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Fermeture des salles de spectacle et de cinéma : « Un tunnel noir » juste avant Noël

Les Cowboys Fringants, en concert.

Le concert que les Cowboys Fringants devaient donner au Centre Bell, à Montréal, le 27 décembre n'aura donc pas lieu.

Photo : Steve Caron / @lecaron

Radio-Canada

Quatre jours après l’annonce de premières restrictions, le gouvernement du Québec a ordonné lundi la fermeture des salles de spectacle, des théâtres et des cinémas dès 17 h, et ce, jusqu’à nouvel ordre. Ces nouvelles mesures, qui tombent particulièrement mal en ce temps des Fêtes, suscitent le découragement, mais aussi parfois la colère, au sein du milieu culturel qui se retrouve pris de vitesse par la fulgurance de la vague Omicron.

C’est Noël dans cinq jours. J’ai du monde qui vient de perdre des milliers de dollars en un claquement de doigts, des gens qui ne savent même pas s’ils auront de l’aide, déplore Luc Fortin, président de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (Guilde des musiciens et musiciennes du Québec).

La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a parlé avec plusieurs personnes représentant le secteur culturel québécois juste avant la conférence de presse donnée par le ministre de la Santé Christian Dubé, à 13 h. L’ambiance y était sinistre, selon Luc Fortin, qui indique que la ministre et son équipe étaient aussi catastrophées que les gens du milieu artistique.

Celui qui s’inquiète vivement pour la santé mentale des membres de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec s’attend à voir des musiciens et musiciennes quitter la profession.

« C’est la goutte qui va faire déborder le vase, qui avait déjà débordé avant. Ça fait deux ans que l’on joue au yo-yo. Il faut être fort pour continuer. »

— Une citation de  Luc Fortin, président de la GMMQ

Sophie Prégent, présidente de l'Union des artistes (Union des artistes), fait le même constat. On est écœuré, c’est pire que lors des premières vagues. C’est un tunnel noir, sans lumière au bout, trois jours avant les vacances des Fêtes.

Tristesse dans le cinéma

La pilule est également difficile à avaler par les cinémas. La période des Fêtes constitue normalement l’un des moments les plus achalandés de l'année dans les salles obscures.

On comprend qu’il faut faire un effort, mais là, c’est un effort titanesque, explique Mario Fortin, président-directeur général des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée, à Montréal. On est fermé pour combien de temps? Trois semaines ou trois mois?

Je pense aux 49 employés qui vont être au chômage. Ça me fait mal au cœur, tu n’as pas idée.

Deux personnes marchent dans la neige en se tenant par la main.

Tous les cinémas du Québec garderont leurs portes closes pour une durée indéterminée.

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Louis Dussault, président de K-Films Amérique, a également exprimé sa peine alors que le film C’est la vie devait prendre l’affiche vendredi.

Nous sommes vraiment désolés, attristés et découragés. Encore une fois, la culture paie le prix des antivaccins, a-t-il réagi par courriel. Pendant ce temps, Netflix ouvre le champagne.

Une mesure jugée inéquitable

Mario Fortin critique la décision du gouvernement de fermer les cinémas, où les gens sont assis tranquillement dans des salles à moitié vides en raison de la diminution des jauges exigée par Québec jeudi, alors que les centres commerciaux restent ouverts et qu’aucun cas de transmission de la COVID-19 dans un cinéma n’a été recensé.

« Ce n’est pas équitable comme mesure. C’est nous frapper très fort par rapport à d’autres milieux. [...] D’autres, parce qu’ils gueulent plus fort ou qu’ils ont un lobbying plus fort, restent ouverts. »

— Une citation de  Mario Fortin, PDG des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée

Luc Fortin ne comprend pas non plus la logique du gouvernement. Une salle à 50 % vide avec des gens masqués ayant un passeport vaccinal, en quoi est-ce plus dangereux que des gens sans masque assis dans un restaurant? On ne parle pas d’un Centre Bell rempli avec 10 000 personnes, mais de salles modestes avec [un public de ] 125 personnes.

