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Jean-Marc Vallée : un réalisateur « au service des acteurs »

Sous le choc, le producteur de C.R.A.Z.Y. et de Café de Flore, Pierre Even, se souvient du regretté cinéaste

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« C.R.A.Z.Y. », de Jean-Marc Vallée

Photo : Les Films TVA

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L’émotion est vive au lendemain de l’annonce de la mort du réalisateur québécois Jean-Marc Vallée, décédé subitement, de cause vraisemblablement naturelle, à sa résidence de Berthier-sur-Mer le 25 décembre. Au micro de Première heure, le producteur de C.R.A.Z.Y. et de Café de Flore, Pierre Even, s’est souvenu d’un réalisateur « au service des acteurs ».

Le producteur de C.R.A.Z.Y. (2005) était endormi, vers 23 h 30 dimanche soir, lorsque sa conjointe l’a réveillé pour lui montrer l’article du magazine américain Deadline, qui annonçait la mort du cinéaste de 58 ans.

C’était comme me réveiller en plein cauchemar. C’était très difficile d’apprendre ça. Je suis sous le choc, a raconté Pierre Even.

Fort occupés chacun de leur côté, les deux hommes s’étaient moins côtoyés au cours des dernières années, mais ils avaient récemment renoué lors de la restauration de C.R.A.Z.Y.

Je suis tellement heureux, en voyant ce qui se passe, d’avoir réussi à faire ça! Donc on s’est vus, on s’est parlé plus souvent dernièrement. On est toujours restés en contact. On se voyait moins, on se voyait moins souvent, mais chaque fois qu’on se voyait, on échangeait sur nos carrières, nos enfants, tout ça…, a-t-il poursuivi.

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Une scène du film «C.R.A.Z.Y.», où le personnage de Zachary, joué par Marc-André Grondin, fait sa sortie du placard.

Photo : Cirrus Communications, CRAZY Films

C’est d’ailleurs vers les enfants de Jean-Marc Vallée, ses fils Émile et Alex, que les pensées de Pierre Even étaient tournées lundi matin. Comme tous ceux qui ont été impliqués de près ou de loin dans C.R.A.Z.Y., les deux jeunes hommes faisaient partie de la grande famille du film.

J’ai connu Émile quand il était tout jeune, Alex aussi. Les enfants de Jean-Marc, c’est à eux que j’ai pensé en premier hier et à qui je pense aujourd’hui. On est toujours restés en contact. C’est comme une confrérie de C.R.A.Z.Y. Ç’a tellement marqué! Ça nous a marqués, nous et toute l’équipe, comme ç’a marqué le Québec, alors on se revoyait toujours tous avec énormément de joie et de plaisir.

Œuvre phare de Jean-Marc Vallée, C.R.A.Z.Y. a permis de découvrir un cinéaste d’une grande humanité, qui a élevé la direction d’acteurs au niveau de l’art.

« Jean-Marc a mis sa science, toute sa création, au service des acteurs. C’est ça qui était au centre de ce qu’il faisait. Ç’a toujours été ça. Il m’expliquait que, par exemple dans Big Little Lies, la façon dont il a filmé ses acteurs, c’était toujours en fonction des regards de l’acteur dans chaque plan, dans chaque scène. »

— Une citation de  Pierre Even, producteur de «C.R.A.Z.Y.» et de «Café de Flore»

Je l’ai vu dans C.R.A.Z.Y., dans Café de Flore, c'est un réalisateur qui s’approche des acteurs, qui est toujours près. Il ne va pas réaliser derrière un moniteur, il reste toujours près de la caméra. Il regarde les acteurs, il regarde le moniteur, mais sur la caméra. Un tout petit moniteur. Il va regarder ses acteurs, et après, il va leur chuchoter à l’oreille, a expliqué Pierre Even.

Grâce à la caméra numérique, une véritable révélation pour lui, Vallée a pu pousser cette relation symbiotique avec les acteurs à un autre degré.

