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Cette vidéo de Robert Malone contient des informations infondées sur les vaccins

Robert Malone, un homme barbu en complet cravate, parle à la caméra en tenant une feuille. Le mot « attention » est superposé à l'image.

Une version sous-titrée en français de cette vidéo virale du Dr Robert Malone a été vue plus d'un million de fois sur TikTok.

Photo :  Capture d’écran

Prenez note que cet article publié en 2021 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une vidéo virale dans laquelle le biologiste moléculaire Robert Malone lance un avertissement aux parents qui veulent faire vacciner leurs enfants a énormément circulé dans la francophonie au cours de la dernière semaine. Elle a cumulé plus d’un million de visionnements sur TikTok et des centaines de milliers de visionnements supplémentaires sur Facebook et sur des sites d’hébergement vidéo.

Or, plusieurs des craintes qu’il soulève ne sont pas fondées sur des faits, selon de nombreux experts.

La vidéo en question est une version sous-titrée en français d’une vidéo mise en ligne par Robert Malone à la mi-décembre. Il s’y présente comme l’inventeur des vaccins à ARN messager, un titre que réfutent (Nouvelle fenêtre) de nombreux scientifiques (Nouvelle fenêtre) qui ont travaillé sur cette technologie au cours des dernières décennies.

Robert Malone a effectivement fait des expériences avec l’ARN messager synthétique à la fin des années 1980 et a donc contribué au développement de cette technologie, mais l’existence de ces vaccins est le fruit d’un effort collectif (Nouvelle fenêtre) de centaines de chercheurs et de plusieurs institutions au fil de plusieurs décennies et non d’un seul homme.

Voici quelques-unes des déclarations de Robert Malone dans cette vidéo qui font sourciller les experts que nous avons consultés.


Déclaration : les vaccins à ARN messager forcent le corps de votre enfant à produire une protéine de pointe toxique qui peut endommager de manière permanente ses organes.

Vérification : les vaccins anti-COVID-19 à ARN messager (Pfizer-BioNTech et Moderna) contiennent du matériel génétique qui entre dans des cellules et les incitent à produire une protéine de pointe (aussi connue sous le nom de spicule, ou spike en anglais) caractéristique du virus SRAS-CoV-2 pour que notre corps puisse s’en protéger. Mais l’idée voulant que celle-ci soit toxique n’est pas fondée, comme l’ont rapporté plusieurs (Nouvelle fenêtre)médias (Nouvelle fenêtre)de vérification (Nouvelle fenêtre) ces derniers mois.

Un virus SRAS-CoV-2.

Les protéines de spicule sont les pointes rouges qu'on peut voir sur cette illustration du virus SRAS-CoV-2.

Photo : Centres américains de contrôle des maladies

En science, quand on dit quelque chose, il faut se référer à un article, à un travail publié, revu par les pairs, qui a pu être contesté. Je n’ai rien vu qui démontre la toxicité de la spike, soutient Steve Pascolo, immunologue à l'hôpital universitaire de Zurich, qui mène des recherches sur les vaccins à ARN messager depuis la fin des années 1990.

Cela dit, si la spike était toxique, il ne faudrait surtout pas être infecté, parce que lorsqu'on est infecté par le SRAS-CoV-2, on a des virus partout : dans le cerveau, dans les organes reproducteurs, dans le sang, dans les poumons. Le virus est présent dans de nombreux organes, et quand il se réplique, il y a là de la spike en grande quantité, alors que ce n’est pas le cas avec le vaccin. Ce serait donc une raison de plus de se faire vacciner, fait valoir le Dr Pascolo.

Après la vaccination, la protéine de pointe est d’ailleurs produite de manière très transitoire et en faible quantité, note Benoit Barbeau, virologue et professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM. On n’en a pas besoin de tant que ça, juste assez pour que notre réponse immunitaire puisse être alertée de la présence d’une protéine étrangère. Cette protéine-là n’est pas là très longtemps et l’ARN messager se dégrade très rapidement, assure-t-il.


Déclaration : le vaccin réinitialise génétiquement le système immunitaire.

Vérification : cette hypothèse voulant que les vaccins contre la COVID-19 modifient nos gènes ou qu’ils constituent de la thérapie génique a été amplement démentie, comme nous le rapportions en janvier 2021.

À l’époque, Benoit Barbeau expliquait que l’ARN messager des vaccins disparaît assez rapidement et qu’il n’a pas la capacité de s’intégrer au génome, pour sa part composé d’ADN.

La thérapie génique permet quant à elle d’intégrer du nouveau matériel génétique à des cellules de façon durable pour compenser un dysfonctionnement.

Une fiole de vaccin Pfizer et plusieurs seringues.

Une fiole de vaccin Pfizer-BioNTech

Photo : Getty Images / AFP/JALAA MAREY


Déclaration : le vaccin provoque des dommages irréparables.

Vérification : les dommages irréparables que mentionne le Dr Malone sont des lésions à l’intérieur [du] cerveau, des cicatrices du tissu cardiaque et des dommages du système reproducteur qui pourraient affecter les générations futures de votre famille.

L’hypothèse voulant que le vaccin puisse causer des dommages au système reproducteur a été démentie de nombreuses (Nouvelle fenêtre)fois (Nouvelle fenêtre) et a même fait l’objet d’un article des Décrypteurs en décembre dernier. À l’époque, des informations selon lesquelles une protéine essentielle à la formation du placenta – la syncitine-1 – partageait des séquences d’acides aminés de la protéine de spicule du virus a mené certaines personnes à croire sans fondement que les anticorps créés par le vaccin s’attaqueraient au placenta.

