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Des babouins qui élaborent des conventions sociales

Plusieurs babouins dans un enclos.

Babouins de Guinée de la Station de primatologie de Rousset du CNRS.

Photo : CNRS/LPC/Nicolas Claidiere/Anthony Formaux

Agence France-Presse

Les membres d’un groupe de babouins peuvent établir des conventions sociales entre eux en se mettant tous d’accord sur la manière de résoudre un problème pour obtenir plus rapidement une récompense, ont montré des scientifiques français.

C’est la première fois que de telles conventions sont étudiées expérimentalement chez une espèce animale, notent les chercheurs associés à la Station de primatologie de Rousset du centre français d’études scientifiques.

Le principe de conventions n'est pas propre à l'espèce humaine et a déjà été observé chez certains singes, notamment lors des séances d'épouillage. Mais il s'agit de comportements apparus spontanément au sein d'un groupe, sans que l'humain n'intervienne.

Une vingtaine de babouins de Guinée, élevés à la Station de primatologie se sont vu proposer plusieurs images qu'ils pouvaient choisir en touchant un écran tactile.

Un singe touche un écran tactile.

Le dispositif expérimental se trouve dans l'espace en arrière-plan et les singes peuvent y accéder quand ils le veulent.

Photo : CNRS/LPC/Nicolas Claidiere/Anthony Formaux

Chaque image, montrée aléatoirement à deux singes dans un enclos, comportait deux carrés de deux couleurs différentes (donc deux réponses possibles). Si les deux individus sélectionnaient la même couleur, ils recevaient une récompense : du blé.

Au fil des essais – des dizaines de milliers enregistrés sur ordinateur – les singes ont rapidement développé une organisation hiérarchique des images en s'accordant sur une même couleur : ils prenaient presque toujours le carré rose lorsqu'il était présenté avec le carré bleu clair, ou le carré jaune en regard d'un carré rose.

Chaque individu avait d'abord la possibilité de voir ce qui se passait sur l'écran de l'autre. Mais dans la séquence suivante, l'accès visuel au partenaire (qui changeait) a été fermé, et la performance du groupe n'a pas bougé, explique à l'AFP Anthony Formaux, du Laboratoire de psychologie cognitive (Université Aix-Marseille/CNRS).

Cela nous a surpris qu'ils continuent à choisir la même image sans avoir recours à l'imitation, commente ce doctorant, auteur principal de l'étude publiée dans la revue Philosophical Transactions of the Royal Society B (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Simple sensibilité à des couleurs plus saillantes que d'autres? Pas seulement, puisque la même manipulation leur a été proposée avec des dessins en noir et blanc, et le groupe continuait à s'organiser autour du même motif.

Ce comportement respecte les trois caractéristiques principales d'une convention, souligne le CNRS dans un communiqué : l'efficacité (la récompense bénéficie à tous), la stabilité (la règle fonctionne donc elle ne change pas), avec comme prérequis l'arbitraire (d'autres solutions sont possibles).

Chez l'humain, les conventions sociales, comme se faire la bise ou se serrer la main pour se saluer, viennent aussi faciliter la résolution de problèmes de coordination rencontrés par le groupe, analyse Anthony Formaux. Selon lui, le langage est une énorme convention, puisqu'à l'origine, des individus ont dû se mettre d'accord sur des mots.

Comment interpréter une telle organisation sans recours au langage? On suppose que les babouins savaient que le groupe s'était mis d'accord, mais on ne sait pas comment, répond-il.

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