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Mise à jour économique à Ottawa : des dépenses ciblées et des déficits moindres

Le gouvernement libéral ajoute plus de 8 milliards de dollars de nouvelles dépenses sur cinq ans, entre autres pour l'achat de tests de dépistage rapide et des aides ciblées aux particuliers et aux entreprises.

Chrystia Freeland apparaît sur un écran. En avant-plan se trouve le document de la mise à jour économique, sur un présentoir.

La ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, a présenté sa mise à jour économique par visioconférence.

Photo : La Presse canadienne / PATRICK DOYLE

La ministre des Finances Chrystia Freeland n’a pas dévié de la voie des dépenses lors du dépôt de sa mise à jour économique et budgétaire. Mais les déficits seront moindres que prévu grâce à plus de revenus générés par la reprise économique. L’atteinte de l’équilibre budgétaire semble perceptible dans un horizon de cinq à six ans.

Il faudra cependant attendre le budget du printemps pour connaître l’effet des promesses contenues dans la plateforme électorale du Parti libéral du Canada présentée cet été. Les libéraux y prévoyaient 78 milliards de nouvelles dépenses sur 5 ans et de nouveaux revenus plutôt incertains.

Le déficit de l’an dernier se chiffre finalement à 328 milliards de dollars, en baisse par rapport aux 354 milliards prévus. Pour 2021-2022, il sera de 10 milliards de moins qu’anticipé, soit 145 milliards. Les soldes budgétaires négatifs s'accumuleront encore jusqu’en 2026-2027 au minimum, mais pourraient bien disparaître à compter de l’année suivante.

Dans cinq ans, la dette totalisera 1359 milliards de dollars, près du double par rapport à la période prépandémique. Si les taux d’intérêt ne s’enflamment pas, les frais de la dette représenteront alors plus de 40 milliards annuellement sur des revenus de près de 500 milliards.

La ministre Freeland, qui s’est adressée aux députés des Communes par visioconférence après que deux membres de son équipe eurent reçu un diagnostic positif de COVID-19, revoit à la baisse ses prévisions de ratio de dette par rapport au produit intérieur brut (PIB), qui devrait s’établir à 48 % cette année.

La croissance du PIB réel est légèrement revue à la hausse à 4,2 % en 2022.

Depuis le dépôt du budget en avril 2021, le gouvernement libéral avait déjà débloqué 18,3 milliards de dollars en mesures de toutes sortes pour protéger la relance en finissant la lutte contre la COVID-19, comme l’achat de vaccins et la prolongation de programmes d’aide.

La ministre Freeland a profité de ce point sur les finances publiques pour allonger une provision pour coûts possibles de 4,5 milliards de dollars si une intervention face au variant Omicron devenait nécessaire.

« Je ne veux pas de nouvelles mesures de confinement, mais c’est prudent pour le gouvernement de provisionner de l’argent dans le cas où c’est nécessaire. [...] Le fédéral sera là pour aider les entreprises et les gens. »

— Une citation de  Chrystia Freeland, ministre des Finances du Canada

8,1 milliards de nouvelles dépenses ciblées sur cinq ans

Plus de 3,7 milliards de dollars seront déboursés prochainement pour l’achat de tests de dépistage rapide de la COVID-19 et de produits thérapeutiques, comme des médicaments antiviraux contre la maladie.

421 millions de dollars ont en outre été réservés pour améliorer la qualité de l’air dans les écoles, les bâtiments communautaires et les petites entreprises. Les entreprises auront droit à un crédit d’impôt de 25 % pour des dépenses, jusqu’à concurrence de 10 000 $ par emplacement et de 50 000 $ au total.

Des aînés bénéficiaires du Supplément de revenu garanti ont été défavorisés par les prestations d’urgence, puisque celles-ci étaient prises en compte dans le calcul de leurs revenus. Des paiements ponctuels totalisant 742 millions de dollars seront donc attribués à ceux qui se sont retrouvés dans cette situation.

Quant aux étudiants qui ont touché la Prestation canadienne d’urgence sans y avoir droit, mais qui étaient admissibles à celle pour les étudiants, ils pourront obtenir un allègement de leur dette équivalent à ce qu’ils auraient obtenu avec la PCUE. Une incidence budgétaire de 68 millions de dollars.

De nombreuses mesures déjà annoncées pour soutenir les particuliers et les entreprises encore durement touchés par les contrecoups de la pandémie sont représentées dans cette mise à jour. Les plus de 7 milliards de dollars nécessaires à leur réalisation font présentement l’objet de débats au Parlement.

Petite nouveauté à 100 millions de dollars : Ottawa entend prolonger jusqu’au 31 mars 2022 le programme de prêts allant jusqu’à 1 million de dollars pour les entreprises à court de liquidités pour relancer leurs activités. Un fonds de 62 millions de dollars sera aussi mis sur pied pour les travailleurs du secteur des spectacles sur scène afin de les appuyer dans de nouvelles initiatives.

