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Réformes policières, hausse du nombre d’homicides : l’année du chef de police de Toronto

Radio-Canada a rencontré James Ramer afin de dresser un bilan de fin d’année.

James Ramer en uniforme et devant un micro lors d'une conférence de presse.

Le chef James Ramer dit que la police de Toronto planche sur plusieurs plans pour faire face à la hausse du nombre de cas de COVID-19 (archives).

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

La vague actuelle de cas de COVID-19 produite par le variant Omicron n’épargne pas le plus grand corps policier municipal au pays, qui se prépare à ce que « de 20 à 30 % de son personnel tombe malade ».

[Un tel taux d'infection] va nous poser certains problèmes, selon les [secteurs] de l’organisation qui sont touchés, et nous élaborons plusieurs plans pour y faire face, a indiqué le chef du Service de police de Toronto (SPT), James Ramer, en entrevue de fin d’année avec Radio-Canada.

Plusieurs membres du SPT sont présentement en quarantaine, dont le chef Ramer lui-même, qui a annoncé vendredi avoir contracté le coronavirus. Il confirme que le corps policier a dû faire face à des éclosions récentes, notamment au sein de la division 51 et des services de circulation.

Plusieurs, comme moi, peuvent continuer à travailler de la maison, mais ça va poser un problème à notre personnel de première ligne, d’où l’importance de ces plans d’adaptation.

Par ailleurs, selon James Ramer, 160 employés du SPT (soit environ 2 % des effectifs totaux) sont présentement en congé sans solde parce qu’ils ne sont pas entièrement vaccinés ou parce qu'ils n’ont pas fait connaître leur statut vaccinal. Le chef continue de défendre la politique de vaccination adoptée par l’organisation, d'après lui essentielle pour assurer la sécurité des autres employés et du public.

Transition et réformes

La gestion de la pandémie n’est pas le seul dossier sur la table de travail du chef Ramer.

D’abord nommé par intérim après la démission de Mark Saunders lors de l’été 2020, il a vu son contrat être finalement prolongé jusqu’à la fin de 2022. La Commission des services policiers de Toronto (TPSB), qui a décidé de cette prolongation, estimait que le corps policier avait besoin de stabilité au moment où le processus de sélection du prochain chef se poursuivait.

James Ramer est assis à l'intérieur devant une fenêtre avec des volets.

James Ramer en entrevue avec Radio-Canada par vidéoconférence.

Photo : Zoom

M. Ramer, lui, se dit pleinement engagé dans ce rôle de transition. Sans vouloir trop s’avancer sur le processus de sélection, il note tout de même qu’il y a une liste incroyable de candidats au sein de l’organisation. Je crois qu’il y a plusieurs personnes qui pourraient remplir ces fonctions de manière exceptionnelle et la Commission aura des choix difficiles à faire.

Entre-temps, la police de Toronto s’est engagée dans un projet de réforme que le chef Ramer doit piloter. La police continue notamment de mettre en œuvre 81 recommandations adoptées en août 2020.

Je crois que le monde change, Toronto change et les Torontois attendent de leur service de police qu’il change. Nous devons nous moderniser, affirme James Ramer, qui ajoute que, selon lui, la vaste majorité des membres du corps policier soutiennent ces efforts de réforme et sont déterminés à aller de l’avant.

La réforme de la police passe aussi par l’application des 151 recommandations du rapport sur les enquêtes au sujet des personnes disparues, rendu public au printemps dernier par l’ancienne juge à la Cour d’appel de l’Ontario Gloria Epstein. Ce rapport a mis en lumière le fait que de la discrimination systémique a occasionné de graves lacunes dans la manière dont certaines enquêtes policières ont été menées à Toronto, y compris dans l'affaire Bruce McArthur.

Le chef Ramer avait alors présenté des excuses. Il réitère aujourd’hui son engagement à faire en sorte que ce rapport ne soit pas relégué sur une étagère, comme c’est déjà arrivé par le passé, concède-t-il.

