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Les mèmes en 2021, signes d’un ras-le-bol généralisé

Montage visuel de Bernie Sanders assis dans le métro de la STM.

Le mème de Bernie Sanders est devenu viral en janvier 2021.

Photo : Twitter/@Tom__Shanks

Stéphanie Dupuis

Bernie Sanders à l’inauguration de Joe Biden, un paquebot géant bloqué dans le canal de Suez, fermeture du musée Grévin… Les événements de l’année 2021 ont inspiré aux internautes l’envie prenante d’illustrer en mèmes les failles de notre société, selon les observations du spécialiste en culture populaire, Jean-Michel Berthiaume.

« On est vraiment dans le "On est écœurés et on va se faire des blagues sur le fait qu’on est écœurés". »

— Une citation de  Jean-Michel Berthiaume, doctorant en études sémiotiques

La vague Joe B… Bernie Sanders!

On peut dire que l’année 2021 a débuté en force dans l’univers des mèmes avec l'inauguration de Joe Biden à la mi-janvier.

Mème : Concept (texte, image, vidéo) massivement repris, décliné et détourné sur Internet de manière souvent parodique, qui se répand très vite, créant ainsi le buzz.

– Dictionnaire Larousse

La photo de Bernie Sanders assis, reclus, sur une chaise pliante, portant un masque et des mitaines tricotées à la main, est rapidement devenue virale sur la toile. Un site web a même créé un outil qui permet d’intégrer le démocrate dans n’importe quel lieu, de la mouche sur la tête de Mike Pence à un train Azur du métro de Montréal.

« Le mème de Bernie Sanders a été un feu de paille assez intense; ça s’est finalement estompé rapidement. »

— Une citation de  Jean-Michel Berthiaume

Selon le spécialiste en culture populaire, la symbolique de ce mème est profonde : On a l’inauguration d’un président qui promet de ramener le pays à une forme de normalité. Et au lieu de choisir une image de Joe Biden en train de célébrer, on préfère Bernie Sanders qui montre des signes d’usure, de fatigue, dans une posture fermée.

Selon lui, c’est le symbole inverse de ce qu’on aurait pu imaginer d’un tel événement.

À un paquebot d’une catastrophe

Le porte-conteneurs qui a bloqué le canal de Suez en Égypte – la voie maritime la plus fréquentée au monde – pendant près d'une semaine en mars dernier a été comme un coup de poing à l’économie et au transport de marchandises.

Une excavatrice tente de libérer un gigantesque navire pris au piège.

Cette image d’une excavatrice qui tente de libérer l’Ever Given est devenue virale sur le web.

Photo : AFP / AFP

Le cargo est devenu un personnage et on a décidé de le célébrer en écrivant des fanfictions [fanafictions] du point de vue du navire. Il a été utilisé afin d’ironiser sur les failles du système et de les souligner, en caractère très gras, tout en riant et en roulant des yeux, affirme Jean-Michel Berthiaume.

« Tout ça s’est fait dans l’humour, dans l’acceptation qu’on est à un bateau porte-conteneurs d’une catastrophe économique. »

— Une citation de  Jean-Michel Berthiaume

Encore une fois, un développeur s’est amusé à créer un site web (Nouvelle fenêtre) sur lequel les internautes peuvent déplacer le bateau à n’importe quel endroit sur une carte Google Maps, contribuant à la propagation du mème.

Quand la fermeture du musée Grévin devient virale

La fermeture du musée Grévin à Montréal a laissé place à l’émergence de mèmes assez loufoques, selon ce qu’a noté Jean-Michel Berthiaume. Les personnalités en vedette au musée se sont vu offrir l’occasion de récupérer la poupée de cire à leur effigie.

Le chef cuisinier Ricardo Larrivée a répondu à l’appel et s’est photographié avec son double de cire hyper inquiétant, décrit le spécialiste de culture populaire.

Un homme et une statue de cire à son effigie prennent la pose côte à côte.

Ricardo Larrivée figure parmi les personnalités qui ont décidé de récupérer leur statue de cire à la fermeture du musée Grévin.

Photo : L'actualité en mèmes

Il n’en a pas fallu plus pour que les internautes s’emparent de l’image pour en faire un mème.

« Le contraste entre, d’un côté, un cuisinier enthousiaste, et de l’autre, une statue de cire louche, a donné naissance au Ricardo démoniaque. »

— Une citation de  Jean-Michel Berthiaume

Cette formule n’est pas sans rappeler les mèmes dont l’image est en négatif chromatique, dits Evil Be Like, très populaires en octobre, qui montrent la version maléfique d’une mauvaise personne.

Au Québec, il y a eu l’evil Éric Duhaime [chef du Parti conservateur du Québec], dont la version maléfique était quelqu’un qui aime tout le monde, mentionne-t-il en exemple.