En fait, ces protéines sont fondamentalement différentes, et les anticorps créés par le vaccin ne devraient pas les confondre, selon les experts.

Il n’existe donc aucune preuve scientifique à cet effet, et si le vaccin provoquait l’infertilité chez les femmes, on pourrait s’attendre à ce que le virus provoque des réactions semblables, étant donné que le système immunitaire des personnes vaccinées ou des personnes infectées réagit à la protéine de spicule du SRAS-CoV-2. Or, ce n’est pas le cas (Nouvelle fenêtre).

Une femme enceinte tient un masque rose sanitaire contre son ventre.

Le vaccin contre la COVID-19 ne pose pas de risque pour la fertilité, selon les experts.

Photo : Shutterstock

Pour ce qui est des cicatrices du tissu cardiaque, il est vrai que les vaccins contre la COVID-19 peuvent causer des inflammations du cœur (myocardite et péricardite), mais celles-ci sont, heureusement, habituellement très bénignes, souligne Jesse Papenburg, pédiatre et microbiologiste-infectiologue à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Au début, on avait tendance à hospitaliser les personnes touchées, mais on s’est vite rendu compte que la myocardite associée aux vaccins à ARN messager est en fait très transitoire et ne requiert pas de traitement spécifique, sauf peut-être un anti-inflammatoire. Les gens reviennent à leur vie normale très rapidement et la très grande majorité d'entre eux n’ont pas de séquelles, dit le Dr Papenburg.

Il n’en demeure pas moins que des anomalies cardiaques ont été détectées chez un petit nombre de patients touchés par ces myocardites et par ces péricardites lors de leurs rendez-vous de suivi, trois mois après l’effet secondaire, mais que, cliniquement, ils étaient presque tous rétablis, ajoute le Dr Papenburg avant de souligner que l’infection cardiaque de la COVID est plus importante.

Si les myocardites touchent particulièrement les adolescents et les jeunes adultes masculins, elles semblent très rares chez les 5 à 11 ans, selon les données préliminaires (Nouvelle fenêtre) de la campagne vaccinale américaine (huit cas sur sept millions de jeunes vaccinés).

Les experts consultés affirment tous que rien n'indique que les vaccins contre la COVID-19 provoquent des lésions cérébrales.


Déclaration : nous avons besoin d'au moins cinq ans de tests et de recherches avant de réellement comprendre les risques des vaccins. De plus, les effets néfastes de nouveaux médicaments sont souvent révélés des années plus tard.

Vérification : il est vrai que les effets secondaires de certains médicaments ont été découverts seulement plusieurs années après leur mise en marché, mais cela n’est pas le cas des vaccins.

On ne peut jamais dire à 100 % que rien ne va arriver dans 10, 15 ou 20 ans, mais ce qu’on sait de cette technologie, c'est qu’il ne devrait pas y avoir d’impact à long terme et que les effets secondaires sont presque immédiats, dans les heures ou les jours suivant la vaccination, dit Benoit Barbeau.

Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal.

Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal

Photo : Radio-Canada

En général, les autorités de la santé mentionnent que la manifestation d’effets secondaires peut se produire au plus dans un délai de six à huit semaines après l’injection. Mais ce sont des effets plus rares qu’on ressent quelques semaines après, souvent dus à une réponse immunitaire aberrante. On peut penser par exemple au syndrome de Guillain-Barré, qui se manifeste une fois sur 1 million ou 1,5 million pour certains vaccins, dit le Dr Papenburg.

En ce qui concerne la mise en marché rapide de ces vaccins comparativement à d’autres, bien souvent, ce n’est pas la science qui prend des années mais bien les autorités qui prolongent le processus, avance le Dr Pascolo. En recherche, on va monter un dossier, et ça prend des mois pour avoir une réponse des autorités avant qu’on puisse poursuivre, cite-t-il en exemple.

Les gens imaginent que ça prend du temps pour développer une technologie, ce qui est parfois le cas. Mais avec l’ARN messager, la technologie était déjà là, et ça peut aller très vite une fois qu’on a séquencé le virus, poursuit l’immunologue.

Il y avait aussi un investissement extraordinaire dans les compagnies qui produisaient les vaccins et des collaborations internationales jamais vues. L’homologation s’est faite de manière prioritaire et urgente, mais aucune étape n'a été sautée. On a gagné du temps là où on pouvait le faire et certaines étapes ont été faites en parallèle plutôt que de manière itérative, ajoute le Dr Jesse Papenburg.


Déclaration : Les enfants infectés ne représentent aucun danger pour leurs parents ou pour leurs grands-parents.

Vérification : Selon le Dr Papenburg, c’est tout simplement faux.

Au début de la pandémie, on pensait que les enfants infectés étaient moins capables de transmettre le virus, mais grâce aux études qui font du dépistage plus systématique, on voit que les enfants transmettent le virus dans tous les milieux, dit-il.

Plusieurs études (Nouvelle fenêtre) indiquent d’ailleurs que le variant Delta est bien plus transmissible par les enfants que ne l’était le variant Alpha, et de nombreuses éclosions ont eu lieu dans les écoles (Nouvelle fenêtre).

Decrypteurs. Marie-Pier Élie, Jeff Yates, Nicholas De Rosa et Alexis De Lancer.

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