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Ottawa et ses alliés dénoncent les conditions du scrutin tenu à Hong Kong

Un homme marche dans le sens contraire de celui indiquant la direction d'un bureau de vote.

Les élections pour pourvoir les sièges au Conseil législatif de Hong Kong ont été marquées par un faible taux de participation de 30,2 %.

Photo : Getty Images / Louise Delmotte

Radio-Canada

Le gouvernement canadien et ses alliés ont conjointement exprimé lundi leur « vive inquiétude » devant les reculs démocratiques constatés à Hong Kong, après que des « patriotes » pro-Pékin eurent officiellement pris le contrôle exclusif du conseil législatif (LegCo).

Ottawa s'est d'abord joint à une déclaration conjointe des pays formant le Groupe des cinq (Five Eyes), une alliance des services de renseignements, en début de journée, avant de faire de même pour une déclaration de ses alliés du G7, réunissant des pays parmi les plus industrialisés.

Depuis la rétrocession [de Hong Kong à la Chine, en 1997], des candidats aux opinions politiques diverses se sont présentés aux élections à Hong Kong. Les élections d’hier ont inversé cette tendance, écrivent les chefs de la diplomatie du Canada et des pays du Groupe des cinq.

« La refonte du système électoral de Hong Kong […] a réduit le nombre de sièges élus au suffrage direct et mis en place un nouveau processus de vérification, afin de restreindre considérablement le choix des candidats sur le bulletin de vote. Ces changements ont éliminé toute opposition politique significative. »

— Une citation de  Extrait de la déclaration conjointe des alliés du Groupe des cinq

En vertu d’une nouvelle loi chinoise, seuls 20 des 90 sièges du LegCo ont été attribués cette année au suffrage universel, contre 35 auparavant. Les 70 autres sièges sont occupés par des législateurs désignés par des organes pro-Pékin, ce qui leur garantit d’emblée la majorité de ce camp.

Deux femmes devant un mur tapissé d'affiches de candidats pour le Conseil législatif.

Deux femmes attendent devant une affiche de candidats briguant un siège au Conseil législatif de Hong Kong.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

Plus frappant encore, Pékin a réservé le droit d’être candidat aux seules personnes ayant donné des gages de patriotisme et de loyauté politique envers la Chine. La décision a éliminé d’emblée tous les candidats du camp démocrate, qui avaient été tolérés au LegCo jusqu’ici, et transformé de facto l’élection en processus de sélection de candidats préapprouvés.

Pendant ce temps, de nombreux politiciens de l’opposition de la ville, notamment les 47 personnes inculpées en vertu de la loi sur la sécurité nationale, restent en prison dans l’attente de leur procès, tandis que d’autres sont en exil à l’étranger, résument les ministres des Affaires étrangères du Canada et de ses alliés.

« Maintenir un environnement propice aux opinions divergentes pacifiques est le moyen le plus efficace de garantir la stabilité et la prospérité de Hong Kong. Nous demandons instamment à la République populaire de Chine d’agir conformément à ses obligations internationales en matière de respect des droits protégés et des libertés fondamentales à Hong Kong, y compris ceux garantis par la déclaration commune sino-britannique. »

— Une citation de  Extrait de la déclaration conjointe des alliés du Groupe des cinq

Depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, l’ancienne colonie britannique jouissait d’une certaine autonomie par rapport à la Chine continentale, en vertu du principe un pays, deux systèmes, censé garantir la liberté d'expression, la liberté de réunion, la liberté de la presse et une justice indépendante. Cela doit théoriquement être respecté jusqu’en 2047.

Carrie Lam, devant un mur sur lequel on peut lire le mot « Together » ou « Ensemble », en français.

La cheffe de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, en conférence de presse, lundi matin

Photo : La Presse canadienne / AP/Vincent Yu

Selon Ottawa et ses alliés, la loi sur la sécurité nationale décrétée en juin 2020 par Pékin dans le but de mettre un terme aux gigantesques manifestations du camp prodémocratique en 2019 a des répercussions négatives sur ces libertés fondamentales qui se font sentir dans toute la société civile.

Les organisations non gouvernementales, les syndicats et les organismes de défense des droits de la personne qui ne soutiennent pas le programme du gouvernement ont été contraints de se dissoudre ou de partir, tandis que la liberté de la presse est restreinte au minimum, soulignent-ils dans leur déclaration conjointe.

Publiée quelques heures après la déclaration des pays du Groupe des cinq, la déclaration des ministres des Affaires étrangères du G7, lequel réunit le Canada, les États-Unis, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni et le Japon, est très similaire.

Elle souligne cependant que la refonte du système électoral a pour conséquence de miner le degré élevé d'autonomie de Hong Kong en vertu du principe "un pays, deux systèmes" et presse Pékin de mettre fin à l'oppression injustifiée de ceux qui promeuvent les valeurs démocratiques et la défense des droits et des libertés.

Taux de participation historiquement bas

Le processus de sélection au LegCo a finalement été marqué par une très forte abstention. Seuls 30,2 % des Hongkongais – soit 1,35 des 4,5 millions d’électeurs inscrits – ont daigné se présenter aux urnes, un niveau de participation historiquement faible. Au précédent scrutin, en 2016, la participation avait été de 58,3 %.

En conférence de presse lundi, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a défendu le processus et minimisé la forte abstention. Hong Kong est de retour sur la bonne voie; celle d'''un pays, deux systèmes", a-t-elle argué.

Nous ne pouvons pas copier-coller le système ou les règles prétendument démocratiques des pays occidentaux, a-t-elle ajouté, estimant que les éléments antichinois – le qualificatif utilisé pour dénigrer les partisans du camp démocrate – étaient désormais exclus et le calme politique rétabli.

« 1,35 million d'électeurs ont voté. Ils n'ont pas fait que choisir les candidats de leur choix au LegCo. Je crois que c'était aussi un appui au système électoral amélioré. »

— Une citation de  Carrie Lam, cheffe de l'exécutif de Hong Kong

Avant le scrutin, Mme Lam avait affirmé qu'un faible taux de participation ne voudrait rien dire. Quand le gouvernement fait bien les choses et que sa crédibilité est forte, la participation des électeurs est moindre, car les gens ne ressentent pas vraiment le besoin de choisir de nouveaux représentants, avait-elle déclaré aux médias d'État chinois.

Une vingtaine de personnes se tiennent debout ou assises derrière une table, pour ne conférence de presse. Tous sont masqués.

Des membres de l'Alliance démocratique pour l'amélioration et le progrès du candidat de Hong Kong, un parti pro-Pékin, se sont adressés aux journalistes lundi matin. Au centre, avec un chandail rose : leur présidente, Starry Lee.

Photo : Getty Images / AFP/PETER PARKS

Une candidate pro-Pékin élue, Starry Lee, a estimé pour sa part que ce taux de participation était attendu, puisqu’il s’agit d’un nouveau système et que les gens ont besoin de s’y habituer.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a expliqué l'abstention par la pandémie ainsi que des éléments antichinois déterminés à détruire Hong Kong et [par] l'ingérence de forces extérieures.

Mme Lam doit s'envoler lundi pour Pékin pour rencontrer les dirigeants chinois avec, en toile de fond, la question de savoir si elle briguera en mars un deuxième mandat et si le pouvoir communiste lui apportera son soutien.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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