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Des archéologues mettent au jour les restes d’un banquet historique à Sorel-Tracy

Plus de 80 assiettes, bouteilles de vin et plats de service ont été retrouvés au fond d'anciennes latrines près de la Maison des gouverneurs à Sorel-Tracy. Cet étalage aurait servi lors d'un somptueux banquet destiné à un jeune prince britannique en visite dans la région en septembre 1787. William Henry deviendra plus tard le roi Guillaume IV de Grande-Bretagne.

Des assiettes sur une table.

Des artefacts sont fissurés, mais complets. On trouve plusieurs pièces de « Creamware », une céramique en vogue dans les années 1780.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

L'archéologue Yves Chrétien avait repéré le site historique en 2017, lors d'un inventaire fait avant des travaux d'aménagement paysager prévus autour de la Maison des gouverneurs datant de 1781. L'un des 40 points de sondage sur le terrain était prometteur.

Yves Chrétien derrière des plaques commémoratives.

Le hasard a fait en sorte que le site des anciennes latrines se trouve près d'une plaque rappelant au public l'histoire de la visite du prince William Henry.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

« Je savais qu'il y avait là un paquet d'objets datant du XVIIIe siècle. Pour moi, le potentiel d'un trésor archéologique se trouvait là. Rendu à 1 mètre 35 [de profondeur], j'arrive dans une masse de matériel, ça n'avait aucun sens. Tout était mélangé : la poterie, le verre, les ossements d'animaux, les coquilles d'huîtres. »

— Une citation de  Yves Chrétien

Les archéologues savent qu'il n'est pas rare de trouver des fragments de poterie, des ossements et autres déchets dans les latrines, mais ces dernières trouvailles sont inusitées, étant donné la quantité d'objets jetés en même temps.

Un homme au fond d'une fosse.

Une photo des fouilles menées par un collègue d'Yves Chrétien.

Photo : Yves Chrétien

Dans les couches situées au-dessus des résidus du banquet, Yves Chrétien avait constaté l'étagement habituel des latrines. Dans l'usage domestique normal, on fait ce qu'on à faire, on jette quelques déchets, on met du sol pour couvrir les odeurs et, ensuite, ce que les archéologues retrouvent en creusant, c'est un genre de mille-feuilles, explique l'homme qui fait des fouilles depuis plus de 30 ans au Québec. Il ne doute pas que le contenu de cette fosse soit associé à un événement hors du commun.

Les ossements de volailles et autres, de même que les pépins de fruits et les coquilles d'huîtres laissent supposer un menu très élaboré pour des convives importants. Un banquet digne d'un prince.

Une hypothèse à confirmer

Le rapport des fouilles a été remis au ministère de la Culture comme il se doit. Les pièces, qui ont été sommairement assemblées pour être montrées d’abord aux citoyens de Sorel, seront restaurées, mais il faudra faire des recherches historiques approfondies pour confirmer que les artefacts sont bien associés à la visite de William Henry.

En examinant les indices, comme le type de clous retrouvés, Yves Chrétien a réduit à quatre années la fourchette de temps. Si on regarde dans la période de 1786 à 1790, y a-t-il un événement marquant qui s'est déroulé ici? Et la réponse est oui. C'est la visite du prince William Henry le 18 septembre 1787, conclut Yves Chrétien.

Des citoyens observent les trouvailles des archéologues.

Pour répondre à la curiosité des citoyens qui avaient remarqué les fouilles archéologiques l’été dernier, une présentation a eu lieu à la Maison des gouverneurs.

Photo : Radio-Canada / Anne-Louise Despatie

Il faut mettre de la viande autour de l'os, comme on dit. Quand on aura toute l'information en main, il y aura de quoi faire une exposition qui pourra témoigner de cette histoire, dit Yves Chrétien, qui rêve même d’un film racontant la visite du prince anglais. La découverte archéologique plante le décor de cette escale inscrite dans l’histoire de Sorel.

Après la visite du prince, la ville a porté le nom de William Henry jusqu’en 1860. Encore aujourd’hui, les noms de ses parcs et de ses rues évoquent un certain attachement à la famille royale britannique. Le prince avait 22 ans en 1787 et a été surnommé plus tard le Sailor King. Au moment où il se trouve à Sorel, la ville est une garnison stratégique au confluent du Richelieu et du Saint-Laurent, alors que la guerre d’indépendance américaine vient de prendre fin.

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