il a expliqué que le sac en plastique doit être suffisamment tenace pour passer à travers les différentes étapes de transport, avant d'arriver au centre de biométhanisation.

Finalement, la Ville de Québec, dans son appel d'offre, demandait au fournisseur de s'assurer que les sacs de plastique soient valoriés après le transport des matières.

C'est la firme Polykar de Montréal qui a obtenu le contrat.

Avec la collaboration d'Alexandre Duval

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