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Analyse

Bilan 2021 : nouvelle guerre froide sur fond de pandémie durable

L’année semble se terminer comme elle avait commencé : avec des pics de la COVID-19, une rivalité sino-américaine exacerbée et les succès politiques apparents des populistes.

Joe Biden est assis à côté d'un écran où apparaît le président chinois Xi Jinping.

La tendance la plus forte en 2021 et qui risque de se poursuivre en 2022, selon François Brousseau : la rivalité Chine–États-Unis.

Photo : Getty Images / Alex Wong

C’est sans doute le fait saillant n° 1 de l’année qui se termine : 30 ans après la fin de l’Union soviétique, la nouvelle guerre froide du 21e siècle est arrivée. L’ascension de la Chine et son face-à-face tendu avec les États-Unis ont dominé la scène mondiale.

Le monde est aussi entré résolument dans l’ère des pandémies, laquelle semble être là pour rester et affecte le tissu même des relations internationales.

La pandémie de COVID-19 a bouleversé le monde de façon durable. En 2021, il est devenu clair qu'on n'en finira pas rapidement avec elle. À l’été 2020, on pouvait encore espérer, et beaucoup disaient : Allez, encore six mois, un an, et quelque part en 2021, les nuages vont s’estomper… Que non!

Fin 2021, en Europe et en Amérique du Nord, les cas nouveaux de COVID-19 – mais pas les cas graves ni les décès – ont atteint des niveaux comparables aux grands pics du début de l’année. Selon les pays, on en est aujourd’hui à la quatrième vague (en Allemagne), à la cinquième (en France) ou même à la sixième (aux Pays-Bas).

Une femme se tient près d'une affiche publicitaire qui incite à obtenir une dose de rappel du vaccin contre la COVID-19.

Le Royaume-Uni enregistrait à la mi-décembre de nouveaux sommets de contaminations quotidiennes.

Photo : Reuters / Toby Melville

L’effet des pandémies, non seulement sur l’économie mondiale mais aussi sur la force des nations et sur la coopération – ou la rivalité – entre elles, est évident. Les enjeux économiques et géopolitiques se sont entremêlés avec la pandémie : la question du partage des vaccins, par altruisme ou par intérêt bien compris, est devenue centrale.

Les deux années écoulées ont montré que la réponse à une telle situation est à la fois individuelle, régionale, nationale et mondiale.

La santé mondiale a rejoint le climat à la fois comme facteur transversal et permanent des relations internationales et comme question récurrente et inamovible de celles-ci. Les particules virales, tout comme le dioxyde de carbone (CO2), ont franchi les frontières en déjouant les politiques.

Une cargaison est déchargée d'un avion sur un tarmac.

Livraison de doses de vaccin d'AstraZeneca en Ouganda dans le cadre du programme COVAX

Photo : afp via getty images / Tina Smole

C’est vrai, et pas seulement pour la COVID-19 : l’idée s’installe selon laquelle il faudra savoir vivre de façon permanente avec le danger des pandémies, épée de Damoclès qui pèse sur l’humanité. Cette idée accablante, tout particulièrement avec l’irruption du variant Omicron à la fin de l’année, s’est installée dans le paysage en 2021.

La COVID fouette la rivalité Chine–États-Unis

La pandémie a aggravé les relations entre les deux grandes puissances mondiales. En 2021, la nouvelle administration Biden a accusé le Parti communiste chinois de ne pas avoir réussi à contenir le virus qui a émergé de Wuhan à la fin de 2019.

Selon une hypothèse plausible, le SRAS-CoV-2 aurait émergé d’un laboratoire chinois d’où il se serait échappé par accident, probablement à l’automne 2019, une hypothèse que la Chine a combattue comme s’il y allait de son honneur, bloquant activement – et de façon suspecte – toute enquête approfondie sur le sujet.

La Chine, blessée et affaiblie dans un premier temps au début de 2020, s’est ressaisie, a mieux résisté aux contagions et en a ensuite fait un argument de prestige. Elle paraît aujourd’hui moins amochée par la COVID-19 que l’ont été les États-Unis et d’autres pays.

Photo aérienne du laboratoire de type P4 de l'Institut de virologie de Wuhan, en Chine centrale. Il s'agit d'un des rares laboratoires à sécurité maximale où peuvent être manipulés des pathogènes dangereux.

Photo aérienne du laboratoire de type P4 de l'Institut de virologie de Wuhan, en Chine centrale. Il s'agit d'un des rares laboratoires à sécurité maximale où peuvent être manipulés des pathogènes dangereux.

Photo : afp via getty images / HECTOR RETAMAL

Recensant officiellement moins de 6000 morts, Pékin ne prend même plus la peine de cacher son mépris pour les États-Unis et pour leur bilan catastrophique qui, à la mi-décembre, dépassait les 800 000 décès.

Fouettée par la COVID-19, la rivalité entre la Chine et les États-Unis structure aujourd’hui les relations internationales comme jamais auparavant.

