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« The Matrix » : ressusciter mais sans son âme

L'acteur répond aux question d'un journaliste avec une perche devant l'affiche du dernier film de la saga « La Matrice ».

L'acteur Keanu Reeves sur le tapis noir de la première canadienne du film « La Matrice : Résurrections » en décembre 2021 à Toronto.

Photo : Radio-Canada

Isabelle Ménard

CRITIQUE - Le 4e volet de La Matrice (ou The Matrix), la série créée à la fin des années 90 par les sœurs Lili et Lana Wachowski, prendra l’affiche cette semaine, près de 18 ans après la sortie du dernier film, Révolutions.

Le film a été présenté en première canadienne, jeudi dernier à Toronto, en présence de Keanu Reeves qui a défilé sur le tapis noir pour répondre aux questions de la presse. Il a également fait une brève apparition dans l’une des dizaines de salles qui présentaient simultanément le film à des milliers d'admirateurs, le Théâtre Banque Scotia, entièrement habillé aux couleurs de la matrice pour l’occasion.

Pour plusieurs cinéphiles, La Matrice est le film qui a fait entrer le cinéma dans le 21e siècle. En empruntant aux jeux vidéo, à la bande dessinée, aux arts martiaux, à la réalité virtuelle et même à la philosophie, le film se démarque sur les plans narratif, cinématographique et technologique.

Deux mains tendues, celle de gauche avec une pilule rouge et celle de droite avec une pilule bleue.

La pilule rouge et la pilule bleue, une scène désormais classique du film «The Matrix».

Photo : Warner Bros.

Résurrections

« Résurrections » se déroule près de vingt ans après la bataille épique de Zion, lors de laquelle Néo (Keanu Reeves) a réussi à sauver l’humanité. Néo, de son vrai nom Thomas Anderson, est de nouveau branché à la matrice. Il habite maintenant San Francisco et il ne se souvient plus de la ville de Zion, ni de ses partenaires Morpheus et Trinity. De simple pirate informatique, il est maintenant devenu le créateur d’un jeu vidéo à succès, intitulé THE MATRIX, dans lequel les humains - menés par un trio héroïque : Néo, Morpheus et Trinity - tentent de reprendre le contrôle de notre monde en affrontant des machines créées par une intelligence artificielle supérieure.

Une idée de départ somme toute intéressante, puisque la série a toujours entretenu un lien étroit avec le monde du jeu vidéo. Malheureusement, ce qui aurait pu être un habile clin d'œil s’étire, au point de devenir presque risible.

En fait, c’est une des grandes faiblesses de Résurrections, film piloté par Lana Wachowski seulement, qui ne semble pas faire confiance ni à la mémoire ni à l’esprit d’analyse des spectateurs. La réalisation a plutôt choisi de souligner à gros traits tous les référents aux premiers films, en utilisant des tonnes de vieilles images et en allant même jusqu’à prénommer Déjà-vu le chat noir du psychiatre de Thomas Anderson, une scène pourtant mythique du premier film.

Une occasion manquée de laisser aux adeptes le plaisir de la quête, celui de décortiquer eux-mêmes tous les référents potentiels de la première trilogie.

Révolution

On attribue à La Matrice l’invention de nouvelles techniques cinématographiques, par exemple l’effet bullet time, popularisé par cette scène légendaire où Néo évite les balles de l’agent Smith qui passent près de lui au ralenti ou encore l’effet Matrix, cette prise de vue 360 degrés, que la Ligue nationale de Football (NFL) et mêmes quelques émissions de divertissement ont reprise de multiples fois au cours de la dernière décennie.

Cette fois-ci, Lana Wachowski nous propose un nouvel effet à la fois ultra-rapide et ultra-ralenti dans la même scène, mais cette ultime tentative d’innovation ne fonctionne pas et, surtout, n’a rien de spectaculaire.

Bref, Lana Wachowski n’a malheureusement pas réussi à tout réinventer une seconde fois.

Carie-Anne Moss et Keanu Reeves dans une scène de la trilogie La Matrice (1999-2003), des sœurs Lana et Lilly Wachowski, qui explore la théorie voulant que notre monde soit simulé.

Carie-Anne Moss et Keanu Reeves dans une scène de la trilogie La Matrice (1999-2003), des sœurs Lana et Lilly Wachowski, qui explore la théorie voulant que notre monde soit simulé.

Photo : Warner Bros. Pictures

Rechargée

Il faut toutefois souligner quelques points positifs de Résurrections : d’abord, c’est cette volonté de remettre ses lettres de noblesse au personnage de Trinity (Carrie-Ann Moss) qui n’est plus seulement celle qui tombera amoureuse de l’élu, mais bien une héroïne à part entière dans cette histoire. Une importante nuance qui marque bien les changements de notre société.

Notons aussi, comme tout bon programme, que la matrice a subi quelques mises à jour, ce qui rend les effets spéciaux et certaines batailles, par exemple celle qui a lieu dans le train au Japon, enlevants et réussis.

Et si le premier film paru en 1999, bien avant l’apparition des réseaux sociaux et l’omniprésence des téléphones cellulaires, a teinté à jamais notre rapport à la technologie, dans le dernier volet, les êtres humains et la machine cohabitent finalement, de quoi faire rêver les plus cyniques d’entre nous, particulièrement après presque deux ans de pandémie.

Et alors?

Néo marche de dos sous la pluie dans une rue d'une grande ville.

Un extrait de « La Matrice 4 » révélé en septembre sur un site promotionnel de Warner Bros.

Photo : Warner Bros.

La série La Matrice a révolutionné le genre à l’époque et a marqué les esprits sur presque deux décennies tout en transformant l’industrie du cinéma, dont Marvel est maintenant le roi.

Malheureusement, La Matrice : Résurrections est tombé dans le piège. En empruntant les codes et la recette des films de superhéros d’aujourd’hui, le scénario a perdu son âme et ne passera définitivement pas à l’histoire, comme si Lana Wachowski était, à son tour, retournée dans la matrice.

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