•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les pages « Confessions » sur Instagram, un phénomène inquiétant

Deux ados masqués regardent leur téléphone, assis sur du mobilier urbain à l'extérieur d'une école.

Des ados se confient sans filtre sur des comptes Instagram portant le nom de «Confessions» depuis quelques jours.

Photo : Getty Images / Shima Saberi

Stéphanie Dupuis

Plusieurs pages Instagram nommées « Confessions », mot suivi du nom d’un établissement scolaire, ont été créées par des élèves du Grand Montréal ces derniers jours. Sur celles-ci, on invite les internautes à donner « anonymement » des commentaires sur la vie à l’école par le biais d'un formulaire Google.

Si les messages publiés – qui prennent la forme de captures d’écran de formulaires Google – sont pour la plupart inoffensifs (amourettes, rumeurs de couloir, beauté de personnes, etc.), on peut y trouver de la diffamation et de l’intimidation. Par exemple, on a pu y lire plusieurs fois le mot en n, des commentaires dénigrants à l’égard de profs, ou encore des propos à caractère sexuel concernant des personnes mineures.

L’anonymat promis par ce type de page mène à des dérapages, selon Cathy Tétreault, directrice générale du Centre Cyber-aide.

À preuve : les dérives ont été nombreuses dans la dernière semaine, alors que des propos menaçants concernant des établissements scolaires publiés sur des pages de ce type ont conduit à une dizaine d’arrestations d’ados. L’une des pages en cause, celle de l’école Calixa-Lavallée, semble introuvable, mais Instagram n’a pas confirmé l’avoir retirée de la circulation.

La nouvelle a eu des effets immédiats sur le web. Sur Instagram mardi, certaines pages Confessions étaient devenues privées. C’est par exemple le cas de confession_pm, qui s’adresse aux élèves de l’école secondaire Père-Marquette, à Montréal.

Sur la page confessions_sophiebarat, liée à l’établissement d’Ahuntsic-Cartierville, une story indiquait lundi que des personnes avaient eu des casiers judiciaires en lien avec des pages confessions et qu’un filtre plus rigoureux serait appliqué pour les prochaines publications. Plusieurs contenus ont par ailleurs été supprimés, la ou les personnes derrière la page mentionnant souhaiter qu’elle devienne plus clean (propre).

Contacté par Radio-Canada, un porte-parole de Meta a indiqué que les comptes Confessions soumis, c’est-à-dire confessions_sophiebarat, confession_gg et confession_lp, ne violaient pas les règles de la communauté.

« Nous continuerons à examiner les comptes et à prendre des mesures conformément à nos politiques. »

— Une citation de  Un porte-parole de Meta

Google n’avait pas émis de commentaires après une requête de Radio-Canada au moment d’écrire ces lignes.

Un phénomène qui a plusieurs formes

Ce qui fait que les pages confessions existent, c’est le sentiment d’anonymat, de ne pas se sentir surveillé par les parents ou les enseignants. Les ados ont un besoin de se cacher, explique Cathy Tétreault.

Mais ce sentiment d’anonymat est faux : Si tu utilises la toile, il y a tout le temps un chemin pour se rendre jusqu’à toi, prévient-elle.

Une simple recherche en ligne sur les pages Confessions permet de constater que le phénomène n’est pas nouveau. On trouve des traces de comptes du genre sur Twitter, Facebook, Tumblr et d’autres réseaux sociaux existant depuis au moins 2012.

C’est pratiquement toujours la même formule : ces pages sont liées à des établissements scolaires, que ce soit de niveau universitaire, collégial ou secondaire, et on y promet de vous libérer de secrets dans l’anonymat.

« Le phénomène est [présent en permanence depuis 10 ans], mais il se manifeste de façon différente, avec des applications différentes. »

— Une citation de  Cathy Tétreault

Les pages Spotted ont le même fonctionnement : on envoie un message privé, et il sera publié tel quel sous le nom de la page, sans mentionner sa provenance. Il en existe pour de nombreux établissements scolaires.

Autre exemple, l’application allemande Tellonym, un réseau social qui réunissait près de 45 millions de personnes d’un peu partout dans le monde en 2019, surtout des ados, permet d’envoyer des messages anonymes à d’autres utilisateurs ou utilisatrices. Plusieurs s’en servent pour intimider ou faire des commentaires dénigrants.

Cette nouvelle vague de pages Confessions n’est pas sans rappeler la série télévisée à succès Gossip Girl, qui présentait en 2007 un système similaire. Une personne cachée derrière son pseudonyme écrivait des billets de blogue et des textos qui servaient à diffuser des secrets sur les jeunes de la haute société new-yorkaise. La production a été revisitée en 2021.

Éduquer, sensibiliser, prévenir

Depuis 2012, une loi visant à prévenir et à combattre l’intimidation et la violence à l’école (Nouvelle fenêtre) oblige les établissements scolaires à faire de la sensibilisation sur les cybercrimes dans les écoles et d’aviser la police lorsque de tels cas surviennent.

Dès l’âge de 12 ans, une personne peut être tenue criminellement responsable de cybercrimes, ce qui englobe notamment la cyberintimidation, le cyberharcèlement, la diffamation en ligne, etc.

Selon Cathy Tétreault, les écoles parlent beaucoup de cyberintimidation, de sextage, mais peu des autres crimes en ligne qui sont commis dans les écoles.

« Les ados qui ont commis ces cybercrimes ces derniers jours, je ne suis pas certaine qu’ils le savaient, que c’était des actes préjudiciables. »

— Une citation de  Cathy Tétreault

Les géants du web pourraient aussi en faire davantage pour limiter les dommages. Selon la directrice du Centre Cyber-aide, ils pourraient s’inspirer, notamment, de la méthode de la Société québécoise du cannabis (SQDC), dont les profits sont réinvestis dans la prévention et la recherche sur la dépendance.

Les parents ont évidemment leur rôle à jouer, et doivent donner l’exemple à leurs enfants, selon la directrice du Centre Cyber-aide.

Ils doivent se retenir eux-mêmes dans la façon dont ils utilisent les applications et les réseaux sociaux. S’ils critiquent tout sans filtre en ligne, c’est ce qu’ils apprennent aussi à leurs enfants à faire, indique-t-elle.

Le Centre Cyber-aide offre des outils en ligne (Nouvelle fenêtre) qui visent l’éducation des parents, notamment au sujet de diverses applications mobiles et leurs caractéristiques.

Les parents peuvent aussi activer les contrôles parentaux de leurs jeunes sur différents réseaux sociaux.

« On ne leur retire pas les technologies, ce n’est pas ça qu'il faut faire. C’est davantage de leur apprendre comment bien les utiliser. »

— Une citation de  Cathy Tétreault

Cathy Tétreault est d’avis qu’il faut aussi s’assurer de protéger les témoins qui dénoncent des situations à problèmes. Les propos menaçants qui ont fait l’objet d’arrestations récemment ont pu être portés à l’attention des autorités en raison de la dénonciation de personnes qui les avait vus.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a indiqué lundi qu’une tournée des classes sera effectuée au cours des prochains jours afin de rappeler que de proférer des menaces sur les réseaux sociaux peut mener à des accusations graves. Le directeur de l’école secondaire Calixa-Lavallée, Dominic Besner, s’est aussi rendu en classe dans le même objectif, selon ce qu’il a déclaré en entrevue lundi à l’émission Tout un matin.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !