•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La technologie a fait la pluie et le beau temps en 2021

Une illustration d'une personne avec un casque de réalité virtuelle sur la tête, évoquant le métavers.

Le métavers désigne un cyberespace parallèle à la réalité physique où une communauté de personnes peut interagir sous forme d’avatars. Le concept a été élaboré par l’auteur Neal Stephenson dans le roman de science-fiction « Le samouraï virtuel » («Snow Crash»).

Photo : getty images/istockphoto / wildpixel

Stéphanie Dupuis

Des jetons non fongibles (JNF) au métavers, en passant par Clubhouse et la vulnérabilité Log4Shell, l’année 2021 a été riche dans le domaine des actualités technos. Si certains événements devraient être célébrés, d’autres méritent de passer à la trappe.

Voici le bilan des succès et des échecs des 12 derniers mois en techno, jeux vidéo et cybersécurité, vu par deux spécialistes de l’industrie.

Les succès

L’arrivée de Windows 11

Microsoft a lancé le 5 octobre 2021 son nouveau système d’exploitation, Windows 11. Après avoir promis en 2015 que Windows 10 serait la dernière version de son logiciel, le géant de l’informatique a reculé, avec une pression supplémentaire pour ne pas commettre de faux pas dans la nouvelle mouture de celui-ci.

C’est mission accomplie, selon Carl-Edwin Michel, chroniqueur techno et fondateur de l’entreprise de sport électronique Northern Arena.

« C’est un nouveau souffle pour Windows, dont l’interface ressemble de plus à plus à l’écosystème d’Apple, qui a déjà fait ses preuves. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

Le logiciel est moins lourd, plus rapide et fonctionne même sur de vieux appareils. Normalement, quand on change de système Windows, il faut un nouvel ordinateur, ajoute-t-il.

Deux mains tiennent une tablette électronique.

Le système d’exploitation Windows 11 a été lancé en octobre 2021 sous forme d’une mise à jour.

Photo : Capture d'écran YouTube / Windows

Le chroniqueur souligne aussi le fait que la mise à niveau du logiciel est offerte gratuitement aux propriétaires de PC où Windows 10 est installé, une plus-value non négligeable.

L’explosion des jetons non fongibles

JNF, ou non-fungible tokens (NFT) en anglais, c’est le mot de l’année, selon le dictionnaire Collins, un avis que partage aussi Carl-Edwin Michel.

Un JNF est une sorte de certificat d’authenticité pour une œuvre numérique, dont l’historique de propriété est conservé et accessible au moyen de la technologie de la chaîne de blocs (blockchain).

Le phénomène a explosé en 2021, surtout à partir du mois de mars, lorsque le collage numérique Everyday : the First 5.000 Days, de l’artiste Beeple, a été adjugé pour 90 millions $.

Le code source du web de Tim Berners-Lee a ensuite été vendu en JNF, de même que le premier gazouillis de Jack Dorsey, l’ancien président-directeur général de Twitter. Des entreprises comme Juste pour rire et Ubisoft se sont aussi lancées dans la tendance en offrant à leur tour des JNF vers la fin de l’année.

Une petite fille regarde l'objectif de la caméra avec un air coquin alors qu'un feu ravage une maison derrière elle.

La fillette du mème Disaster Girl, Zoë Roth, a maintenant 21 ans.

Photo : Dave Roth

Notons également la revanche des mèmes et de leurs vedettes, ces personnes qui, bien souvent malgré elles, deviennent des personnages du web sans toutefois en tirer profit. Cette année, par exemple, la Disaster Girl a pu vendre son mème original 615 000 $, ce qui l’aidera à financer ses études universitaires. Nyan Cat, Bad Luck Brian, Charlie Bit my Finger, Side-eyeing Chloe et de nombreux autres mèmes ont aussi été mis aux enchères en 2021.

« C’est plus facile pour le commun des mortels de comprendre c’est quoi, les NFT. Il s’agit d’une bonne chose, car les gens comprennent davantage les cryptomonnaies et le monde numérique en général. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

Selon les données de DappRadar, les ventes et échanges de JNF atteindront les 28 milliards $ cette année, comparativement à 128 millions $ en 2020.

Le chroniqueur techno met toutefois en garde les internautes, car les malfrats qui se prétendent spécialistes de JNF pullulent sur le web, ce qui peut mener à des fraudes en ligne.

L’avènement du métavers

Le mot métavers a envahi le discours des géants du web cette année. Décrit comme l’avenir d’Internet, le métavers est une sorte de doublure numérique du monde physique. Son intérêt a été dopé par les confinements liés à la pandémie de COVID-19.

