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« Il faut montrer aux gens que leurs sacrifices ont servi à quelque chose »

Une femme sous la neige, portant un masque.

La fatigue causée par la pandémie est palpable, disent les experts.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Malgré le vent de pessimisme entourant la nouvelle vague de COVID-19, des experts en comportement et en psychologie affirment qu'il est plus nécessaire que jamais de rappeler aux citoyens que leurs efforts des 22 derniers mois n’ont pas été en vain.

L'une des choses que l'on n’a pas assez faites est de reconnaître les efforts que les gens ont faits, souligne Simon Bacon de l'Université Concordia.

Le chercheur en science comportementale médicale estime que l'on a trop souvent mis l'accent sur ce qui est négatif et diviseur et trop peu parlé de l'impact positif des mesures sanitaires, comme la vaccination, la réduction des contacts, le port du masque et les confinements, auxquels la grande majorité des citoyens ont accepté de se plier de bonne grâce depuis le début de la pandémie.

L'étude iCare, qu'il codirige avec Kim Lavoie, de l'UQAM, évalue l’évolution des comportements à travers le monde depuis le début de pandémie. Elle a permis de démontrer que la majorité des gens ont suivi les règles sanitaires par altruisme, parce qu'ils savent que leurs actions ont un impact sur les autres.

« Je crois que les gens ne sont pas fâchés de faire des efforts, ils sont plutôt frustrés parce qu’ils ne se sentent pas dans le coup. Ils ne comprennent pas les contradictions des gouvernements et ça les dérange. »

— Une citation de  Simon Bacon, Université Concordia

Même son de cloche pour Roxane de la Sablonnière, professeure au Département de psychologie de l'Université de Montréal et membre de l’équipe du projet de recherche COVID-19 Canada : la fin du monde tel qu’on le connaît?.

Parmi les 3100 Canadiens questionnés dans le cadre de ce projet, le taux d'adhésion aux mesures sanitaires a été assez élevé, dit cette experte en psychologie sociale. C’est sûr que ça diminue maintenant parce qu’il y a une fatigue qui s’installe, constate-t-elle par ailleurs, de plus en plus de personnes ne croyant plus en un retour à la normale dans un avenir rapproché.

« Il y a beaucoup de frustrations parce les gens sentent que leurs efforts n’ont pas été reconnus ou n’ont pas eu d’effets. »

— Une citation de  Simon Bacon, Université Concordia
Un homme en entrevue à la télévision

Simon Bacon, chercheur en science comportementale médicale à l’Université Concordia.

Photo : CBC

Gérer le sentiment de « mütend »

La fatigue causée par la pandémie est palpable, dit Heidi Tworek, professeure à l'Université de Colombie-Britannique et experte en communication sur la santé. Les Allemands ont d’ailleurs créé un mot pour décrire cette fatigue pandémique : mütend, un mélange des mots fatigués (müde) et fâchés (wütend).

Les gens se demandent ce qu’ils auraient pu faire de plus? Quand est-ce que ça va se terminer? Ils se disent "j'ai fait ma part, donc pourquoi est-ce que ça continue?", dit Mme Tworek.

Simon Bacon ajoute que ce sentiment d'impuissance pousse certaines personnes à ne plus respecter les mesures. C’est comme un parent qui dit continuellement à son ado quoi faire. À un certain moment, l'ado n’écoute plus.

Malgré cette morosité, Mme de la Sablonnière croit qu’il ne faut pas seulement parler de désespoir, mais aussi de résilience. L’humain est extrêmement résilient, dit-elle, mais traverser cette crise est d’autant plus difficile parce que le virus est un ennemi invisible. S’il y a une guerre, on entend les coups de feu, c’est un rappel constant du danger. Le virus demeure quelque chose qui n’est pas tangible, et ça rehausse le niveau de difficulté d’adhésion aux règles.

C’est notamment pourquoi il est si important de rappeler au public que ses efforts individuels ont bel et bien eu un impact positif, dit Simon Bacon. Il faudrait que les gouvernements le disent plus souvent : "sans vos sacrifices, nous ne serions pas ici et voici ce qu'il se serait passé".

