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La pandémie fait chuter le nombre de travailleurs indépendants au pays

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La relance économique tarde à se concrétiser chez certains travailleurs autonomes.

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Radio-Canada

Le nombre de travailleurs indépendants est en baisse au Canada en raison de la pandémie. Il est passé de 2,9 millions travailleurs autonomes, en février 2020, à 2,6 millions en décembre 2021, soit son plus bas niveau depuis 10 ans, selon une enquête de CBC News.

L'agriculture est le secteur qui a enregistré la plus grande perte de travailleurs, soit un recul de 30,39 %, suivi des services professionnels, scientifiques et techniques (-12,2 %), et de la construction (-9,99 %). L'ensemble des autres secteurs ont encaissé une baisse de 20 % du nombre de leurs travailleurs indépendants.

Selon Statistique Canada, certaines de ces pertes d'emploi chez les travailleurs indépendants ont été compensées par des gains d’emploi rémunéré dans les mêmes industries, comme dans les services professionnels, scientifiques et techniques.

Mais dans d’autres secteurs, par exemple l’agriculture, la construction et les services y compris les soins personnels, la baisse du travail indépendant n’a pas été compensée.

Les raisons d'une chute

Le marché du travail canadien a effectué un retour complet depuis qu’il a perdu près de trois millions d’emplois, au début de la pandémie. Mais c'est une reprise économique en trompe-l'œil, parce qu'elle ne concerne pas tout le monde, y compris les travailleurs autonomes.

La chute est liée aux politiques gouvernementales en matière de pandémie, qui n’ont pas été adaptées pour soutenir les travailleurs autonomes du Canada, selon Richard Dias, fondateur et chef de la recherche chez Acorn Macro Consulting, à Halifax.

Selon M. Dias, ces politiques comprennent les fermetures générales d’entreprises, les restrictions, les demandes complexes de soutien financier et des exigences en matière d'équipements de protection individuelle.

« Ces politiques ont favorisé les grandes entreprises qui sont plus structurées et plus équipées que, par exemple, le petit commerçant pour faire face à une crise. »

— Une citation de  Richard Dias, fondateur et chef de la recherche chez Acorn Macro Consulting à Halifax

Selon Statistique Canada, le travail indépendant se divise en plusieurs catégories : les personnes qui possèdent une entreprise constituée ou non constituée en société, une ferme ou une pratique professionnelle, ou celles qui n'ont pas d'entreprise, comme les porteurs de journaux ou les gardiennes d'enfants. La plupart des travailleurs autonomes canadiens constituent une entreprise individuelle, mais environ un tiers d'entre eux emploient d'autres personnes.

Tous ces travailleurs se démènent financièrement pour survivre à la pandémie.

« Après avoir fait de bon travail, ils ont brûlé leurs économies. »

— Une citation de  Richard Dias, fondateur et chef de la recherche chez Acorn Macro Consulting

Franchement, on ne reconnaît pas cette grave erreur systémique et les répercussions prolongées qu’elle aura sur notre économie, se désole M. Dias.

Au bord du gouffre

Michelle Palmer est travailleuse autonome depuis huit ans, mais depuis la pandémie, la propriétaire de la Pause Beauty Boutique, à Toronto, se dit rongée par le doute et la peur de fermer son entreprise.

Elle a été forcée de fermer son entreprise de spa pendant 10 mois au cours des deux dernières années en raison du confinement. Malgré toutes les aides financières qu’elle a obtenues, elle a rouvert les portes de son entreprise en étant profondément endettée.

« Notre niveau d’endettement est actuellement de six chiffres, et cela ne va pas disparaître du jour au lendemain. »

— Une citation de  Michelle Palmer, propriétaire de spa à Toronto

Selon Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), beaucoup de travailleurs autonomes canadiens n'ont reçu pratiquement aucun soutien du gouvernement dans le cadre de la Prestation canadienne d'urgence (PCU).

