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Un père se confie : « Les jeunes s’arment parce qu’ils ont peur »

Parmi les victimes collatérales des fusillades qui font la manchette à Montréal, il y a aussi les familles des membres de gangs de rue. Le père de deux jeunes récemment envoyés en prison a accepté de se confier.

Deux policiers du SPVM, de dos, marchent sur une scène de crime.

Deux policiers du SPVM, de dos, marchent sur une scène de crime.

Photo : Radio-Canada / Kolya Hubacek-Guilbault

Il y a quelques mois, la vie de ce père de famille de la région de Montréal a basculé lorsque ses deux fils âgés de 18 et 19 ans ont été reconnus coupables de possession d’arme à feu prohibée et chargée.

Il a accepté de nous parler de son expérience, mais de façon anonyme, par peur d’aggraver leur sort en prison. Même si nous sommes seuls dans la pièce, il s’exprime à voix basse et garde son masque chirurgical pour cacher son visage.

L’homme à la casquette à l'envers admet qu’il aurait pu être plus à l’écoute des signaux, qu'il aurait pu grâce à ça intervenir plus tôt auprès de ses fils.

Quand l'un d'eux me disait qu’il allait chez sa blonde, ce n’était pas toujours vrai, constate-t-il, par exemple, avec le recul. Je pense que c’est là que je n’ai pas fait ma job de père. Je m’en veux. J'étais trop occupé à travailler pour voir leurs changements de comportement.

Il est persuadé qu’il aurait pu changer leur trajectoire de vie s’il avait été capable de leur parler.

Ce qui me déçoit le plus, c’est qu’ils ne m’ont pas fait confiance, dit-il la voix brisée. En discutant, je suis sûr que j’aurais pu régler beaucoup de choses, trouver des solutions. Je n’aurais pas permis qu’ils traînent avec ça.

S’il n’excuse pas leur geste, il essaie aujourd’hui de comprendre comment ils en sont arrivés là.

Avec le problème de crime que traverse Montréal, c’est sûr que nos jeunes ont peur, et il faut les comprendre. Que tu sois dans une gang ou pas, quand tu traînes dans un quartier assez chaud, tu fais partie du conflit malgré toi. Ils veulent se protéger.

Un travailleur communautaire du nord de la ville rencontré sur son lieu de travail observe la même chose dans les rues. Il refuse lui aussi de révéler son identité pour ne pas nuire à la relation qu’il entretient avec les jeunes de son quartier.

Ils ont peur, dit-il. Il n’y a plus personne qui veut traîner à l’extérieur dans le quartier. Même ceux qui ne sont pas marginalisés pensent à s’acheter une arme.

Les armes, ça ne tombe pas du ciel!

Le pistolet saisi par la police et qui a conduit à leur incarcération est de type Polymer80, une arme fantôme sans numéro de série, illégale au Canada. La carcasse en polymère est vendue en pièces détachées. L’acheteur doit ensuite se procurer le canon et une culasse en métal pour le compléter.

Comme la plupart des armes, selon la police, elle provenait des États-Unis, dit le père. Les jeunes vendent ça sur Snapchat, comme si c’était n’importe quoi.

En date du 30 novembre, le SPVM recensait 452 incidents de crimes contre la personne lors desquels une arme à feu était présente.

Si les gangs de rue sont généralement pointés du doigt comme étant responsables de la prolifération des armes à Montréal, le travailleur communautaire avance qu’il faut plutôt s’attarder à leur origine.

Ça ne tombe pas du ciel! Ça prend des contacts dans le crime organisé. De ce que j’entends dans la rue, ce sont les motards et la mafia qui fournissent les armes.

Du virtuel au criminel

Selon le père de famille, la pandémie a créé un contexte favorable aux conflits entre groupes rivaux.

Nos jeunes étaient enfermés et ils se chicanaient sur les réseaux sociaux. La pression a augmenté entre les gangs. Au sortir du confinement, ç’a explosé, déplore-t-il. Ils ont amené leurs problèmes virtuels dans la rue. Mais dans la vraie vie, il y a de vraies victimes.

Et à 18 et 19 ans, avec un casier judiciaire, on commence la vie adulte avec une longueur de retard.

Le travailleur communautaire à qui nous avons parlé pense que la réinsertion sociale fait partie de la solution au problème de gangs de rue que le Québec traverse actuellement.

Souvent, quand ils sortent de prison, ils ne sont pas capables de trouver du travail, remarque-t-il. Mais il faut bien qu’ils mangent. Ils s’en rendent compte qu’ils sont des citoyens de seconde zone. S’ils s’arment et s’entretuent comme ça, c’est qu’ils considèrent que leur vie n’a pas nécessairement de valeur.

Aujourd’hui, malgré la prison, le père a rebâti la relation de confiance avec ses deux fils à qui il parle tous les jours.

On discute de ce qui s’est passé et de comment ils se sentent, confie-t-il. Ils sont conscients qu’ils ont perdu quelque chose d’une grande valeur, la liberté.

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