Je crois que ce qui différencie ce processus cette fois-ci, c’est qu’il y a une équipe de mise en œuvre composée à la fois de civils, c'est-à-dire des membres de la communauté, et de policiers. Et nous avons le luxe d’avoir la juge Epstein qui participe, nous oriente et nous conseille.

« C’est vraiment important. Ce sont des liens de confiance que nous avons perdus. »

— Une citation de  James Ramer

Santé mentale

La police s’est aussi engagée à revoir sa façon de répondre aux situations de crise, notamment en matière de santé mentale. Cette année, elle s’est associée avec le centre Gerstein dans le cadre d’un projet pilote pour rediriger certains appels au 911. En parallèle, la Ville de Toronto travaille sur son propre projet d’équipes d’intervention de crise entièrement civiles, dont la mise en œuvre doit commencer en 2022.

Ce travail est essentiel, reconnaît James Ramer. Toutefois, dans certains cas où il y a de la violence, il croit que les policiers doivent continuer à être mis à contribution, d’où l’importance, selon lui, des équipes mobiles d'intervention de crise (MCIT) de la police de Toronto, qui jumellent des infirmières spécialisées en santé mentale à des policiers. Présentement, nous sommes la seule agence capable d'intervenir 24 h sur 24, sept jours sur sept. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons renforcé la formation en santé mentale pour nous agents.

Homicides et violence armée

L’année 2021 aura aussi été marquée par une augmentation du nombre d’homicides par rapport à 2019 et à 2020 : 81 en date du 20 décembre, dont 43 morts par arme à feu (malgré une diminution du nombre total de fusillades cette année).

Le chef Ramer estime que la vaste majorité des fusillades demeurent liées aux gangs de rue et croit que les médias sociaux nourrissent la violence entre les gangs.

Ils vont à certains endroits dans la communauté et ils tirent de façon aléatoire, en direction des gens qui se trouvent là. On voit ça de plus en plus souvent et c’est très troublant.

Il souligne que la police de Toronto peut maintenant compter sur sa nouvelle équipe centralisée de réponse aux fusillades, devenue permanente en 2021 après une année pilote en 2020. Nous avons eu plus de succès pour ce qui est d’arrêter et de traduire en justice les individus impliqués dans ces fusillades. C’était difficile avant, lorsque le travail était partagé entre 17 divisions, qui travaillaient parfois de façon isolée.

James Ramer estime que le programme des agents de quartier demeure tout aussi essentiel pour tisser des liens avec les communautés touchées par les violences armées, pour assurer une présence, pour rebâtir la confiance et pour faire de la prévention. L'accroissement des effectifs d’agents de quartier est d’ailleurs une de ses priorités pour 2022.

Crimes haineux et opioïdes

Parmi ses autres priorités, James Ramer veut également s’attaquer à l'augmentation du nombre de crimes haineux dans la Ville Reine et y affecter plus de personnel.

Le chef de police a également commenté la crise des opioïdes. La Ville a demandé au fédéral d’approuver la décriminalisation de la possession simple de drogues à Toronto, une requête que James Ramer appuie.

Nous croyons à la décriminalisation. Et, en fait, on n’accuse tout simplement plus les individus pour possession simple depuis novembre 2020. Mais malgré cela, le nombre d'appels augmente toujours, et le nombre de décès aussi. Pour ce qui est des appels pour lesquels la police de Toronto a été impliquée, entre 2019 et novembre 2021 il y en a eu 1300 de plus. Et la police n’intervient pas tout le temps.

Toutefois, poursuit-il, de notre point de vue, ça doit s’accompagner de services complémentaires bien financés, des services de traitement, et il faut également avoir un approvisionnement en drogues sûr et réglementé, parce que le fentanyl qui est dans la rue, c’est ça qui contribue aux décès, et c'est tout un problème.

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