M .Kelly précise que bon nombre d’entre eux n’étaient pas admissibles aux différents programmes d'aide liés à la COVID-19, contrairement à leurs collègues de grandes et moyennes entreprises. Par exemple, l'aide d’urgence pour les entreprises canadiennes offrait des prêts sans intérêt de 40 000 $, mais au départ, les demandeurs devaient démontrer qu’ils avaient une masse salariale annuelle d’au moins 50 000 $ en 2019 pour y avoir accès.

Toujours selon M. Kelly, le remplacement de la PCU par la Prestation canadienne de relance économique (PCRE) a été un coup dur pour beaucoup de travailleurs autonomes, qui ont dû fermer leurs entreprises parce que leurs revenus ne leur permettaient pas de les maintenir en activité.

Mme Palmer affirme qu’elle a été exclue des programmes de soutien personnel cette année parce que ses impôts de 2020 indiquaient qu’elle n’avait pas gagné les 5000 $ requis pour être admissible à la PCU ou à la PCRE. C’est parce qu’elle est une propriétaire unique, ce qui signifie que ses impôts personnels et d’affaires sont déclarés ensemble, et, en raison des fermetures, son entreprise a fonctionné à perte.

« Le message que nous avons envoyé aux entrepreneurs au cours des deux dernières années a été assez négatif. »

— Une citation de  Dan Kelly, président de la FCEI

La FCEI s’attend à une vague de fermetures d’entreprises en 2022, alors que les programmes fédéraux de soutien en cas de pandémie prendront fin.

Je pense que de nombreux propriétaires d’entreprise ne verront pas un retour rapide à la rentabilité, prévient M. Kelly.

Virage vers le salariat

Pour la recherche de sécurité d’emploi, beaucoup travailleurs indépendants se tournent vers les emplois rémunérés.

Dans les domaines professionnel, scientifique et technique, le nombre de postes salariés a connu une croissance de près de 22 % entre novembre 2019 et novembre 2021. Selon Statistique Canada, cette hausse est le signe d’un virage pandémique vers des formes d’emploi plus normalisées.

Selon Brett House, économiste en chef adjoint de la Banque Scotia, bon nombre de ces employés nouvellement embauchés veulent probablement la stabilité d’un poste salarié.

« Ce n’est pas un signe que les Canadiens deviennent moins entreprenants. C’est un signe que la reprise du marché du travail se poursuit et se raffermit. »

— Une citation de  Brett House, économiste en chef adjoint de la Banque Scotia

La rédactrice Shannon Mulligan fait partie de ces nouveaux salariés. Bien que la pige ait été une bouée de sauvetage pendant la pandémie, un poste au sein d'une jeune entreprise de technologie à Toronto l’a récemment conquise.

Passer de la pige au temps plein n’était pas quelque chose que j’étais vraiment prête à faire, mais… c’était une occasion extrêmement excitante, a déclaré Mme Mulligan.

Son nouveau travail est assorti de la flexibilité de travailler à la maison, ce qui était plus courant pour les pigistes que pour les employés rémunérés avant la pandémie.

Être en mesure d’avoir encore cela a contribué à sceller le marché pour moi, se réjouit-elle.

De la résistance

Même si le secteur de l'entrepreneuriat individuel connaît des difficultés liées à la pandémie, certains acteurs ne sont pas prêts a abandonner, d'autant plus qu'une nouvelle vague de travail indépendant pourrait se profiler à l’horizon. Selon un récent sondage de Dynata, 30 % des Canadiens qui ont un emploi traditionnel s’attendent à faire la transition vers le travail autonome au cours des deux prochaines années.

De quoi motiver Michelle Palmer, malgré le stress et ses dettes.

« Travailler pour moi-même est la chose la plus stimulante que j'aie jamais faite… Et je ne suis pas prête à abandonner cela aisément. »

— Une citation de  Michelle Palmer, propriétaire de spa à Toronto

Un tel virage vers le travail autonome serait une bonne nouvelle, selon Dan Kelly de la FCEI, qui souhaite que le groupe de travailleurs autonomes canadiens grandisse et non qu’il diminue.

Ils sont le groupe sur lequel nous comptons pour remplacer de nombreuses entreprises qui sont maintenant barricadées, ajoute-t-il . Nous comptons aussi sur eux pour créer des emplois pour les autres Canadiens, conclut-il.

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