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Une norme sur le nickel sera assouplie pour séduire l’industrie

Le Québec veut se positionner par rapport à l'augmentation anticipée de la demande mondiale en nickel liée à la croissance du secteur des véhicules électriques.

Vue aérienne de la mine Raglan, au Nunavik.

La mine Raglan, au Nunavik

Photo : mineraglan.ca

Prenez note que cet article publié en 2021 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le gouvernement du Québec ne veut pas simplement s'ajuster au reste du monde en assouplissant sa norme sur le nickel. En permettant l'émission de plus grandes quantités de particules dans l'air ambiant, il veut également demeurer « attractif » aux yeux de l'industrie et profiter de la manne anticipée que représente le secteur des véhicules électriques.

Le ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a confirmé peu avant les Fêtes qu'il ira de l'avant avec un règlement destiné à assouplir les normes environnementales pour les émetteurs de particules de nickel.

S'il assure qu'il veut maintenir un équilibre pour préserver la santé humaine, le gouvernement du Québec, par la voix du ministère de l'Économie et de l'Innovation (MÉI), admet que cette décision repose sur une logique économique. Le nickel y est en effet considéré comme un minerai stratégique.

La modification de la norme sur le nickel assurera la poursuite de projets d’entreprises du secteur et appuiera les nombreux efforts pour créer une filière complète de fabrication de batteries au Québec, explique un porte-parole du MÉI dans un courriel envoyé à Radio-Canada.

« En modifiant sa norme sur le nickel tout en s’assurant de préserver la santé ainsi que la qualité de vie des citoyens et en respectant l’environnement, Québec veut attirer des joueurs importants de l’ensemble de la chaîne du nickel. »

— Une citation de  Jean-Pierre D'Auteuil, porte-parole du ministère de l'Économie et de l'Innovation du Québec

Des projets sur la table

Deux compagnies minières extraient actuellement du nickel du sol québécois, soit Glencore Canada et Canadian Royalties, qui exploitent toutes deux des gisements au Nunavik. Elles projettent aussi d'étendre leurs activités.

Dans le cas de Glencore, elle souhaite prolonger la durée de vie de la mine Raglan. Canadian Royalties vise quant à elle à exploiter le gisement de Puimajuq.

De son côté, une troisième société minière, Magneto Investments, espère lancer le projet Dumont dans la région d'Amos, en Abitibi. À eux seuls, le lancement du projet Dumont et l'expansion de la mine Raglan doubleraient la capacité de production de nickel du Québec, selon le MÉI.

L'entrée du site du projet de mine de nickel Dumont, à Launay, en Abitibi.

L'entrée du site du projet de mine de nickel Dumont, à Launay, en Abitibi.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

Le Québec a la chance de disposer de gisements de nickel de classe mondiale. Le nickel est un minerai stratégique au cœur du développement de la chaîne de valeur québécoise des batteries pour véhicules électriques, ajoute le MÉI dans ses communications.

Hausse de la demande

La volonté du Québec s'appuie sur des études commandées par le gouvernement à SNC-Lavalin et à la firme Deloitte. Déposés en 2018, ces documents n'ont été rendus publics que la semaine dernière, lors de l'annonce du projet de règlement destiné à assouplir la norme québécoise sur le nickel.

On y apprend que la demande mondiale en nickel devrait augmenter de un million de tonnes d'ici 2025. La croissance anticipée pour le marché des batteries s'explique, entre autres, par la croissance anticipée des ventes de véhicules électriques, précise le rapport de Deloitte.

Ces constats concordent avec les objectifs de développement de ce que le gouvernement du Québec appelle la filière batterie. Son premier objectif est d'exploiter et de transformer les minéraux du territoire québécois pour fabriquer des composants de batterie, dont le nickel.

Le Québec veut également produire des véhicules commerciaux électriques et développer le recyclage des batteries grâce aux technologies québécoises d’avant-garde.

Une voiture électrique se fait recharger.

Le Québec veut profiter de l'industrie des véhicules électriques pour attirer l'industrie du nickel sur son territoire.

Photo : iStock

Selon le gouvernement, il était donc essentiel que le cadre réglementaire québécois visant les étapes d’extraction, de conversion et de transformation du nickel soit ajusté pour refléter les normes internationales, et ce, dans le but d'attirer ici la fabrication d’anodes, de cathodes et d’électrolytes nécessaires à l’assemblage de batteries.

Perte de productivité

Les études commandées par le gouvernement mentionnent qu'à 14 nanogrammes de nickel par mètre cube (ng/m3), la norme actuelle est la plus sévère au monde.

Ce serait une des raisons pour lesquelles l'industrie faisait pression sur Québec depuis près de 10 ans, avec une armée de lobbyistes, afin d'assouplir cette règle et d'éviter le dépassements des seuils. Le projet de règlement propose une norme quotidienne de 70 ng/m3 et une moyenne annuelle de 20 ng/m3.

En entrevue à Radio-Canada l'été dernier, le directeur des communications de Glencore Canada avait fait valoir que cette norme était tout simplement impossible à respecter. Avec cette norme, les activités minières et les activités logistiques de l’industrie du nickel pouvaient devenir insoutenables en plus de générer des inquiétudes injustifiées dans les communautés voisines des activités, avait déclaré Alexis Segal.

Les installations portuaires de Québec au bord du fleuve Saint-Laurent avec le château Frontenac à l'arrière-plan.

Du nickel est transbordé au port de Québec (archives).

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Le MÉI partage ces craintes.

La mise en place de mesures de mitigation additionnelles [pour minimiser les émissions de nickel] en réponse à de potentiels dépassements de la norme réduirait la compétitivité mondiale des minières de nickel au Québec et pourrait éventuellement les amener à ralentir leurs activités de manière temporaire ou même permanente, explique le gouvernement.

Il était donc nécessaire, selon Québec, de modifier la norme pour conserver notre attractivité.

Avec sa nouvelle norme, la province émettrait des concentrations similaires à celles de l'Europe et de l'Ontario tout en conservant une limite journalière plus stricte, bien que cinq fois plus élevée que la norme actuellement en vigueur au Québec.

Selon les données du gouvernement, la production de nickel au Québec représente annuellement des investissements de 500 millions de dollars dans l'économie et quelque 2900 emplois directs ou indirects.

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