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Je suis un produit : porter le voile pour entrer dans une case

Un homme recouvre les épaules d'une femme avec une enveloppe en plastique transparent.

Houda Rihani et Éric Bernier incarnent les rôles de Jihane et de Jeff dans la dernière pièce de Simon Boudreault.

Photo : Page Facebook de Théâtre La Licorne/Théâtre de La Manufacture

Radio-Canada

Porter le voile uniquement pour se trouver un emploi en jouant sur la bonne conscience des entreprises qui souhaitent montrer patte blanche en matière de diversité, c’est ce que fait l’immigrante marocaine jouée par Houda Rihani dans Je suis un produit. Cette pièce écrite et mise en scène par Simon Boudreault est à l’affiche jusqu’à dimanche au Théâtre La Licorne, à Montréal.

Je suis un produit est la deuxième création de Simon Boudreault en tant qu’auteur en résidence au Théâtre La Licorne, après Comment je suis devenu musulman, présentée en 2018. Sa nouvelle pièce suit l’histoire de Jeff, interprété par Éric Bernier, président d’une boîte de marketing qui utilisera les talents de sa nouvelle employée, Jihane, pour reconquérir son ancien amant.

Dans cette comédie, l’auteur et metteur en scène a souhaité mettre en lumière l'omniprésence du marketing à notre époque, tout en soulignant les stéréotypes liés à la culture, à l’âge ou au sexe d’une personne.

C’est systématique, quand on est arabe, on doit porter le voile. [Jihane], qui ne porte pas le voile, n’entre pas dans cette case où on a voulu la mettre, cette image figée d’une femme arabe, explique Houda Rihani. Elle se dit finalement : "Si c’est ça qu’il faut faire pour avoir un travail, je vais le faire pour fiter avec cette image-là qu’on pourrait avoir de moi."

Un rôle qui trouve écho dans la réalité

L’actrice se reconnaît d’ailleurs plutôt bien dans ce personnage. Vedette au Maroc, où elle est née en 1975, Houda Rihani est moins connue au Québec, la terre d’adoption qu’elle a choisie en 2012. Malgré son CV bien garni, avec des rôles à la télévision, au cinéma et au théâtre, elle a eu de la difficulté à trouver des perspectives de carrière en arrivant ici.

Comme Jihane dans Je suis un produit, on l’a souvent cantonnée à des rôles qui partaient d’une vision stéréotypée des femmes arabes ou maghrébines. On n’a pas reconnu mon expérience artistique, moi qui ai commencé en 1996 [...] Trouver des rôles était vraiment difficile. On m’a conseillé de commencer par faire de la figuration, explique-t-elle.

J’avais commencé avec un rôle de femme voilée, et s’en sont suivies d’autres propositions similaires. Une fois, dans une série, j’avais une scène, et il fallait juste que je dise "Bonjour". Et la costumière m’avait mis un voile, et j’ai dit : "Mais pourquoi est-ce qu’elle porte un voile?," et elle m’a dit "C’est une Arabe."

Refuser de jouer des stéréotypes

Si Houda Rihani a accepté de jouer une femme voilée dans Je suis un produit, c’est justement en raison de la critique sous-jacente que fait Simon Boudreault de ces préjugés bien d’actualité. En d’autres cas, la comédienne aurait probablement refusé.

Surtout si l'on veut juste me montrer comme image. Je veux comprendre le pourquoi [...] Si c’est juste pour l’image, moi, c’est non, je suis catégorique, explique Mme Rihani. Je ne vais pas participer à enfoncer le clou du cliché.

La pièce Je suis un produit est présentée jusqu’au dimanche 19 décembre au Théâtre La Licorne, à Montréal. Les billets sont en vente sur le site du théâtre (Nouvelle fenêtre).

Ce texte a été écrit à partir d’une entrevue réalisée par René Homier-Roy, animateur de l'émission Culture Club. Les propos ont pu être édités à des fins de clarté et de concision.

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