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Analyse

Le variant Omicron et le jour de la marmotte

L’heure est à l’humilité pour un gouvernement qui pourrait payer plus tard le prix de ses décisions.

François Legault, en conférence de presse.

Le premier ministre du Québec, François Legault, en conférence de presse à Montréal, jeudi soir

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Comme il semble loin le temps où l’on répétait qu’il fallait « apprendre à vivre avec le virus ». Pourtant c’était il y a à peine une semaine, quand on prévoyait encore 20 couverts au réveillon. Quatre jours ont suffi pour que le gouvernement reprenne son discours des heures sombres de la pandémie : « rentrez chez vous, diminuez vos contacts ».

On a l’impression de rejouer dans le même mauvais film, mais lequel? Celui du dernier temps des Fêtes, quand le premier ministre avait dû faire marche arrière pour imposer de petits partys? Ou bien celui de mars 2020, quand on était passé du mode insouciance au mode panique, quasiment du jour au lendemain?

Rappelons-nous ce 10 mars. Le ministre des Finances Eric Girard présentait alors un budget qui craignait autant le coronavirus que le Brexit ou l’instabilité des cours du pétrole. Quatre jours plus tard, le gouvernement déclarait l’état d’urgence sanitaire, toujours en vigueur.

À bien des égards, le deuxième scénario semble plus proche de ce que l’on vit actuellement. On croyait la pandémie derrière nous, on se préparait tranquillement pour nos vacances des Fêtes, et bang! Omicron vient chambouler notre existence comme la COVID-19 l’a fait il y a presque deux ans.

C’est peut-être ce qui rend la pilule encore plus difficile à avaler. Quoi? Tout ça pour ça? On a vanté la discipline des Québécois, qui ont respecté des consignes parmi les plus sévères en Amérique du Nord, et participé massivement à la campagne de vaccination, pour revenir à la case départ?

Déprimant comme du verglas en décembre

Réduction de la capacité des restaurants, interdiction des compétitions sportives, match du Canadien à huis clos : quelle terrible impression de déjà-vu. Les Québécois rejouent dans un film qu’ils auraient préféré oublier, lâche Joël Arseneau, du Parti québécois.

Et Horacio Arruda, le directeur national de santé publique, qui nous rappelle ses mots lors de sa première conférence de presse : Ce que je dis aujourd’hui peut changer demain. Il ne croyait pas si bien dire : beaucoup, beaucoup de choses ont quand même changé depuis la première vague.

À commencer par l’attitude des gens elle-même. Le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois parle d’une véritable chape de plomb [qui] s'abat sur le moral des Québécois. Il suffit de regarder autour de soi pour lui donner raison.

Christian Dubé prend la parole en conférence de presse.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé, en conférence de presse à Montréal, jeudi

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Il y a de quoi déprimer, avouons-le, quand le nombre d’infections grimpe en flèche, et que l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) projette un débordement des capacités hospitalières d’ici trois semaines… Tout ça alors qu’une autre chose a changé depuis un an : 80 % de la population est maintenant vaccinée.

Dans ce contexte, la tentation est grande de jeter la serviette, et de les inviter quand même, ces 10 personnes qu’il faut maintenant rayer de la liste des invités.

Maintenir l’adhésion de la population aux consignes sanitaires

Pas étonnant que le discours du premier ministre ait changé, lui aussi, par rapport à l’an dernier. François Legault sait que le plus important, c’est de convaincre les gens de participer à l’effort de guerre. Le problème, c’est qu’après le défi 28 jours, le contrat moral, la liberté par la vaccination, et toutes ces promesses sans lendemain, il faut changer d’approche pour garder son public.

Alors il s’adresse au bon jugement des Québécois, à qui il demande de réduire les contacts pour eux-mêmes, leurs proches et leur peuple. Christian Dubé, l’homme du dialogue, ajoute que les policiers n’iront pas patrouiller dans les quartiers résidentiels pour s’assurer que les consignes soient respectées.

Ils parlent comme le proverbe arabe l’enseigne : celui qui veut être obéi, donne des ordres raisonnables… Parce que l’heure est à l’humilité pour un gouvernement qui pourrait payer plus tard le prix de ses décisions.

Les partis d’opposition sont déjà à l’affût. Tous se rangent derrière la santé publique, mais tous laissent aussi clairement entendre que l’heure des comptes viendra. La réaction de Dominique Anglade à la conférence de presse l’illustre bien. Il y aura un moment pour poser toutes les questions légitimes que nous avons, a dit la cheffe libérale, mais d’ici là soyons tous et toutes solidaires, et continuons de nous entraider.

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