Une aide financière d’urgence réclamée pour les artistes

L’urgence pour le milieu culturel touché par les fermetures est de trouver une solution pour les artistes qui vont se retrouver sans revenus. Rappelons que la Prestation canadienne de relance économique (Prestation canadienne de la relance économique) a pris fin en octobre dernier. Désormais, il existe la Prestation canadienne pour les travailleurs en cas de confinement (PCTCC), mais elle ne peut être octroyée que dans une région confinée. Or, le Québec n’est pas en confinement pour le moment.

Il n’y a pas de mesure d’urgence, d’aide directement pour les artistes des arts de la scène, s’alarme Sophie Prégent. Il faut tout de suite trouver une mesure de compensation pour eux, car là, il n’y a plus de [spectacles] et on ne sait pas jusqu’à quand. Ce n’est pas possible.

Tout le monde part en vacances, les bureaux [du gouvernement] ferment dans deux jours, alors ça, je ne vois pas comment [une aide peut être mise en place] avant janvier.

Les Grands Ballets, qui devaient danser Casse-Noisette, Le voyage de Clara jusqu’au 28 décembre, ont annoncé qu’ils allaient rémunérer les artistes, malgré l’annulation d’une dizaine de représentations. Et des programmes d’aide à la diffusion de spectacles déjà existants devraient permettre à d’autres artistes d’être payés pour les spectacles annulés.

Une trentaine de danseurs et de danseuses sont sur scène.

« Casse-Noisette » n'était dansé que par des adultes cette année.

Photo : Sasha Onyshchenko

Toutefois, ce ne sera pas le cas pour une partie des artistes. En effet, celles et ceux qui n’avaient pas encore signé de contrats pour les prochaines semaines se retrouvent sans perspective de revenus. La situation est d’autant plus problématique pour les artistes que la reprise d’activité a été timide cet automne, nombre de productions comptant des distributions de plus petite envergure qu’à l’époque d’avant la pandémie.

« Tous ces gens qui peinaient déjà à gagner leur vie, c’est pire, car il n’y a rien devant eux. »

— Une citation de  Sophie Prégent, présidente de l'UDA

Mme Prégent est aussi vice-présidente de la Fondation des artistes qui a versé plus de 2,75 millions de dollars en dons entre 2020 et 2021. Cependant, ses coffres sont désormais plutôt vides, l’argent reçu ayant déjà été redistribué aux artistes dans le besoin au cours des précédentes vagues de la pandémie.

Sophie Prégent est en contact avec Pablo Rodriguez, le ministre du Patrimoine canadien, pour accélérer la mise en place d’une mesure d’urgence.

Si les arts de la scène et les salles de cinéma sont désormais à l’arrêt, le secteur audiovisuel reste ouvert pour le moment, même si, dans les faits, il est au ralenti, car bon nombre de tournages ont été mis en veilleuse pendant le temps des Fêtes.

Les portes des musées et des bibliothèques restent ouvertes

Les musées, les galeries d’art et les bibliothèques sont également épargnés par les fermetures.

Heureusement, les musées vont rester ouverts, avec des mesures resserrées et une plus grande distanciation physique, mais ils vont rester ouverts, se félicite Line Lamarre, présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec).

Ce syndicat regroupe le personnel des trois grands musées nationaux, soit le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC), le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) et le Musée de la civilisation (MCQ).

L'artiste multidisciplinaire Stanley Février devant une de ses oeuvres.

Les oeuvres de Stanley Février font présentement l'objet d'une exposition au MNBAQ.

Photo : Radio-Canada

Lors des précédentes fermetures engendrées par la pandémie, le milieu muséal avait réclamé la réouverture des musées pour favoriser le mieux-être psychologique de la population. On est très contents que le gouvernement ait entendu notre demande, ajoute Line Lamarre. Garder ce genre d’endroits ouverts permet, pendant ne serait-ce que cinq minutes, d’oublier l’horreur de la situation.

Lundi en fin de journée, le comité de relance, auquel participe notamment l’Association des bibliothèques publiques du Québec (Association des bibliothèques publiques du Québec) et Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), a recommandé la suspension des animations dans les bibliothèques et le recours à une distanciation physique de deux mètres.

Ce texte a été écrit à partir d'entrevues réalisées par Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l’émission Le 15-18, et par Claudia Hébert, chroniqueuse culturelle à l’émission Tout un matin. Les propos ont pu être édités à des fins de clarté et de concision.

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