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Comment se porte la scène musicale émergente de Toronto?

Une femme de profil dans une salle de spectacle.

La scène musicale émergente de Toronto se relève lentement, après plus de 20 mois de pandémie, mais certains défis subsistent.

Photo : Radio-Canada

Charlotte Mondoux-Fournier

Les artistes de la scène musicale de Toronto se sont adaptés tant bien que mal au fil de la pandémie depuis près de deux ans. Plusieurs bars-concerts ont dû fermer leurs portes, et l'établissement The Phoenix est menacé d'être supplanté par un développement immobilier de 39 étages.

Si certains artistes applaudissent un air de renouveau, d'autres soutiennent qu'il est plus difficile que jamais de monter sur scène alors que des propriétaires de salles craignent d'autres fermetures.

Après de longs mois de pandémie et de restrictions, différents artistes ont constaté dans les derniers mois une certaine effervescence sur la scène musicale torontoise.

Les gens sont enthousiastes à l’idée de sortir de chez eux et de retrouver la vie nocturne, affirme Myst Milano, rapper, DJ et producteur.ice non binaire de Toronto.

Des artistes établis sur la scène musicale s’en sortent bien, croit l’artiste qui a récemment lancé un nouvel album et dit profiter d'un certain momentum [circonstances favorables] dans sa carrière.

« Les concerts ont été relativement stables. »

— Une citation de  Myst Milano, artiste

Iel concède cependant que le contexte actuel est plus difficile pour les artistes émergents qui ont plus de mal à se produire en salles.

Ce constat est partagé par d’autres.

[Avant la pandémie,] se faire engager pour un spectacle était plus facile, alors que maintenant, c'est un peu plus difficile parce que tout le monde veut jouer, soutient John Abou Chacra, musicien pour les groupes Love Wagon et Kazdoura.

John Abou Chacra jouant du saxophone sur scène.

John Abou Chacra est musicien pour les groupes Love Wagon et Kazdoura.

Photo : Habescht

« C'est difficile pour les artistes émergents de jouer dans n'importe quelle salle en ce moment. »

— Une citation de  John Abou Chacra, musicien

Selon lui, c’est parce qu'après de longs mois d'abstinence, tous les artistes souhaitent se produire en salles, mais il n'y en a pas assez.

Il souligne entre autres le manque de salles à capacité moyenne (de 200 à 300 personnes).

C’est très difficile de trouver un endroit qui puisse nous offrir cela. Ils ne répondent pas aux courriels ou ils affichent déjà complet, dit-il.

Entre embourgeoisement et pandémie, où se produire?

Cet engouement récent a aussi été remarqué par Sebastian Cook, responsable des concerts et du marketing pour Supermarket, un resto-bar de Kensington Market ouvert depuis 2004.

Ça rend mon travail à la fois facile et difficile, dit-il. Il y a beaucoup d’artistes qui me demandent de jouer, mais nous n’avons qu’un certain nombre de dates que nous pouvons leur proposer.

Il ajoute qu'il est déjà en train de réserver des artistes pour le mois de juin 2022, espérant que la situation sanitaire leur permettra de rester ouverts d’ici là.

M. Cook se désole de la précarité qui guette les plus petites salles de concert, qui font face aux nombreuses vagues de restrictions sanitaires, mais aussi, depuis plus longtemps, à l’embourgeoisement et la à hausse des loyers soutenue dans la Ville Reine.

Il cite en exemples le Mod Club – qui a fermé ses portes pendant la pandémie, avant de rouvrir ses portes quelques mois plus tard sous le nom d'Axis – ainsi que la salle de concert The Phoenix, menacée d'être supplantée par un développement immobilier de 39 étages.

Le plus gros obstacle à l'exploitation d'un espace de musique live [en direct] à Toronto est le prix des loyers commerciaux. Il est devenu très difficile d'exploiter un lieu de façon rentable, affirme-t-il.

« Ça a complètement changé la réalité de la musique live. »

— Une citation de  Sebastian Cook, responsable des concerts et du marketing, Supermarket

La scène queer plus durement touchée

Selon Myst Milano, l’incidence de la pandémie et de l’embourgeoisement s’est particulièrement fait ressentir sur la scène musicale queer de Toronto, où iel se produit principalement.

Beaucoup de clubs gais ou queers ont fermé leurs portes à cause de la pandémie, souligne l’artiste. Nous avons perdu beaucoup de salles qui faisaient partie intégrante de l'écosystème de cette partie de la vie nocturne.

Les bars-concerts inclusifs The Beaver, Round, Club 120 et Wayla Bar & Lounge, notamment, ont fermé leurs portes définitivement au cours de la pandémie.

Myst Milano, vêtue de latex, pose devant la caméra.

Myst Milano se préoccupe du sort de la scène queer torontoise alors que plusieurs de ces établissements ont fermé leurs portes pendant la pandémie.

Photo : Jorian Charlton

Pour les membres de la communauté LGBTQ+, les clubs et les salles de concert non seulement sont des endroits de divertissement, mais servent aussi de safe spaces, ou d’espaces pour se rassembler en sécurité.

« C'est un coup dur pour nous en tant qu'artistes et en tant que communauté. »

— Une citation de  Myst Milano, artiste

Iel s'inquiète elle aussi de l'inconnu dans lequel est plongée son industrie.

Il n'y a pas de sécurité, pas de stabilité, et pas de garantie que les salles seront encore ouvertes dans quelques mois.

Sébastien Cook choisit toutefois de rester optimiste et de regarder vers l'avenir.

J'ai l'impression qu'une fois la pandémie passée, il y aura une recrudescence des espaces. Il va y avoir des opportunités pour que de nouveaux espaces voient le jour et présentent de la musique live, affirme-t-il.

Il espère cependant que la Ville de Toronto ne fermera pas les yeux sur ce problème et que l'industrie pourra profiter de l'aide nécessaire.

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