La perception d’une menace de la Chine est forte à Washington, moins forte dans les capitales européennes et inexistante dans de nombreuses contrées d’Afrique ou d’Amérique latine, où elle a été souvent perçue (jusqu’à récemment) comme bienfaitrice et dispensatrice de richesses.

Aux États-Unis, la menace chinoise est devenue la priorité internationale n° 1 pour les États-Unis. D’une façon remarquable, cette priorité est restée constante de Donald Trump à Joe Biden : les deux administrations se sont également focalisées contre Pékin.

Une puissance en déclin, l’autre en ascension

Des soldats chinois en rang lors d'une cérémonie.

La Chine dispose déjà de l'armée la plus nombreuse au monde.

Photo : Associated Press / Mark Schiefelbein

Une puissance en déclin face à une autre en pleine ascension : voilà ce qui est ressorti plus clairement que jamais en 2021. Selon les historiens depuis Thucydide (5e siècle avant Jésus-Christ), un tel antagonisme peut mener à de dangereux conflits lorsque la puissance qui baisse essaie de résister à son déclin amorcé, tandis que celle qui monte est gonflée d’orgueil et de volonté de domination.

Ce schéma correspond passablement à un président Xi Jinping qui, à Pékin, renforce son pouvoir absolu, surveille sa population comme jamais on ne l’a fait dans l’histoire, fait inscrire sa pensée dans la Constitution, écrase les libertés à Hong Kong, menace Taïwan et promet au reste du monde que la Chine, tout en muscles, ne sera plus jamais modeste, comme Deng Xiaoping l’avait préconisé dans les années 1980 et 1990.

Un test en 2022 : la question de Taïwan, île soucieuse de son autonomie et de la préservation de ses libertés mais dont la démocratie et l’indépendance de facto sont intolérables pour Pékin. Y aura-t-il invasion? C’est possible sans être certain. Et dans cette hypothèse, que feraient les États-Unis? Pékin peut faire le pari qu’ils ne bougeront pas, malgré leurs avertissements répétés et leurs ventes d’armes à Taïpei.

Un jeune soldat armé d'un fusil observe au loin depuis une tranchée.

Un militant de la république autoproclamée de Donetsk monte la garde près de la ligne de front avec l'Ukraine.

Photo : Reuters / Alexander Ermochenko

Le même raisonnement et les mêmes questions peuvent s’appliquer à l’Ukraine face aux troupes russes massées à sa frontière. Là encore, une invasion russe est possible mais pas certaine ni même probable. Les affaires de Taïwan et de l’Ukraine revêtent également une dimension de guerre des nerfs, de guerre psychologique.

Autre élément qui a émergé en 2021 : l’alliance informelle Pékin-Moscou comme pôle d’opposition idéologique et stratégique à un Occident dont on veut accélérer la perte de prestige et le déclin. Dans les deux capitales, on a été ravi, ces derniers mois, de voir les États-Unis humiliés en Afghanistan et la France trébucher militairement au Sahel.

Le populisme : avancée ou recul?

Une autre question centrale : le populisme, avec ses diverses variantes dans le monde, a-t-il reculé ou avancé en 2021? Qu’en sera-t-il en 2022?

Ici, les signaux sont contradictoires. En Allemagne, les élections fédérales de septembre ont vu l’extrême droite nationaliste du parti Alternative für Deutschland (AdF) se replier vers les 10 % après avoir été plus près des 15 % en 2017. En France, par contre, à quelques mois des élections d’avril 2022, deux candidats rivaux étiquetés d’extrême droite – Marine Le Pen et Éric Zemmour – frisent les 30 % combinés.

Aux Philippines, le président Rodrigo Duterte ne pourra pas se représenter en mai 2022, contrairement à Jair Bolsonaro, au Brésil, qui tentera probablement en octobre d’empêcher le retour de l’ancien président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva.

Au cœur même de l’Europe et des États-Unis ainsi que dans des recoins d’Asie et d’Amérique latine, la perte de prestige de la démocratie érode ses appuis et renforce certaines tendances autoritaires.

Or, rien n’est inéluctable : l’expérience du pouvoir par des populistes comme ceux d’Italie (la Ligue de Matteo Salvini en 2018 et 2019) ne s’est pas avérée concluante. Excellents pour dénigrer et rouspéter dans l’opposition et pour aller chercher un fort vote de protestation, ils se révèlent moins convaincants lorsqu’il s’agit d’avoir un programme positif et de l’appliquer.

En 2021 en Italie, l’homme du moment s’appelle Mario Draghi, premier ministre depuis le 13 février. C’est un ancien banquier libéral, et son taux d’approbation a défoncé les 70 % à la fin de l’été.

Et finalement, aux États-Unis, en 2022 : persistance et même victoire du trumpisme lors des élections de mi-mandat? Sur ce plan comme sur d’autres, l’influence de ce pays – malgré son déclin stratégique – sur le reste du monde reste significative. Même ses déconvenues à l’interne comme à l’international peuvent avoir une dimension prophétique.

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