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Des Congolais veulent que leur pays sévisse contre Paul Mukendi

Plan moyen de Mukendi, vêtu de blanc.

Paul Mukendi a fui la justice canadienne depuis bientôt quatre mois.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

Paul Mukendi, qui a trouvé refuge en République démocratique du Congo (RDC) il y a presque quatre mois, doit être arrêté sur sa terre natale. C’est ce que réclament des citoyens congolais dans une pétition, qui enjoignent à leur ministre de la Justice de mettre « hors d’état de nuire » ce « scélérat » qui vient d’être déclaré coupable d’une deuxième agression sexuelle au Québec.

Nous rédigeons cette pétition pour que M. Paul Mukendi Wa Bukole soit définitivement arrêté et déféré devant les autorités compétentes de notre justice, et qu'il réponde de ces accusations dans le respect de ses droits fondamentaux, peut-on lire dans le document disponible sur Internet.

Radio-Canada s’est entretenue avec l’instigateur de cette pétition, Maotela Mbele Kamangu. Cet homme congolais, père de cinq enfants dont quatre filles, dit s’inquiéter qu’un criminel puisse vivre librement et impunément dans son pays d’origine.

« J'ai extrêmement peur pour mes quatre filles. Comment mes filles vont rester dans une société dans laquelle les [...] auteurs de violences envers les femmes ne sont pas punis? »

— Une citation de  Maotela Mbele Kamangu, instigateur de la pétition

La pétition de M. Kamangu a été mise en ligne il y a quelques semaines et ne récolte l’appui que de 78 personnes, pour l’instant. M. Kamangu n’entend pas s’arrêter là.

La ministre via son compte Twitter ne m'a pas officiellement répondu, mais Dieu merci, il y a plusieurs Congolais qui m'ont contacté, assure-t-il, dont des personnes compétentes sur le plan du droit.

Possible de condamner Mukendi en RDC?

M. Kamangu indique qu’en vertu du Code pénal de la RDC, Paul Mukendi pourrait être arrêté et traduit devant la justice congolaise, même si ses crimes ont été commis au Canada.

Vérification faite, c’est bel et bien ce qui est inscrit à l’article 3 du Code pénal, qui se lit comme suit :

Toute personne qui, hors du territoire de la République démocratique du Congo, s'est rendue coupable d'une infraction pour laquelle la loi congolaise prévoit une peine de servitude pénale de plus de deux mois, peut être poursuivie et jugée en République démocratique du Congo, sauf application des dispositions légales sur l'extradition.

– Extrait du Code pénal de la RDC

Il pourrait donc s’agir d’une autre voie puisque le Canada et la RDC ne sont pas liés par un traité d’extradition. Cela complique les procédures pour ramener Paul Mukendi en sol canadien afin qu’il purge ses peines de prison qui totalisent maintenant 10 ans.

Toutefois, la question se pose quant à savoir si Paul Mukendi pourrait réellement être jugé en RDC, alors qu'il a déjà été reconnu coupable de ses crimes au Canada.

Le pasteur évangélique a d’abord été condamné à huit ans de prison, en 2019, pour une agression commise sur une mineure. Il a tenté de porter sa cause en appel, mais sa demande a été rejetée le 16 août 2021.

Alors qu’il avait promis de se présenter en prison le 20 août, il a plutôt pris un avion à Toronto le 18 août afin de fuir le pays, sans que les autorités canadiennes s’en aperçoivent.

Au moment de s'esquiver, Paul Mukendi savait qu’il devrait subir un autre procès pour une autre affaire d’agression sexuelle. Le procès s’est conclu cette semaine, en son absence, avec un verdict de culpabilité et une peine de deux ans de prison.

L’image de la RDC

M. Kamangu affirme que dénoncer est son devoir civique. Ce n’est pas une situation spécifique liée à M. Paul Mukendi, dit-il, mais c'est une situation systémique dans notre société. Nous devons dénoncer les crimes dans notre société parce que ces crimes sont impunis.

« Nous sommes dans une société où l'impunité est systémique. Donc il est temps, un moment donné, de pouvoir s'arrêter, et puis interroger la responsabilité des autorités congolaises pour que les criminels soient déférés devant les cours et les tribunaux. »

— Une citation de  Maotela Mbele Kamangu, instigateur de la pétition

Si la RDC devient un refuge pour les criminels, l’image du pays se ternira davantage, croit M. Kamangu. Notre société en souffre actuellement parce qu'il y a des cas de violences sexuelles qui sont répertoriés dans plusieurs rapports d'ONG, comme des rapports officiels.

Radio-Canada a tenté d’obtenir une réaction du gouvernement congolais, sans succès. Nous avons aussi contacté l’attachée de presse du pasteur, Marie-Ève Lepage, qui n’avait pas donné suite au moment d’écrire ces lignes.

Dans ses récentes apparitions par vidéo, sur Internet, Paul Mukendi a continué à clamer son innocence par rapport aux crimes dont il a été reconnu coupable. Il maintient qu'il est victime d'un complot orchestré par des homosexuels.

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