Un homme agite les mains en présentant un logo et un nouveau nom d'entreprise.

Mark Zuckerberg a dévoilé le nouveau nom de son entreprise lors de l’événement Facebook Connect en octobre 2021.

Photo : Facebook

Le groupe Facebook s’est même rebaptisé Meta fin octobre, voulant se positionner comme un leader dans la construction de ce monde numérique parallèle.

Tout comme la cryptomonnaie, le métavers, on ne comprend pas trop c’est quoi. Ce n’est pas juste de la réalité virtuelle, et ce n’est pas un appareil, c’est un concept. Et je trouve ça cool qu’on y ait donné un nom, cette année, indique Carl-Edwin Michel.

À ses yeux, le jeu Roblox est le symbole par excellence de ce concept, notamment pour les possibilités de communication et de contacts sécuritaires avec les autres que le titre procure, un besoin qu’avaient les jeunes en 2021.

« Je mets la PlayStation 5 dans les mains de mon fils, et il préfère de loin la tablette pour pouvoir jouer à Roblox. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

Le titre arrive par ailleurs en tête de liste du palmarès des sites les plus fréquentés du métavers en 2021, selon l’entreprise de sécurité et d’analyse de données Cloudflare.

Huit avatars animés avec le logo de Roblox au-dessus.

«Roblox» est un jeu massivement multijoueur en ligne de type «sandbox» (ou bac à sable) dont l’objectif est de créer un jeu pour qu’il soit visité par d’autres internautes.

Photo : Site web de Roblox

L’immobilier commence à faire ses marques dans le métavers, notamment avec des offres comme Decentraland, une plateforme en ligne où il est possible d’acheter des parcelles de terrain virtuel sous forme de jetons non fongibles. La Barbade a déjà mentionné ses ambitions d’y établir une ambassade.

Le nouveau ministère de la Cybersécurité et du Numérique

Le gouvernement du Québec a annoncé en octobre ses intentions de créer un nouveau ministère axé sur la cybersécurité et le numérique. L’Assemblée nationale a adopté cette proposition à l’unanimité début décembre, avec Éric Caire à sa tête.

Éric Caire.

Éric Caire était déjà le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Ça va permettre de soutenir [...] une transformation numérique de la société dans l’intérêt général, se réjouit Gabrielle Botbol, conseillère en sécurité offensive de Desjardins et formatrice à l’École Cybersécurité.

La spécialiste en cybersécurité célèbre aussi le choix de nommer comme sous-ministre Steve Waterhouse, qu’elle décrit comme un professionnel respecté par ses pairs et un grand appui à la promotion de l’éducation pour tous.

Gabrielle Botbol souligne par ailleurs la plateforme de signalement de vulnérabilité (Nouvelle fenêtre) qu’a mis en place le gouvernement, en amont de la création de ce ministère : Elle me semble essentielle pour que les pirates éthiques aident la société à mieux se protéger sans risquer d’être poursuivis en justice.

L’ascension fulgurante de TikTok

L’application TikTok, une propriété de la société chinoise ByteDance, poursuit sa lancée phénoménale en Amérique du Nord.

« La popularité de TikTok a encore une fois explosé en 2021, que ce soit en raison du génie de son algorithme ou de celui de ses créateurs. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

Le succès est tel que Tiktok.com a dépassé la popularité de Google, selon le plus récent classement de Cloudflare.

La volonté de Donald Trump d’interdire l’application aux États-Unis, à moins qu’elle ne trouve preneur localement (des décrets révoqués par Joe Biden en juin 2021), ne semble pas avoir jeté de l’ombre sur TikTok, bien au contraire, selon le chroniqueur techno.

Un homme parle dans un micro lors d'un événement extérieur.

Le militant abénakis d’Odanak Xavier Watso s’amuse à traduire des mots ou expressions en langue abénakise sur TikTok, une démarche à la fois personnelle, identitaire et éducative.

Photo : Xavier Watso

La plateforme a aussi donné lieu à des mouvements citoyens qui participent à faire changer les mœurs. Par exemple, au Canada, des membres des communautés autochtones y ont trouvé un outil pour porter leurs voix et se réapproprier leur culture.

La dématérialisation des jeux vidéo

« La Xbox et la PC Game Pass, c’est la meilleure chose qui se passe dans l’industrie du jeu vidéo en ce moment. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

Ce Netflix du jeu vidéo permet aux joueurs et joueuses de télécharger des titres moyennant des frais d’abonnement mensuel de 11,99 $ ou plus, selon le forfait.