« Il faut rappeler que les masques fonctionnent, que la vaccination fait une différence. Donnons-leur les chiffres afin que les gens aient une idée concrète. »

— Une citation de  Heidi Tworek, Université de la Colombie-Britannique

Remercier les citoyens pour leurs sacrifices au cours des derniers mois est essentiel, selon Mme de la Sablonnière.

C’est énorme, ce qu’on a demandé aux gens. On a mis de côté un de nos besoins les plus fondamentaux : de socialiser, être avec les autres. Ce n’est pas négligeable.

Une femme parle.

Roxane de la Sablonnière, professeure au Département de psychologie de l'Université de Montréal

Photo : YouTube / Université de Montréal

Les trois experts croient que les gouvernements doivent faire plus d’efforts pour adopter des messages positifs, même si la situation demeure difficile et en évolution.

Des messages comme respectez les règles sinon vous allez tuer votre grand-mère ou blâmer certains groupes, comme les jeunes, n’ont pas aidé, ajoute M. Bacon. Les gens réagissent à l’émotion. Si on leur offre un message positif, ça se traduit en actions positives.

Surreprésentation des non-vaccinés dans le discours

Les trois experts ajoutent qu’on a peut-être aussi un peu trop mis l’accent sur les personnes récalcitrantes.

Il ne faut pas oublier que le nombre de Canadiens qui sont vaccinés est incroyablement élevé, dit Heidi Tworek, qui croit qu’on a peut-être trop parlé des mouvements contre les mesures sanitaires et des manifestations antivaccin.

Nous devons être préoccupés par ces manifestations, mais nous devons reconnaître que, proportionnellement, il y a beaucoup plus de gens qui sont vaccinés [et qui adhèrent aux mesures].

Une femme assise devant une étagère de livres.

Heidi Tworek, professeure à l'Université de Colombie-Britannique et experte en communication sur la santé.

Photo : Glen Kugelstadt/CBC

Selon Mme Tworek, le fait de parler seulement des récalcitrants – qui sont loin d’être la majorité, rappelle-t-elle – teinte l’opinion et le comportement des gens. Ça divise les gens et ça ne montre pas le portrait plus global de la situation. Ça donne une fausse impression que beaucoup de gens ne respectent pas les règles quand ce n’est pas le cas.

Heidi Tworek fait un parallèle avec les reportages sur les crimes. Une couverture trop intense sur un crime peut modifier nos impressions et modifier nos comportements, rappelle-t-elle.

Simon Bacon ajoute que tout cela crée un sentiment d’incertitude chez les personnes vaccinées.

« Les gens commencent à croire qu’ils sont les seuls à suivre les règles, quand ce n’est pas le cas. »

— Une citation de  Simon Bacon, Université Concordia

De plus, les messages négatifs qui ciblent les personnes qui ne sont pas vaccinées ont généralement l’effet contraire de ce qui est souhaité. Ce type de communication ne fait que créer de la division, dit M. Bacon.

En fait, selon l’étude iCare, le passeport vaccinal n’est pas ce qui convaincra une personne hésitante à se faire vacciner, dit M. Bacon.

Les gouvernements ne devraient pas utiliser le passeport vaccinal comme punition pour le fait de ne pas être vacciné, croit M. Bacon. Ils doivent expliquer que c’est une question de santé publique; c’est une façon de garder les personnes non vaccinées en sécurité. C’est comme les lois contre l’alcool au volant : les lois n'existent pas pour punir les gens qui veulent boire, mais pour les protéger.

Ostraciser les personnes non vaccinées a aussi des effets négatifs, rappelle Mme Tworek. Par exemple, une personne non vaccinée qui développe des symptômes pourrait éviter de se faire dépister, de peur d’être critiquée.

Mme Tworek offre un conseil aux autorités pour la prochaine vague de la pandémie : Il faut se concentrer sur la majorité des gens qui essaient de faire la bonne chose.

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