L’evil Kevin Parent s’assurait quant à lui que tout le monde ait un verre propre dans les mains, ajoute-t-il.

La politique, toujours ciblée par les mèmes

Éric Duhaime a été plus d’une fois la cible des internautes. La photo prise au mois d’août, où il semble se faire expliquer pourquoi il n’est pas le bienvenu à la commission parlementaire sur la vaccination obligatoire, puisqu’elle est réservée aux personnes élues à l’Assemblée nationale, fait toujours irruption sur le web des mois après l’événement.

Un homme assis sur une chaise regarde une dame agenouillée à côté de lui dans une allée de pharmacie.

Le mème d’Éric Duhaime sur une chaise qui se fait expliquer des choses circule depuis des mois sur la toile.

Photo : L'actualité en mèmes

Si en 2020, la pandémie de COVID-19 et les conférences de presse de François Legault et Horacio Arruda dominaient dans la culture web, cette année, ils se font plus discrets.

Vers la fin de 2021, la campagne publicitaire antiracisme du gouvernement Legault est toutefois passée dans le tordeur. Des mèmes ont émergé, invitant les internautes à formuler leur propre texte sur le modèle de ces publicités.

Ça a donné des résultats du genre : au Québec, deux gars louches qui te regardent dans un bar, c’est quoi? Deux Québécois, avec les photos de Kevin Parent et d’Éric Lapointe, souligne Jean-Michel Berthiaume.

François Legault embrasse sa sœur sur la bouche à côté de sa femme. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une récente publicité du gouvernement du Québec sur le racisme a inspiré la création de mèmes.

Photo : L'actualité en mèmes

La revanche des mèmes

Les jetons non fongibles (JNF, ou non-fungible tokens, NFT, en anglais) ont permis un certain retour d’ascenseur aux personnes en vedette dans un mème (memefied, en anglais).

Une petite fille regarde l'objectif de la caméra avec un air coquin alors qu'un feu ravage une maison derrière elle.

La fillette du mème Disaster Girl, Zoë Roth, a maintenant 21 ans.

Photo : Dave Roth

Des personnalités figurant dans des mèmes connus comme Zoë Roth (Disaster Girl), Bad Luck Brian, Charlie Bit My Finger et Side-Eyeing Chloe ont ainsi pu vendre en JNF l’image à l’origine de leur mème respectif pour des sommes de plusieurs dizaines, voire des centaines de milliers de dollars.

« On a beaucoup entendu dire que les gens qui deviennent des célébrités internationales du jour au lendemain à cause du web, ça ne rend pas leur vie facile et ce n’est pas une récompense. »

— Une citation de  Jean-Michel Berthiaume

Ça a tellement été dévastateur pour leur vie, et ils ont enfin une compensation. Je suis content pour eux, ajoute-t-il.

Place à la québécisation des mèmes

La culture québécoise a davantage réussi à faire sa place dans l’univers des mèmes cette année, selon les observations de Jean-Michel Berthiaume.

« On reprend beaucoup de gabarits de mèmes américains qu’on adapte avec des symboles québécois. J’ai par exemple vu le mème de Distracted Boyfriend être modifié avec des images des Pays d’en haut. »

— Une citation de  Jean-Michel Berthiaume

On constate un phénomène similaire avec le mème Drakeposting, montrant le chanteur canadien Drake, sur lequel on superpose des personnalités québécoises de tous les horizons. La toile n’a pas non plus échappé à la série télé sud-coréenne Le jeu du calmar, la production la plus regardée de l’histoire de Netflix.

Un homme refuse de payer pour un costume du Jeu du calmar, et approuve plutôt pour une version maison à faible coût.

Les costumes de la série «Le jeu du calmar» étaient très populaires à l’Halloween. Les internautes en ont fait un mème reprenant un gabarit du chanteur Drake, mais avec le visage du spécialiste des finances Pierre-Yves McSween.

Photo : L'actualité en mèmes

Les jeux sanglants de la série ont même été repris pour se moquer des annonces que le gouvernement Legault a faites quelques jours avant les Fêtes, par exemple pour illustrer comment choisir les personnes invitées au souper de Noël.

La poupée sanglante de la série «Le jeu du calmar» avec un sapin de Noël. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les internautes ont illustré en mèmes le choix difficile qu’ont dû faire certaines personnes au temps des Fêtes.

Photo : L'actualité en mèmes

On célèbre aussi de plus en plus les anniversaires des mèmes, selon Jean-Michel Berthiaume. Par exemple, l’alligator de la rue Jarry a fêté ses deux ans il y a quelques semaines, et cela a été souligné abondamment sur les réseaux sociaux. Cette pratique est certainement encouragée par les souvenirs Facebook, qui nous rappellent des moments vécus à pareille date les années précédentes.

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