Parce qu’il n’était plus prisonnier de la pellicule, il pouvait laisser ses acteurs s’exprimer sans avoir la pression du temps, de la pellicule qu’on brûle. C’est vraiment une technique qu’il a perfectionnée de plus en plus au fil des projets. C’est vraiment sa marque. C’est ce qu’il nous laisse. C’est pour ça que ses projets sont aussi marquants, c'est pour ça qu’il a réussi à avoir d’aussi grandes performances d’acteurs. Pour lui, c’était au centre de tout son travail, poursuit le producteur.

Ensemble, les deux hommes ont livré avec C.R.A.Z.Y. le film québécois le plus primé à ce jour par le gala du cinéma québécois – à l’époque les Jutra – avec 15 statuettes. Ce film a également mené une grande carrière internationale en s’illustrant dans plusieurs festivals.

Je ne pense pas qu’on était conscients de ce qu’allait devenir C.R.A.Z.Y. [...] Ce que Jean-Marc voulait, et ce que moi je partageais avec lui, c’est que le public s’empare du film. Ça, c’était clair au départ, mais jamais on n’a pensé que ce serait le cas.

Et pourtant, le film a eu une résonance partout dans le monde, que ce soit à Montréal, à Venise ou en Espagne.

Je me souviens d’un jeune Espagnol qui nous disait : "C’est mon père, c’est ma mère, c’est moi.” Ça, on n’avait pas anticipé ça. On n’avait pas anticipé que le film aurait cette réaction-là. C’est quelque chose qu’on désire quand on fait un film, mais c’est quelque chose qu’on ne pouvait pas prévoir. La première de C.R.A.Z.Y. à l’Impérial, on va s’en souvenir, tout un chacun, toute notre vie. C’était exceptionnel, affirme Pierre Even.

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Matthew McConaughey et Jean-Marc Vallée sur le plateau de tournage du film «Dallas Buyers Club».

Photo : Remstar

Malgré tout ce succès ainsi que celui qui allait suivre, notamment avec Dallas Buyers Club (2013), récompensé par deux Golden Globes (meilleur acteur pour Matthew McConaughey et meilleur second rôle pour Jared Leto) et d’Oscars (meilleur acteur pour Matthew McConaughey, meilleur second rôle pour Jared Leto, meilleurs maquillages et coiffures), Jean-Marc Vallée a toujours fait preuve d’une grande humilité et n’a jamais hésité à partager son savoir.

Encore récemment, alors qu’il était pris par l’écriture du scénario et la préproduction de John and Yoko, il avait consacré du temps à des étudiants qu’il était allé rencontrer à l’université Concordia.

C'est qu’il était passionné par l'humain et non seulement l'humain sur le grand écran, mais les gens qu’il rencontrait. Rencontrer Jean-Marc, c’était marquant pour tout le monde. Un jeune réalisateur qui rencontre, une jeune réalisatrice qui rencontre Jean-Marc, Jean-Marc va être extrêmement généreux de ses conseils. Combien de jeunes m’ont dit ça, qu’ils avaient osé contacter Jean-Marc et que Jean-Marc leur avait répondu et prodigué des conseils? Il l’a fait avec mes enfants, avec ma fille…

« Cette humilité-là, cette envie de partager, Jean-Marc avait ça profondément en lui. C’est ce qui va nous rester aussi. C’est ce qui nous reste de ses œuvres et de l’homme aussi. Sa grande grande humanité. Ça va nous manquer beaucoup. »

— Une citation de  Pierre Even, producteur de « C.R.A.Z.Y. » et « Café de Flore»

Selon ce dernier, l’œuvre de Jean-Marc Vallée, au-delà des qualités humaines de l'homme, demeurera marquante. Quant à sa passion, elle continuera à vivre à travers tous ceux qui auront eu la chance de croiser son chemin. À commencer par ses fils.

Je pense à Émile et à Alex, ses deux garçons, qui sont là, qui sont tous les deux dans le cinéma et qui vont continuer cette passion du cinéma que Jean-Marc avait tellement fortement en lui. Je pense qu’il l’a communiquée à tellement de monde autour de lui! Tous ceux qui ont travaillé avec Jean-Marc ont été contaminés par ça. J’ai l’impression qu’encore dans 10 ans, dans 15 ans, les gens vont dire: "J'ai travaillé avec Jean-Marc Vallée".

Avec la collaboration d’Alexandre Duval

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