Montage de photos qui comprend une console Xbox Series X et la console, une manette et le logo de la PlayStation 5.

La concurrence est grande entre Microsoft, Sony, Google et Nintendo.

Photo : Radio-Canada

C’est un montant très faible si on le compare à acheter un jeu à 70 $, note-t-il.

Mes enfants préfèrent la Game Pass à la PS5, car ils sont capables de télécharger et d’essayer des jeux. Ça leur permet une meilleure découvrabilité et une grande accessibilité à toute la librairie de Microsoft, ajoute-t-il.

La console devient donc accessoire avec cette dématérialisation de l’industrie du jeu vidéo, qui fait que les jeux peuvent être joués sur PC, sur mobile ou même sur de vieilles consoles Xbox grâce au nuage (cloud).


Les échecs

Les hauts et les bas de Clubhouse

L’application audio Clubhouse a fait ses débuts dans la Silicon Valley; elle était accessible sur invitation seulement et était exclusive aux propriétaires d’iPhone ou d’iPad. Le réseau social, dont l’attrait repose sur des salons de discussions audio, a été étendu en mai 2021 aux propriétaires d’appareils Android.

« Clubhouse, c’était supposé être pour les cool kids. On pensait que c’était l’avenir des réseaux sociaux. On voulait y croire. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

Je me trouvais dans des salons audio avec des gens avec qui je n’aurais jamais pu avoir de discussions de ma vie, ajoute le chroniqueur techno.

Ce qui, de prime abord, semblait être un réseau social prometteur, basé sur une formule audio peu exploitée par les géants du web, ne s’est pas révélé à la hauteur des attentes.

L'icône de l'application, qui montre le profil d'un homme, sur un écran d'iPhone.

L’application Clubhouse a d’abord été offerte à une poignée de personnes.

Photo : iStock

Flairant la bonne affaire, Twitter a sorti ses Spaces, et Facebook ses salons audio Hotline.

Bref, tout le monde a copié Clubhouse, poursuit-il.

La plateforme a aussi connu des pépins de cybersécurité, qui ont été réglés en mars 2021. Mais le coup de massue, selon Carl-Edwin Michel, est arrivé lorsque l’application s’est étendue au grand public.

Des groupes [aux discussions à la limite de l’acceptable] se sont aussitôt mis à émerger. La formule du début, c’est-à-dire sur invitation seulement, bien qu’élitiste, permettait une certaine qualité dans les échanges, souligne-t-il.

La pénurie de puces électroniques

Impossible de dresser le bilan de l’année 2021 sans aborder l’importante pénurie mondiale de puces électroniques, causée en partie par des retards de livraison et des délais de production liés à la pandémie de COVID-19. Ces puces sont nécessaires à la fabrication des appareils électroniques, de l’automobile aux téléphones intelligents.

Conséquemment, des consoles comme la PlayStation 5 et la Xbox Series S/X sont constamment en rupture de stock. Même Apple a dû aviser sa clientèle de la possibilité qu’elle ne puisse mettre la main sur un iPhone 13 ou un iPad dernier cri avant les Fêtes.

« La pénurie ne devait durer que jusqu’en 2020, mais là, on indique que la situation pourrait perdurer même jusqu’en 2023. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

C’est un coup de barre pour les industries de la technologie, et le marché de la revente reprend du poil de la bête, mentionne-t-il.

Cette pénurie tombe mal, car elle survient au moment où les appareils technologiques sont les plus en demande, en raison de la pandémie de COVID-19 et des confinements.

La vulnérabilité Log4Shell

Les incidents ont été tellement nombreux cette année qu’on ne peut même plus les compter, se désole Gabrielle Botbol.

Le plus récent incident de cybersécurité, la faille majeure découverte dans la bibliothèque du logiciel libre Apache Log4J, a forcé la fermeture préventive de milliers de sites web dans le monde, notamment ceux du gouvernement du Québec et du Canada.

Décrite comme l’une des pires brèches informatiques découvertes depuis des années, la faille permettait aux pirates d’accéder au code du site Internet vulnérable pour y voler, notamment, des données précieuses et y installer des maliciels.

« Log4Shell est un incident de plus qui nous montre combien l’industrie de la cybersécurité va devoir réfléchir à une façon de prévenir ces incidents. »

— Une citation de  Gabrielle Botbol

Selon Gabrielle Botbol, les entreprises ont tout intérêt à s’interroger quant à la mise en place de solutions en amont, et la solution repose notamment sur l’ajout de modules de sécurité dans les programmes d’études en technologies de l’information (TI).

