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Loi 21 : Québec invite Trudeau à « s’occuper de ses affaires »

François Legault en point de presse.

François Legault « vit bien » avec la Loi sur la laïcité de l'État.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada

La réaffectation d’une enseignante portant le hijab en Outaouais continue de diviser la classe politique. Alors que Justin Trudeau constate que le débat entourant la Loi sur la laïcité de l'État « n'est plus un enjeu théorique », François Legault soutient que le Québec a pris une décision « démocratique » et accouché d'une loi « raisonnable ».

Et quand on adopte une loi, il faut la faire respecter, a déclaré le premier ministre du Québec lundi. La commission scolaire n'aurait pas dû embaucher cette personne-là, a-t-il répété, comme il l'avait fait la semaine dernière.

Moi, je vis bien avec le choix qu'on a fait, a poursuivi M. Legault. Comme la France l'a fait, comme d'autres pays l'ont fait. Le choix de la laïcité, de dire : il y a une séparation. Quand les personnes sont en autorité, elles ne peuvent pas porter de signes religieux. C'est le choix qu'on a fait au Québec, de façon très démocratique.

Le premier ministre rappelle que le projet de loi 21, devenu la Loi sur la laïcité de l'État, a été appuyé par deux partis, la CAQ et le Parti québécois, qui représentent plus que la moitié des Québécois et que les sondages montrent qu'il y a une majorité de Québécois qui sont d'accord.

Il s'agit, selon lui, d'une loi raisonnable. Le port de signes religieux, dans tout autre contexte, n'est pas interdit, a-t-il souligné, contrairement à la situation qui existe en France, où le port d'une tenue destinée à dissimuler son visage est interdit dans l'espace public.

Trudeau en désaccord profond

De son côté, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, répète qu'il n'est pas d'accord avec la Loi sur la laïcité de l'État. Mais il affirme ne pas vouloir fournir de munitions à son homologue québécois afin de ne pas lui donner l'excuse de blâmer le gouvernement fédéral pour son ingérence.

M. Trudeau a précisé sa pensée lors d'une conférence de presse lundi matin à Ottawa, où il annonçait une entente avec le Nouveau-Brunswick pour le financement des garderies de la province.

Je suis en désaccord profond avec [la loi 21], a-t-il réitéré. Je ne trouve pas que, dans une société libre et ouverte, quelqu'un devrait perdre sa job à cause de sa religion.

Et ce n'est plus un enjeu théorique, a-t-il ajouté en référence à la réaffectation révélée la semaine dernière de Fatemeh Anvari, enseignante de troisième année dans une école publique anglophone de Chelsea, en Outaouais.

Justin Trudeau en conférence de presse.

Justin Trudeau n'exclut pas, à terme, une intervention directe du gouvernement fédéral pour contester la loi québécoise sur la laïcité de l'État devant les tribunaux.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

La Loi sur la laïcité de l'État interdit, depuis 2019, que certains employés d'État en situation d'autorité affichent des signes religieux dans l'exercice de leurs fonctions. Cette loi, qui a une clause de droits acquis empêchant le renvoi de personnes déjà en poste, s'applique, entre autres, aux enseignants travaillant dans les écoles publiques, du primaire et du secondaire.

Elle est actuellement contestée devant les tribunaux par des opposants québécois, si bien qu'il serait prématuré, selon M. Trudeau, que le gouvernement fédéral intervienne.

« C'est important [...] de ne pas donner l'excuse d'une bataille entre Ottawa et Québec, mais de souligner que c'est des Québécois eux-mêmes qui sont en désaccord profond avec le fait que quelqu'un puisse perdre sa job à cause de sa religion. »

— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Déjà, la semaine dernière, le bureau du premier ministre avait soutenu que personne au Canada ne devrait perdre son emploi à cause de ce qu'il porte ou de ses croyances religieuses.

Respecter le choix des Québécois

24.60 : Loi 21 : un premier vrai test?

Mais selon le ministre responsable de la Laïcité au Québec, Simon Jolin-Barrette, Justin Trudeau devrait plutôt s'occuper de ses affaires.

En entrevue à l'émission 24|60, sur ICI RDI, M. Jolin-Barrette a invité le premier ministre à respecter le choix des Québécois et à arrêter de regarder les Québécois de haut. Il a rappelé que l'adoption de la Loi sur la laïcité de l'État était le fruit d'un long débat ayant culminé avec la commission Bouchard-Taylor, il y a presque 15 ans.

Le ministre écorche au passage la Commission scolaire Western Québec, qu'il soupçonne d'avoir agi de manière délibérée, alors que le projet de loi 21 a été adopté il y a plus de deux ans.

La Loi sur la laïcité de l'État a été partiellement invalidée par la Cour supérieure du Québec, qui a suspendu certains articles touchant les commissions scolaires anglophones et les élus de l'Assemblée nationale. Le gouvernement Legault a aussitôt fait savoir qu'il entendait porter la cause en appel.

Ottawa pourrait pour sa part attendre que le dossier se retrouve en Cour suprême avant d'intervenir, ce qui n'effraie pas le ministre Jolin-Barrette qui promet de déployer toutes les énergies nécessaires pour défendre la loi.

Le Bloc réclame le rapatriement de Bob Rae

D'autres voix se sont élevées dans les derniers jours pour déplorer ou défendre la réaffectation de Mme Anvari.

Dimanche, par exemple, l'ambassadeur du Canada aux Nations unies, Bob Rae, a écrit sur son compte Twitter que cette loi était profondément discriminatoire et qu'elle allait à l'encontre de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Cette sortie a d'ailleurs fait réagir le Bloc québécois, qui a réclamé par voie de communiqué lundi le rapatriement du principal intéressé afin qu'il puisse comparaître dans les plus brefs délais devant le Comité permanent des affaires étrangères.

Selon le parti d'Yves-François Blanchet, Bob Rae a enfreint le droit de réserve que ses fonctions exigent et il l’a fait dans l’intention manifeste de ternir la réputation du peuple québécois sur la scène internationale, ce qui est d’autant plus condamnable, puisque son rôle est plutôt d’y défendre et promouvoir le Québec.

« L’ambassadeur Bob Rae doit être rappelé et expliquer de quel droit et au nom de quel privilège il utilise la plateforme de l’ONU pour contester les choix démocratiques et légitimes de l’Assemblée nationale du Québec. »

— Une citation de  Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

La sortie de Bob Rae a également été décriée par le Parti québécois, qui a accusé l'ambassadeur de manquer de respect aux autres pays représentés aux Nations unies qui ont une vision de la laïcité similaire à celle du Québec, comme la France, l'Allemagne et la Belgique.

Est-ce qu’il va aller dire à [ces pays] qu’ils contreviennent supposément à la Déclaration universelle des droits de l’homme? Ou est-ce que par manque de courage, il va se contenter de vomir son mépris uniquement sur le Québec?, a demandé le porte-parole péquiste en matière de laïcité, Pascal Bérubé, par communiqué.

Avec les informations de La Presse canadienne

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