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Les changements climatiques favorables aux marées rouges

En 2008, des dizaines de mammifères et des milliers d’oiseaux marins sont morts empoisonnés par une marée rouge d'une ampleur jamais observée.

Michel Starr devant l'écran de son ordinateur où s'affichent des cartes du golfe et de l'estuaire.

Michel Starr explique que les scénarios prévoient une augmentation graduelle des jours-risques d'éclosion d'ici la fin du siècle.

Photo : Radio-Canada

D’ici la fin du siècle, l'état du golfe et de l’estuaire sera de plus en plus propice aux éclosions d’algues toxiques.

Outre les floraisons hors norme comme celles de 2008, l’algue toxique Alexandrium catenella, mieux connue sous le surnom d’algue rouge, fleurit régulièrement ici et là dans le golfe.

Les chercheurs la surveillent depuis 24 ans grâce à des stations réparties dans le golfe.

C’est une des algues les plus toxiques au monde.

Dans des conditions défavorables, l’algue forme une sorte de kyste où elle s’enferme en période de latence. Elle se réveille lorsque les conditions environnementales le permettent.

Déjà, des corrélations entre les éclosions d’algues toxiques ainsi que l’augmentation de la température de l’eau et des précipitations suggéraient aux chercheurs une augmentation des floraisons dans le golfe et l’estuaire.

La modélisation de trois scénarios de changements climatiques jumelés aux observations historiques d’éclosion des algues rouges le confirme.

Des saisons de floraison plus longues

Dans les trois scénarios étudiés, le modèle indique une augmentation graduelle du nombre de jours/risques jusqu’en 2100.

Le nombre de jours-risques moyen pour l’estuaire du Saint-Laurent passe de 50 jours-risques par année pour la période actuelle à plus de 75 par année pour la fin du siècle, c’est-à-dire une augmentation pouvant atteindre 50 % , indique l’océanographe et spécialiste de l’écologie du phytoplancton à Pêches et Océans Canada, Michel Starr.

L’extension de la période propice aux floraisons pourrait déjà se faire sentir d’ici une dizaine d’années, ajoute le spécialiste.

Des espèces en danger

L’aire de répartition des éclosions dans le golfe et l’estuaire sera aussi en augmentation en raison particulièrement d’une baisse de salinité des eaux de surface générée par de fortes précipitations.

Le modèle démontre que les jours/risques seront en croissance dans des secteurs comme la Basse-Côte-Nord ou les Îles-de-la-Madeleine, actuellement très peu touchés par les floraisons d’Alexandrium.

Un carte de la répartition des floraisons anticipées de 2050 à 2059 et une autre pour les prévisions de 2090 à 2099.

Les projections montrent l'accroissement de l'aire de répartition jusqu'à la fin du siècle.

Photo : Gracieuseté : Institut Maurice-Lamontagne

Les scientifiques estiment que cet accroissement de l’aire de répartition des floraisons dans le golfe et sur le plateau néo-écossais pourrait menacer la survie d’espèces déjà en danger comme le béluga ou la baleine noire de l’Atlantique Nord.

Des éclosions plus importantes

De plus, les données démontrent une grande variabilité entre les années. Par exemple, les floraisons seront plus importantes durant une année, mais seront quasi absentes l’année suivante. Cette augmentation des écarts entre une année et une autre mène à des événements de plus en plus extrêmes.

Les floraisons hors normes, comme celle de 2008, qui s’est étendue de l'embouchure de la rivière Saguenay jusqu'à Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, pourraient être plus fréquentes.

Tous ces changements anticipés dans la période et la répartition des floraisons ainsi que dans leur gravité et leur variabilité pourraient devenir des problèmes importants pour la pêche et l’industrie aquacole du Québec et des Maritimes.

Un nouvel outil

Déjà, il y a deux ans, Michel Starr souhaitait créer un système de prévision des éclosions d’algues toxiques. Il entendait marier les prévisions météorologiques d’Environnement Canada aux données cumulées depuis plus de 20 ans sur les conditions de floraisons d'algues toxiques.

C’est maintenant chose faite. L’outil existe et sera implanté en mars pour la prochaine saison sur le site de l’Observatoire global du Saint-Laurent (OGSL).

Une carte des prévisions d'éclosion

Des cartes comme celle-là seront diffusées sur le site de l'Observatoire global du Saint-Laurent et pourront permettre aux aquaculteurs de prendre connaissance des risques d'éclosions.

Photo : Radio-Canada

Ces prévisions, sous forme de cartes, diffusées quatre fois par jour pour les 24 à 48 heures suivantes, serviront entre autres aux aquaculteurs, qui pourront ainsi protéger leur récolte de la toxine paralysante et dangereuse pour la consommation humaine.

L’agence canadienne d’inspection des aliments pourra aussi utiliser l’outil pour affiner sa détection des sites contaminés et les fermer à la cueillette, si nécessaire.

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