Faux départ pour la technologie 5G

C’est la deuxième année consécutive que la 5G mérite de passer à la trappe.

« Il y avait des promesses avec la 5G, et, pour le moment, elles n’ont pas été tenues. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

En ce moment, une personne qui achète un téléphone intelligent compatible avec la technologie 5G n’a aucune certitude qu’elle pourra le faire fonctionner avec le type d’antenne installée dans sa ville, selon Carl-Edwin Michel.

Vue d'un écran de téléphone prenant en photo une projection avec la mention 5G.

Huawei est au cœur d’un différend de longue date avec Washington, qui tente de convaincre ses alliés d’exclure le géant chinois des appels d’offres pour la 5G.

Photo : Getty Images / Arne Dedert

Cette technologie promet d’améliorer la vitesse de transmission des données et de propulser l’Internet des objets, mais ça ne s’est pas encore concrétisé à ce jour. Plus d’un an s’est écoulé depuis le lancement des premiers appareils compatibles avec la 5G au Canada.

Le chroniqueur techno Pascal Forget soulignait en 2020 que, selon lui, il faudrait encore plusieurs années avant que la technologie soit exploitée à son plein potentiel.

Les « Facebook Papers »

L’année 2021 a été particulièrement éprouvante pour Facebook, qui a été au cœur de plusieurs controverses. De nombreuses sorties publiques de la lanceuse d’alerte et ex-employée de l’entreprise Frances Haugen, notamment devant le Congrès américain, a donné un coup de massue au géant des réseaux sociaux.

Frances Haugen, assise et devant un micro, s'adresse aux élus.

Après avoir témoigné en octobre devant des congressistes aux États-Unis, Frances Haugen a comparu devant le Parlement britannique.

Photo : Reuters / Matt McClain

« Frances Haugen a mis au jour une compagnie qui, selon elle, se fout de ses utilisateurs et utilisatrices, qui souhaite avant tout faire des profits, plutôt que de se soucier de la santé mentale de ses usagers et de ses employés. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

Le groupe Facebook a aussi connu une panne informatique de plus de six heures en octobre, qui a rendu inaccessibles ses nombreuses applications, de WhatsApp à Oculus, en passant par Instagram et Messenger.

Quelques semaines plus tard, le groupe de Mark Zuckerberg a annoncé changer de nom pour Meta, afin de se positionner sur ses ambitions de construire un métavers.

On a même été jusqu’à dire que le changement de nom de Facebook était une façon de camoufler tout ce qui allait mal pour l’entreprise, mentionne Carl-Edwin Michel.

L’inaction d’Activision Blizzard

En 2020, le géant du jeu vidéo Ubisoft a eu à faire un examen de conscience après des révélations sur le climat toxique et des inconduites sexuelles dans ses studios. Cette année, d’autres entreprises du secteur vidéoludique se sont retrouvées sur la sellette, dont Activision Blizzard.

Ce géant de l’industrie du jeu vidéo, accusé d’entretenir une culture sexiste, compte quelque 9000 personnes à l’interne et signe des titres majeurs comme Call of Duty et Overwatch, qui connaissent un immense succès auprès de la communauté de joueurs et joueuses.

« Tout le monde veut la tête du PDG qui, lui, ne veut pas partir. »

— Une citation de  Carl-Edwin Michel

Les employés ont multiplié les grèves; une campagne de sociofinancement GoFundMe a même été créée afin de leur offrir des salaires pendant qu’ils protestent, rapporte Carl-Edwin Michel.

Image tirée d'un jeu vidéo sur laquelle on voit six soldats brandir leur fusil.

«Call of Duty : Vanguard» revisite la Deuxième Guerre mondiale, à peine quatre ans après la sortie de «Call of Duty : WWII».

Photo : Site web de Call of Duty

Plusieurs instavidéastes (streamers), de même que des équipes de sports électroniques, comme l’équipe de Northern Arena Mirage Scouts, par exemple, ont décidé de boycotter les jeux signés par le développeur. De son côté, le chroniqueur techno s’est engagé à ne pas acheter Vanguard, le dernier opus de la série Call of Duty.

La situation est dégoûtante, pour être honnête. Ce sont des événements qui étaient connus des hauts placés qui, eux, n’ont rien fait, et qui sont toujours dans l’inaction, dit Carl-Edwin Michel, qui ne mâche pas ses mots.

C’est dommage, car ça jette de l’ombre sur toute l’industrie du jeu vidéo, et sur des employés qui travaillent fort et sont passionnés par ce qu’ils font, ajoute-t-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !