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Analyse

La session cha-cha-cha

Le premier ministre Legault applaudi par ses pairs au Salon bleu.

Malgré la pandémie, le premier ministre François Legault demeure populaire au Québec.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Un rythme endiablé et des faux pas, nombreux. Malgré l’omniprésence de la pandémie, la politique a définitivement repris ses droits. François Legault a prorogé la session, tenté de changer la conversation, mais la chorégraphie était engagée. Deux pas en avant sur la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé et puis un très grand pas en arrière.

Et comme danser à deux c’est mieux, c’est avec le ministre de la Santé, Christian Dubé, le nouvel homme fort du gouvernement, que le duo a courbé l’échine devant les blouses blanches. Il avait pourtant promis de mettre les médecins de famille au pas, de les punir s’ils ne prenaient pas plus de patients, et puis il s’est laissé convaincre de ne pas sortir le bâton.

Au Salon bleu, de gros mots ont souvent été prononcés, notamment sur la gestion de la pandémie dans les CHSLD. Pendant des semaines, le premier ministre, sur la ligne de feu, a répliqué, coup pour coup, aux accusations, souvent virulentes, des partis d'opposition.

Les trois étoiles de la session

Le ministre des Finances, Eric Girard, se révèle être une carte cachée : c’est le savant du gouvernement. Archi discipliné, on peut le trouver à son bureau six jours semaine dès 6 h, sans faute, pandémie ou pas.

Sa rigueur et sa transparence lui valent le respect tant de ses collègues que de ses adversaires. Le minibudget qu’il a présenté a presque fait l’unanimité. Pour François Legault, c’est un souci de moins, d'autant que, politiquement, quand l’économie va, tout va.

Le ministre Eric Girard présente aux médias son minibudget.

Le ministre Eric Girard a fait le point sur la situation économique et financière du Québec le 25 novembre dernier.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Sonia LeBel est une habituée du podium politique. Elle n’a raté aucune des tâches délicates qui ont atterri sur son bureau. C’est une machine, dit un collègue au Cabinet alors qu’elle a réussi à régler, sans loi spéciale, le conflit avec les employés des centres de la petite enfance. Une valeur sûre au gouvernement et, surtout, une authentique joueuse d’équipe.

Qui aurait pensé que le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, relèverait le défi de la politique? C’est un travailleur tranquille qui ne carbure pas aux feux de la rampe. Il a livré une réforme majeure de la DPJ. Ce qui lui a valu devant les membres du Conseil des ministres (sûrement un peu jaloux) les félicitations sincères du premier ministre, qui a souligné qu’un neurologue pédiatrique avait sa place au gouvernement.

Les performants

La vice-première ministre Geneviève Guilbault roule à un train d’enfer. Elle est de toutes les tribunes. Son annonce sur le bracelet antirapprochement pour contrer la violence conjugale est un véritable tour de force. C’est une ministre hyper comme dans hyper douée, hyper productive, et hyper instagrammable.

Mais, face à ses adversaires, à qui elle répond souvent les mains dans les poches, elle peut aussi être hyper partisane, voire hyper baveuse.

La ministre Guilbault en point de presse.

Geneviève Guilbault cumule les fonctions de vice-première ministre, ministre de la Sécurité publique, ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale et, depuis peu, ministre des Relations internationales et de la Francophonie suppléante.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le ministre Pierre Fitzgibbon a réintégré le Cabinet à l’automne tel l’enfant prodigue de l’économie. S’il est craint par une frange du milieu des affaires, l’homme des « gros deals » est surtout respecté pour son efficacité à faire avancer les dossiers.

Mais la politique ne l’intéresse pas vraiment. Les réunions du Conseil des ministres ou du caucus l'ennuient, et le dernier rapport de la vérificatrice générale confirme que les règles d’éthique lui passent dix pieds par-dessus la tête. Ses réponses à ses adversaires, et aussi aux journalistes, ont souvent un petit quelque chose de « pauvre-vous-qui-ne-comprenez-tellement-rien ».

Simon Jolin-Barrette est très préoccupé par son menu législatif. Le ministre de la Justice et leader parlementaire a déposé beaucoup de projets de loi. Il est un peu comme le cheval de course Secrétariat, dit un de ses proches conseillers. C’est un pur-sang qui veut gagner à tout prix. Le danger est de tourner les coins ronds et de manquer de souplesse.

Il a imposé un changement de culture par la création du tribunal spécialisé pour les victimes de violence conjugale ou sexuelle, mais sa propension à se chicaner avec ses vis-à-vis commence à entacher sérieusement sa réputation.

Simon Jolin-Barrette en commission parlementaire.

Le ministre Simon Jolin-Barrette s'est illustré cette année en faisant adopter la loi instituant un tribunal spécialisé pour les victimes de violence conjugale ou sexuelle.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a fait rire plusieurs commentateurs en déclarant que le 3e lien serait carboneutre. Mais c’est un ministre résilient qui n’a certainement pas dit son dernier mot pour vendre ce projet honni. C’est un bon collègue, agréable. Il n’a donc aucune difficulté à recruter dans son cabinet parmi les meilleurs conseillers (spineux) du gouvernement. Ça pourra être utile pour la suite des choses.

Ouvrons ici une parenthèse :

  1. Qu'est-ce qu’un spineux? C’est un attaché politique qui a la mission de convaincre les journalistes que la politique proposée est la meilleure invention depuis le pain tranché.
  2. Qui sont les meilleurs spineux du gouvernement? Ewan Sauves, Jean-François Top Gun Del Torchio, Antonine Yaccarini et Alexandre Lahaie.

Ceux qui veulent monter

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a récupéré, avec fierté, le portefeuille de l’Immigration. Ce gentleman, qui tutoie tout le monde, aime beaucoup se voir en haut de l’affiche. Son fait d’armes est d’avoir, à la sueur de son front et dans la douleur, réussi à adopter la réforme du régime de santé et de sécurité au travail. Mais là ne s’arrête pas son ambition. Il a déjà laissé entendre qu’il ne dirait pas non au ministère de l’Éducation.

La ministre du Tourisme, Caroline Proulx, a donné une tournure économique à ce ministère qui, depuis trop longtemps, a servi de tablette pour y installer les ministres en fin de carrière. Elle est peut-être en train d’en faire son tremplin.

Le plus jeune ministre du gouvernement, Mathieu Lacombe, est un communicateur hors pair. C’est lui qui a convaincu le caucus et le premier ministre de prioriser le rattrapage salarial des éducatrices en garderie. Il doit maintenant compléter le réseau s’il veut accéder au rang des étoilés.

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, n’a pas un dossier facile, mais il l’a pris à bras-le-corps. Il a réussi à établir un lien de confiance avec les Premières Nations, ce qui n’est pas peu dire. Il pourrait être difficile à remplacer et donc victime de son succès.

Les cas particuliers

La session a été plus calme pour le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui a présenté avec succès le nouveau cours de culture et citoyenneté québécoise. Le ministre, que plusieurs qualifient de solitaire, s’est effacé cet automne. Il donne l’impression d’être en sursis.

Nathalie Roy a eu beaucoup de mal à défendre la vente de la maison patrimoniale Chevalier à des intérêts privés alors que des solutions publiques étaient possibles. Sa hantise des médias la prive d’occasions de défendre ses décisions.

Isabelle Charest, ministre déléguée aux Sports et responsable de la Condition féminine, se fait constamment chiper ses dossiers par d’autres ministres et ça ne semble pas la contrarier. Elle est bien installée dans le rôle du second violon.

Pour ce qui est de la ministre responsable de la Métropole, on se demande encore où est, et qui est, Chantal Rouleau.

Les partis d’opposition

L’étoile de l’opposition revient à Dominique Anglade. Quiconque a suivi la politique sait que les couteaux ont volé de tout bord, de tout côté au Parti libéral (PLQ).

Ils sont venus de l’establishment même de son parti, de son caucus, qui est une véritable passoire à gros trous, du personnel politique et, bien sûr, de ses adversaires. La pression a été énorme. Malgré tout, elle a assumé son leadership en réprimandant certains députés et en récoltant les appuis nécessaires au virage abrupt, très à gauche, qu’elle fait prendre à son parti. La cheffe libérale a réussi à passer au travers du congrès de son parti, elle est bien en selle pour l’élection de 2022.

Dominique Anglade aux côtés de son leader parlementaire, André Fortin.

Dominique Anglade a été couronnée cheffe du PLQ en mai 2020, soit quelques mois après le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Québec solidaire (QS) surveille de près ce que fait le PLQ, qui joue dans ses platebandes. Le parti a même déclenché le « projet photocopie » pour documenter non seulement les propositions libérales pigées à même le programme de QS, mais aussi les déclarations de députés libéraux qui seraient littéralement une copie des lignes solidaires.

L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois dans le siège du chef a relevé les débats à l’Assemblée nationale. C’est un excellent tribun qui prend, visiblement, plaisir à la joute parlementaire. Ses échanges colorés et caustiques avec François Legault ont tout pour augmenter les cotes d’écoute de la période des questions.

Une mention spéciale, aussi, au porte-parole en santé, Vincent Marissal, qui se révèle une véritable « machine à clips ».

Gabriel Nadeau-Dubois en point de presse aux côtés de Manon Massé.

Gabriel Nadeau-Dubois en était cet automne à sa première session comme chef parlementaire de Québec solidaire.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le Parti québécois (PQ) termine la session en meilleure position qu’il ne l’a commencée, mais on ne parle pas ici des intentions de vote. C’est plutôt la déclaration du député Pascal Bérubé qui a dit qu’il se représenterait à l’élection de 2022 qui lui garantit au moins un siège. Et puis, l’entrée en scène du charismatique Alexis Deschênes dans la circonscription de Bonaventure est porteuse d’espoir pour le PQ.

Voilà qui apporte un peu de lumière à l’issue d’une session péquiste plutôt terne. D’abord, le chef parlementaire Joël Arsenault, surnommé le curé, est passablement nerveux lorsqu’il se lève au Salon bleu, mais d’autres ont brillé par leur absence. C’est le cas de la pittoresque députée Lorraine Richard, qui réussit à voler la vedette dès qu’elle prend la parole. Dommage, elle n’a pas daigné se pointer très souvent à Québec cet automne.

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