Peu de mesures face à l’augmentation du coût de la vie

Aucune mesure n’est prévue pour soutenir les Canadiens moins nantis à faire face à l’inflation galopante.

Seule une bonification de 100 $ de la déduction de travail à domicile est offerte pour les années 2021 et 2022; le taux fixe temporaire est ainsi établi à 500 $. Les enseignants canadiens pourront pour leur part obtenir un crédit d’impôt de 25 %, plutôt que de 15 %, pour l’achat de fournitures scolaires jusqu’à concurrence de 1000 $.

Les goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement contribuent également à l’inflation. Le gouvernement entend donc injecter 50 millions de dollars pour aider les ports du pays à avoir une plus grande capacité d’entreposage, mais un tel projet ne pourra être concrétisé à court terme.

« Il faudra du temps pour que les chaînes d’approvisionnement rattrapent leur retard et pour que notre économie se rééquilibre. [...] Nous savons que l’inflation est un phénomène mondial qui découle du défi sans précédent que représente la réouverture de l’économie mondiale. »

— Une citation de  Chrystia Freeland, ministre des Finances du Canada

Québec ne cesse de déplorer la lenteur du système d’immigration canadien, ce qui accentue la pénurie de main-d'œuvre au pays. Ottawa injectera 85 millions de dollars l’année prochaine pour traiter davantage de demandes de résidence permanente et temporaire, et réduire les délais de traitement dans des secteurs clés touchés par la pandémie.

Un financement 1,3 milliard de dollars sur six ans s’ajoutera également à la colonne des dépenses pour l'accueil de quelque 40 000 réfugiés afghans et leurs familles au cours des six prochaines années.

Lundi, une mesure phare de cet énoncé économique a été annoncée : 40 milliards de dollars seront versés d’ici 2027 pour indemniser les enfants des Premières Nations et entreprendre des réformes à long terme du système de protection de l'enfance. La mise à jour précise que 16 milliards de dollars seront dégagés dès cette année.

Au moins deux nouvelles taxes en 2022 et une autre reportée

Dès 2022, une taxe annuelle de 1 % sera imposée sur la valeur des maisons ou des logements considérés comme vacants et appartenant à des étrangers.

Un projet de loi sera déposé en début d’année pour instaurer également une taxe de luxe sur les ventes de voitures et d’aéronefs de plus de 100 000$ et de bateaux de plus de 250 000 $ : 20 % de la valeur supérieure au seuil ou 10 % de la valeur totale.

Quant à la taxe de 3 % qui devait s’appliquer aux revenus des grandes entreprises de services numériques comme Google et Facebook, elle sera perçue à compter du 1er janvier 2024, deux années plus tard que promis initialement. Par contre, si l’entente multilatérale des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques ne devait pas être entrée en vigueur d’ici là, la taxe sur les services numériques serait payable à partir de 2024 pour les revenus gagnés depuis 2022.

Justin-flation

Les conservateurs s’en sont pris au gouvernement de Justin Trudeau en l’accusant de contribuer à l’inflation avec ses dépenses. L’inflation permet de faire fondre les déficits [grâce à davantage de revenus fiscaux] pendant que des familles et des aînés souffrent au pays, a déclaré le chef Erin O’Toole. Justin-flation : bon pour leur budget, mauvais pour votre budget!

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a renchéri en soulignant que la mise à jour économique n’était pas à la hauteur de la crise avec le variant Omicron et l’inflation, et qu’elle ne répond pas aux besoins des gens.

Au Bloc québécois, le député Gabriel Ste-Marie s’est montré satisfait de ce que les libéraux aient corrigé la situation des bénéficiaires du Supplément de revenu garanti ayant obtenu des prestations, mais avec un gros bémol.

Ce ne sera pas avant Noël, mais en mai prochain, a-t-il souligné. On a des histoires d’horreur de gens qui déménagent et ne peuvent pas payer leurs médicaments.

La Fédération des chambres de commerce du Québec, par la voix de son PDG Charles Milliard, estime que l’appel de tout le milieu des affaires a enfin été entendu au sujet de la réduction des délais en immigration. C’est encourageant de savoir que le gouvernement fédéral reconnaît le problème et veut s’y attaquer, indique-t-il tout en évoquant que cette mesure seule ne sera pas suffisante.

Le tiers des PME font des revenus normaux présentement, a pour sa part rappelé le vice-président à la recherche nationale de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, Simon Gaudreault. Le gouvernement avait choisi de réduire l'accès aux programmes de soutien aux entreprises. On avait demandé à ce que les seuils d'admissibilité soient revus.

Le Conseil national des chômeurs déplore qu’il n’y ait pas d’autres nouvelles mesures concernant le soutien du revenu.

« Il ne faut pas tourner la page : il faut mettre en œuvre une réforme permanente, élargissant la couverture et améliorant les protections. »

— Une citation de  Conseil national des chômeurs

La fin progressive des programmes d’aide aux particuliers laisse notamment les travailleurs autonomes sans filet social.

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