•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Et si le nucléaire revenait en force en France?

S’il est réélu à la présidence de la France, Emmanuel Macron promet la construction de plusieurs petites centrales nucléaires d’ici une dizaine d’années. Cette source d’énergie, longtemps critiquée, est de retour dans le discours de certains politiciens.

La centrale énergétique de Cordemais, en France.

La centrale au charbon de Cordemais doit cesser ses activités ces prochaines années. Certains élus aimerait qu'elle soit remplacée par une petite centrale nucléaire.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

PARIS - À quelques kilomètres de Cordemais, les cheminées sont déjà bien visibles. La centrale au charbon domine la petite ville de 3600 habitants située à une trentaine de kilomètres de Nantes.

Les jours de cette usine, qui alimente le quart des besoins énergétiques de sa région de l’ouest de la France, sont désormais comptés. La centrale doit fermer ses portes en 2026.

Dans le bassin d’emploi autour de Cordemais, la question de l’avenir de cette centrale est particulièrement sensible, lance Gwénaël Plagne, qui y travaille depuis une vingtaine d'années.

Qu’adviendra-t-il de l’édifice et de ses travailleurs une fois que le charbon aura cessé d’y être brûlé?

Gwénaël Plagne travailleur à la centrale énergétique de Cordemais. Il est également représentant syndical.

Le travailleur et syndicaliste Gwénaël Plagne se pose des questions sur l'avenir de la centrale de Cordemais.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Depuis quelques mois, une idée circule : transformer le site en petite centrale nucléaire.

Je pense que ça vaut vraiment le coup de tester, lance Christelle Monraçais, la présidente de la région des Pays de la Loire, qui juge que des études doivent être menées pour vérifier la fiabilité d’un tel projet.

Selon l’élue, le passage au nucléaire permettrait de conserver des emplois à Cordemais tout en assurant un maintien de l’offre en électricité dans sa région.

« Je crois que cette transition énergétique se réussira avec le mix énergétique. On ne peut pas avoir 100 % d'énergie renouvelable. Il en va aussi d'une question de souveraineté en termes d'énergie et c'est pourquoi je crois beaucoup aussi au nucléaire. »

— Une citation de  Christelle Morançais, présidente de la région des Pays de la Loire

Un changement de discours

Bien que la ministre de la Transition écologique ait fait part de certaines réserves quant à l'emplacement du site, l’idée de faire de Cordemais le site d’une minicentrale nucléaire fait écho aux propos tenus par le président français Emmanuel Macron.

Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays, annonçait le chef de l’État lors d’un discours à la nation début novembre.

Bien qu’il compte déjà pour plus de 70 % de la production électrique du pays, le secteur nucléaire a fait l’objet de vives critiques au cours des dernières décennies, notamment pour des raisons liées à la sécurité ou encore à la gestion des déchets.

Dans les années 1990, un projet de centrale nucléaire a ainsi été abandonné au Carnet, non loin de Cordemais, face à un important mouvement d’opposition de la population locale.

Le chercheur Nicolas Mazzucchi, de la Fondation pour la recherche stratégique, reconnaît que des questions légitimes ont été posées sur la gestion du nucléaire, notamment des déchets.

Nicolas Mazzucchi, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique.

Le chercheur Nicolas Mazzucchi dit constater un changement de perception par rapport à l'énergie nucléaire.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Il dit néanmoins constater depuis quelques années un retournement de plus en plus vers un sentiment pronucléaire, notamment sur la question de la lutte contre les changements climatiques et de la production d’électricité décarbonée.

Outre l’enjeu des émissions de gaz à effet de serre, le chercheur affirme que des facteurs liés à la sécurité énergétique s’invitent dans le débat. Nicolas Mazzucchi donne notamment l’exemple de l’Allemagne qui a entrepris un retrait du nucléaire, qui devrait se terminer en 2022, et qui dépend en partie du gaz importé de Russie pour réussir sa transition énergétique.

« La sécurité, que ce soit pour la continuité des approvisionnements, mais aussi pour que la facture du consommateur reste maîtrisée, ça prend beaucoup d'ampleur dans le débat. »

— Une citation de  Nicolas Mazzucchi, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique

Un virage qui ne fait pas l’unanimité

Si le nucléaire s’invite dans le discours de certains politiciens français, ce secteur énergétique continue d’alimenter des craintes et des critiques.

Solène Mesnager, élue écologiste des Pays de la Loire, la région qui comprend Cordemais, remet en question la sécurité énergétique offerte par le nucléaire, puisqu’il nécessite de l’uranium parfois importé de pays extrêmement instables, comme le Kazakhstan et le Niger, où des régimes autoritaires font la loi.

Une manifestation en faveur de la sortie du nucléaire organisée à Paris 10 ans après l'accident de Fukushima.

Une manifestation en faveur de la sortie du nucléaire organisée à Paris 10 ans après l'accident de Fukushima.

Photo : afp via getty images / THOMAS SAMSON

Selon la conseillère régionale, si les autorités françaises souhaitent véritablement entamer un virage vert, elles devraient prioriser le développement d’énergies renouvelables, plutôt que le renforcement de la filière nucléaire.

« Aujourd'hui, à l'époque où on a de l'électricité renouvelable à disposition et où on sait que c'est une technologie qui devient de moins en moins chère, je ne vois absolument pas l'intérêt stratégique de redévelopper du nucléaire. »

— Une citation de  Solène Mesnager, conseillère régionale écologiste

À Cordemais, certains travailleurs comme Gwénaël Plagne avaient justement proposé une solution de rechange verte pour donner une nouvelle vie à la centrale au charbon. Leur projet de combustible à base de déchets naturels ne s’est toutefois pas concrétisé jusqu’à présent.

L’idée d’une minicentrale nucléaire sera-t-elle celle qui sera privilégiée par les décideurs? Pourrait-on plutôt choisir d’y construire les réacteurs? Ces options pourraient-elles rencontrer un mouvement d’opposition?

Chose certaine, vu les besoins énergétiques, Gwénaël Plagne s’attend à ce que la discussion prenne de l’ampleur.

On voit bien que la situation énergétique, avec le prix qui augmente avec de plus en plus de difficultés, même pour l'hiver en France, avec un hiver qui s'annonce difficile pour l'approvisionnement électrique. Bien évidemment, c'est un sujet qui anime et qui est à regarder de près, lance-t-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !