•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

2021, l’une des pires années pour les glaciers de l’Ouest canadien et pas la dernière

Deux chercheurs se penchent sur une immensité de glace polluée par de la fumée et des cendres venant des feux de forêt.

Des chercheurs étudient l'impact de la cendre et de la fumée des feux de forêt sur des glaciers en Alberta.

Photo : Margot Vore

Faibles précipitations de neige, vagues de chaleur extrêmes et feux de forêt : l’année 2021 a été l’une des pires pour les glaciers du sud de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, selon des scientifiques qui les étudient. La fonte est irréversible, selon des experts, et les conséquences se font déjà sentir dans l’Ouest canadien.

Le professeur de géographie Brian Menounos, de l'Université du Nord de la Colombie-Britannique (UNBC), étudie les glaciers depuis 20 ans. Ces énormes étendues de glaces le passionnent, même s’il sait que leurs jours sont comptés.

J’ai l’impression d’être un directeur funéraire qui parle de l’extinction des glaciers, lance-t-il.

Deux fois par année, le scientifique et son équipe survolent près de 3000 kilomètres carrés de glaciers en Colombie-Britannique et en Alberta pour évaluer leur état.

Il explique que plusieurs glaciers ont fondu plus rapidement, cette année, en raison d’une série d'événements météorologiques comme le dôme de chaleur qui s’est abattu sur l’Ouest canadien en juin.

La chaleur a fait augmenter les risques de feux de forêt. Des feux se sont ensuite déclenchés, ce qui a produit du carbone noir, qui s’est déposé sur les glaciers. La neige et la glace à la surface des glaciers reflètent la chaleur, mais quand elles sont assombries, elles absorbent davantage l'énergie du soleil, explique le scientifique.

Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les ressources en eau et les changements climatiques de l'Université de la Saskatchewan, John Pomeroy, ajoute que le carbone noir qui se dépose sur les glaciers contient différentes substances, dont des algues qui maintiennent les particules de suie en place pendant des années et empêchent le glacier de refléter la chaleur.

Le scientifique Ben Pelto se tient debout sur un glacier noirci par la fumée, en Colombie-Britannique.

Selon Ben Pelto, des algues maintiennent la suie sur les glaciers, ce qui les empêche de refléter la chaleur.

Photo : Margaret Vore

La prolifération de ces algues [...] est une conséquence des changements climatiques que nous n’avions pas anticipée, dit-il.

Les glaciers des Rocheuses, comme le glacier Peyto, situé à environ 90 kilomètres au nord-ouest de Banff, fondent donc à un rythme alarmant. En 2021 seulement, ce dernier a reculé de 200 mètres.

Nous pensons qu’il n’existera plus en tant que glacier d’ici la fin de la décennie, déplore John Pomeroy.

Les glaciers, essentiels aux écosystèmes

Le scientifique souligne toutefois que les glaciers sont essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes qui les entourent.

Il explique qu’en temps normal, une partie de la neige qui se dépose sur les glaciers pendant l’hiver se transforme en glace, alors qu’une autre fond et se déverse dans les cours d’eau, puis dans les océans Atlantique, Arctique et Pacifique.

Cette eau est essentielle, puisqu’elle permet de refroidir les cours d’eau dont dépend la survie d’espèces de poissons, comme la truite.

Un ruisseau se forme devant le lac qui se trouve sous le glacier.

Le glacier Bow, dans le parc national de Banff, fond dans un petit lac. L'eau finit par se jeter dans la rivière Bow.

Photo : Radio-Canada / Robson Fletcher

L’apport en eau provenant des glaciers à travers les cours d’eau est également essentiel pour l’irrigation et l’approvisionnement en eau des municipalités à la fin de l’été, lorsque les précipitations diminuent.

Le problème est qu’aujourd’hui, en raison du réchauffement climatique, la majeure partie de la neige fond, ce qui empêche la formation de nouvelle glace.

« On ne nourrit plus les glaciers. »

— Une citation de  John Pomeroy, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les ressources en eau et les changements climatiques de l'Université de la Saskatchewan

Si certains cours d’eau reçoivent davantage d’eau en raison de la fonte accélérée des glaciers, à la longue, ces réserves d’eau sont vouées à disparaître, ajoute-t-il.

Même si on stabilisait nos émissions de gaz à effet de serre maintenant, les glaciers continueraient à fondre parce qu’ils ont une mémoire et qu’ils continuent à ressentir l'impact des années précédentes, déplore Brian Menounos.

Plus de phénomènes météorologiques extrêmes

John Pomeroy croit que la fonte des neiges de plus en plus tôt dans l’année et la réduction du débit d’eau provenant des glaciers mèneront à des étés de plus en plus longs et secs, dans l’Ouest canadien.

Les sols vont être plus secs. Il y aura davantage de feux de forêt et moins d’eau dans les cours d’eau à la fin de l’été, explique-t-il.

Un champ de bleuets inondé à Abbotsford, en Colombie-Britannique.

Un champ de bleuets dans la prairie Sumas à Abbotsford, submergé, le 30 novembre.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms/CBC

Il ajoute que l’augmentation des précipitations en hiver, causées par les changements climatiques, engendrera plus d’inondations.

Est-ce que ce que nous avons vu en Colombie-Britannique, cette année, [à savoir] un été de sécheresse et de feux de forêt et des inondations en hiver, va devenir la norme? C’est ce qui nous inquiète, dit-il.

Avec les informations de Marie Chabot-Johnson

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !