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Les centres de crise du Québec sont au bout du rouleau

Une femme assise à un bureau est en train de pianoter sur le clavier d'un ordinateur tout en regardant l'écran posé devant elle.

La pandémie a exacerbé l'exode d'employés des centres de crise vers le réseau de la santé publique, où les salaires sont plus élevés et les conditions de travail plus avantageuses.

Photo : Radio-Canada / Audrey Paris

Des organismes communautaires qui accueillent et redirigent les personnes en crise dans le domaine de la santé mentale peinent à retenir leurs intervenants. Le Regroupement des services d'intervention de crise du Québec (RESICQ) interpelle le gouvernement pour qu’il revoie à la hausse le financement des centres de crise en 2022.

Chez nous, on observe que les intervenants qui quittent vers le réseau public peuvent aller chercher 35 % de plus en salaire. Alors, on demande de l’aide pour au moins augmenter nos intervenants de 15 %, illustre Roxanne Thibeault, présidente du RESICQ.

Dans les 21 centres de crise du Québec, certains ont vu le nombre d'employés diminuer de moitié au cours des dernières années. Barbara Martin, du Centre de crise de Québec, confirme que c’est inquiétant.

Depuis des mois, c'est ce qu'on voit. Semaine après semaine, ils nous quittent. Ils sont tristes de partir, mais c'est pour de meilleures conditions. On ne peut pas prédire l'avenir, mais ce qu'on sait, c'est que s’il n’y a pas de changement au niveau du financement, ce sera difficile, soutient-elle.

À Québec, avec 52 intervenants, le Centre de crise n’a pas encore dû affronter des interruptions de service. Par contre, d’autres centres dans la province ne sont pas dans la même situation.

Il faut donner des congés à nos employés. Eux aussi, leur santé mentale est importante. Alors, pour certains centres, c’est impossible de remplacer les intervenants, par manque de main-d'œuvre. Il y en a qui pensent à fermer durant le temps des Fêtes, poursuit Roxanne Thibeault.

Un homme et une femme, tous deux masqués, discutent dans ce qui ressemble à une salle à manger commune. Deux grandes tables avec des nappes et des couverts se trouvent dans la pièce.

Claude Richard, ici au côté de Barbara Martin, responsable du Centre de crise de Québec, se souviendra longtemps de son passage dans cet établissement. Cela l'a aidé à vivre des jours meilleurs.

Photo : Radio-Canada / Audrey Paris

Sauver des vies

Dans les locaux du Centre de crise de Québec, Claude Richard tient à raconter son histoire.

Moi, ça m’a sauvé. Je ne sais pas où je serais. Mais je vais toujours me rappeler ce que l’intervenant a dit quand il m’a rencontré : "Monsieur, on vous lâchera plus jamais, on est là." Ça m’a fait du bien en partant, mentionne-t-il.

Cet homme séjourne au Centre de crise de Québec depuis la mi-octobre. Grâce à cette ressource, il n’a pas eu à se rendre à l’hôpital. Les intervenants du centre l'accompagnent dans sa transition, lui qui vivra bientôt dans une résidence privée pour aînés.

Ils m’ont même aidé à trouver des meubles. Et je vais rester en contact, c'est sûr. C’est vraiment de la chaleur humaine que j’ai trouvée ici, poursuit M. Richard.

Il suggère à quiconque qui en éprouverait le besoin de communiquer avec un centre de crise.

« Moi, maintenant, je sais que je ne dois pas rester isolé comme avant, il faut parler. »

— Une citation de  Claude Richard

Pour consulter la liste des 21 centres de crise du Québec et pour obtenir leurs coordonnées, c'est ici (Nouvelle fenêtre). Ces centres offrent des services d'aide téléphonique, de l'aide d'urgence en personne ainsi que de l'hébergement à court et à moyen terme.

Un plan d’action à venir

Le cabinet du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux a indiqué par écrit que le problème de rétention de la main-d'œuvre au RESICQ est connu et qu’un plan d’action interministériel en santé mentale sera présenté au début de l'année 2022 avec des sommes d’argent réservées pour les organismes communautaires.

Le député de Québec solidaire et porte-parole en matière de services sociaux, Sol Zanetti, estime que le gouvernement de la CAQ a beaucoup de rattrapage à faire sur le plan du financement en santé mentale.

Quand on compare avec l’austérité libérale, c’est facile pour la CAQ de bien paraître, mais quand on compare ce qu’ils investissent en fonction des besoins réels, ils ne sont pas encore au début d’un rattrapage, a affirmé le député de Jean-Lesage.

Le financement doit être récurrent pour permettre aux intervenants de ces centres d'avoir un salaire et des conditions susceptibles de favoriser leur rétention, a pour sa part écrit le député péquiste Joël Arsenault, porte-parole en matière de santé mentale.

Tant Québec solidaire que le Parti québécois estiment que le rôle des organismes communautaires comme les centres de crise est primordial puisqu’il diminue la pression sur la première ligne, notamment dans les hôpitaux psychiatriques.

Récemment, le député David Birnbaum, porte-parole en matière de santé mentale, a demandé qu'un plan d'action transpartisan soit élaboré afin d'aider les travailleurs du milieu de la santé à traiter les questions de santé mentale en temps de pandémie.

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