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COVID-19 : Ottawa veut connaître la localisation des téléphones jusqu’en 2023

La santé publique lance un appel d'offres pour acquérir des données afin d'évaluer la circulation du virus.

Une femme portant un masque marche dans la rue en parlant au téléphone.

Plus de 34 millions de téléphones intelligents circulent au Canada.

Photo : iStock

Les données de déplacement de votre téléphone comme arme contre la COVID-19. C'est l'outil dont veut se doter l'Agence de la santé publique du Canada, selon un appel d'offres récemment publié, consulté par Radio-Canada. Le gouvernement assure que les informations collectées seront anonymes et respecteront la vie privée.

La santé publique fédérale cherche un entrepreneur qui pourrait lui fournir les « données de localisation des tours de téléphonie cellulaire et des opérateurs » pour analyser les mouvements de population et ainsi « contribuer à la réponse à la pandémie de COVID-19 ».

L'appel d'offres publié le 17 décembre a comme titre « Données et services de localisation basés sur les opérateurs pour l’analyse de la mobilité en matière de santé publique ». Le contrat doit se poursuivre jusqu'au 31 mai 2023, mais pourrait être prolongé de trois ans.

Ottawa souhaite accéder à la localisation des cellulaires d'au moins 20 % de la population canadienne pour avoir une bonne représentativité. Ces données doivent être fournies « sans interruption » et « aussi proche que possible du temps réel ».

« Des données fiables, actuelles et pertinentes sur la santé et la santé publique sont essentielles à l’élaboration des politiques, à la prise de décisions en cas d’urgence de santé publique et à l’amélioration des résultats à long terme pour la santé de la population canadienne. »

— Une citation de  Anne Génier, porte-parole de Santé Canada

Invitée à donner plus de détails au sujet de cet appel d'offres, Santé Canada indique que ce type de collecte de données a déjà eu lieu dans les derniers mois.

« Étant donné l’urgence que représente la pandémie, l’Agence de la santé publique du Canada [ASPC] a recueilli et utilisé des données sur la mobilité, comme des données de localisation provenant des tours de téléphonie cellulaire, tout au long de sa réponse à la COVID-19, explique la porte-parole Anne Génier, pour déterminer s’il y a des liens entre les déplacements de la population à l’intérieur du Canada et les répercussions de la COVID-19. »

« Cette connaissance de la situation a aussi aidé l’ASPC à évaluer l’efficacité des restrictions de santé publique imposées pendant la pandémie, grâce à l’analyse des données sur les mouvements de la population pour mieux comprendre comment le public a réagi pendant le confinement. »

— Une citation de  Anne Génier, porte-parole de Santé Canada

Vie privée protégée, assure Ottawa

L'entreprise qui remportera le contrat devra fournir un accès aux données « qui protège la vie privée ». Ces informations devront être « anonymisées » par la « suppression de tous les identifiants personnels » et la « possibilité pour les utilisateurs de se retirer facilement du programme de partage des données sur la mobilité ».

« L’Agence de la santé publique ne sera pas en mesure d’identifier ou de suivre les gens grâce à ces données », assure sa porte-parole. Selon elle, « il n'y a aucune préoccupation en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels ».

Il y a plus de 34 millions d'abonnements à la téléphonie mobile au pays, selon Statistique Canada. En 2020, 84,4 % des Canadiens possédaient un téléphone intelligent.

Deux types de données de localisation

L'appel d'offres précise qu'il existe deux types de données de localisation : celles provenant de la foule (c’est-à-dire les applications mobiles sur les appareils Android/iOS) et celles des tours de téléphonie mobile/opérateurs (c’est-à-dire les fournisseurs de services cellulaires).

Le gouvernement dit qu'il « a besoin d’un accès continu aux données des opérateurs de téléphonie mobile, car elles constituent l’échantillon le plus vaste, le plus stable et le plus représentatif de la population canadienne ».

Une utilisation future « pour d’autres applications de santé publique »

Ottawa explique qu'« au-delà de la pandémie, les données sur la mobilité joueront un rôle important dans la compréhension de l’impact des mouvements de population sur d’autres défis de santé publique ».

L'appel d'offres indique que le gouvernement « conservera les données résultant des requêtes pour des utilisations futures en matière de santé publique dans un environnement sécurisé ».

La porte-parole Anne Génier ajoute que « sur la base de son expérience de la COVID-19 et des leçons tirées de celle d’autres pays, l’Agence de la santé publique entend constituer un approvisionnement à long terme en données sur la mobilité provenant des tours de téléphonie cellulaire afin de faire progresser les initiatives axées sur les questions de santé publique, comme celles que représentent les autres maladies infectieuses, la prévention des maladies chroniques et la santé mentale ».

L'an dernier, le gouvernement fédéral avait lancé une application baptisée Alerte COVID qui permettait aux Canadiens de savoir s'ils avaient été proches d'une personne déclarée positive. Ce programme n'utilisait pas la géolocalisation, mais plutôt la technologie Bluetooth afin que les appareils communiquent entre eux.

Experts et opposition circonspects

« Cela requiert une analyse et une réflexion approfondies », croit le député du Bloc québécois Stéphane Bergeron.

« Le remède proposé serait-il plus dommageable que le mal lui-même? »

— Une citation de  Stéphane Bergeron, député du Bloc québécois

Le spécialiste en technologie et sécurité de l'information de la compagnie EVA Technologies, Eric D. Tremblay, craint que l'utilisation des données brutes des tours cellulaires ne permette pas à l'utilisateur du cellulaire de s'en exclure.

Aussi, l'expert pense que cette utilisation des données pourrait permettre de tracer des liens d'affiliation entre individus.

François Daigle, vice-président, services professionnels, de Okiok, une firme de cybersécurité, qualifie cette initiative de sérieuse atteinte à la vie privée, un sérieux problème d'acceptabilité sociale. Il doute sérieusement que ce soit un cas où la fin justifie les moyens.

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