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Archives

Claire Kirkland-Casgrain, la femme des premières

Wilfrid Lemoine et Claire Kirkland-Casgrain discutent, assis côte à côte.

Le journaliste Wilfrid Lemoine en entrevue avec la candidate libérale Claire Kirkland-Casgrain, réélue dans la circonscription de Jacques-Cartier en 1962.

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Radio-Canada

Il y a 60 ans, le 14 décembre 1961, Claire Kirkland-Casgrain devenait la première femme à être élue députée à l’Assemblée nationale du Québec. Retour en archives sur cette page d’histoire pour le droit des femmes.

En 1961, lorsque Claire Kirkland-Casgrain devient députée à l’Assemblée nationale, il y a déjà vingt ans que les femmes ont le droit de vote dans la province.

Avocate âgée de 37 ans et mère de trois enfants, Claire Kirkland-Casgrain ne se destine pas nécessairement à la politique active. Lors de précédentes campagnes électorales, elle a tout de même épaulé son père, député libéral dans la circonscription montréalaise de Jacques-Cartier de 1939 à 1961.

Au décès de Charles-Aimé Kirkland, la circonscription de Jacques-Cartier est laissée vacante. Claire Kirkland-Casgrain succède ainsi à son père le 14 décembre 1961, lors d’une élection partielle, marquant une première dans l’histoire politique et sociale du Québec.

Claire Kirkland-Casgrain, députée

L'année 1961 au Québec, 2 janvier 1962

Comme nous le montre cet extrait daté du 2 janvier 1962, l’événement est souligné dans la revue L'année 1961 au Québec.

Vous ne sauriez croire combien, comme chef du Parti libéral, un parti progressiste, je suis fier de compter parmi les députés la première femme députée à l'Assemblée législative de la province de Québec, déclare le premier ministre Jean Lesage.

Un an plus tard, le chef du Parti libéral du Québec déclenche des élections générales sur le thème de la nationalisation de l’électricité afin d’aller chercher une plus forte majorité.

Le Parti libéral du Québec gagne son pari, tout comme Claire Kirkland-Casgrain, qui est aisément réélue. La députée de Jacques-Cartier obtient en fait 50 000 voix de majorité dans sa circonscription, un écart de votes qui ne s’était jamais vu pour un élu au Québec.

Devant cette confiance des électeurs, le premier ministre Jean Lesage la nomme ministre d’État, marquant une autre première dans l’histoire du Québec.

Claire Kirkland-Casgrain, ministre

Actualités féminines, 26 février 1963

On me prend plus au sérieux, soutient Claire Kirkland-Casgrain dans cette entrevue aux Actualités féminines du 26 février 1963.

La journaliste Louise Decelles recueille ses impressions un mois et demi après sa nomination comme ministre, un travail qu’elle trouve très intéressant.

La correspondance de Claire Kirkland-Casgrain est désormais beaucoup plus volumineuse, tout comme sa charge de travail et les invitations à prononcer des discours et conférences.

Claire Kirkland-Casgrain représente le deuxième plus grand comté du Québec, mais elle reçoit aussi des lettres des quatre coins de la province, notamment de femmes qui fondent beaucoup d’espoir en elle.

La ministre d’État et députée de Jacques-Cartier revient sur son entrée en politique, un concours de circonstances qui a été soutenu et encouragé par sa famille et son mari, également avocat.

Un mari intelligent, large d’esprit et compréhensif qui n’est pas frustré d’être ainsi dépassé, comme le laisse entendre l’intervieweuse. Nous ne sommes pas en compétition l'un avec l’autre, souligne Claire Kirkland-Casgrain.

Quant à leurs trois enfants, ils ont une idée de ce que fait leur mère pour avoir vu sa photographie sur des affiches électorales, tout comme celle de leur grand-père auparavant.

« J’ai toujours adoré la politique. Je me suis toujours intéressée à la politique. Aux États-Unis, en Europe, partout ça m’intéressait. »

— Une citation de  Claire Kirkland-Casgrain

Le renouveau politique m'enthousiasme, déclare celle qui fait partie de l’équipe du tonnerre de Jean Lesage. Son dossier prioritaire comme élue à Québec : le statut juridique de la femme mariée.

Nous, les femmes mariées, nous sommes des citoyennes de deuxième classe dans la province de Québec, explique Claire Kirkland-Casgrain dans cette entrevue. Nous n'avons pas le droit de faire une foule de choses sans l'autorisation du mari.

Actualités féminines, 19 février 1964

C’est finalement au début de l’année 1964 qu’est adoptée la loi 16, mettant un terme à une situation archaïque, annonce l’animateur Jean-Paul Nolet aux Actualités féminines du 19 février 1964.

Le Québec est la dernière province à reconnaître la pleine capacité juridique de la femme mariée, auparavant considérée comme une personne mineure.

Marraine du projet de loi, Claire Kirkland-Casgrain énumère quelques droits dont les Québécoises pourront dorénavant se prévaloir, comme signer un contrat, intenter des procédures ou simplement obtenir un permis de marchand.

La nouvelle loi donne aux femmes mariées la possibilité « d’agir sans l’autorisation de leur mari », résume la ministre. Elle constitue une première étape vers la réforme du régime matrimonial au Québec.

Successivement ministre des Transports et des Communications, ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche et ministre des Affaires culturelles, Claire Kirkland-Casgrain aura l’occasion de présenter bien d’autres projets de loi marquants au cours de sa carrière politique.

On lui doit notamment la création de l’Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec et du Conseil du statut de la femme, la Loi sur les biens culturels et la mise sur pied des premières réserves fauniques du Québec ouvertes à l’ensemble de la population.

Claire Kirkland-Casgrain, modèle

Claire Kirkland-Casgrain marchant au centre d'un large groupe d'hommes, dont Jean Drapeau.

Claire Kirkland-Casgrain entourée d'hommes politiques, dont Jean Drapeau.

Photo : Parti libéral du Québec

Durant ses douze années dans les cabinets des premiers ministres Jean Lesage et Robert Bourassa, Claire Kirkland-Casgrain est la seule femme qui siège à l’Assemblée nationale.

Son action et ses réalisations ouvriront néanmoins la voie aux femmes qui aspirent à une carrière dans ce domaine.

En 1973, lorsqu’elle quitte la politique, elle est nommée juge à la Cour provinciale, une autre première pour une femme au Québec. Elle poursuit également en parallèle son engagement pour les droits des femmes.

Femme d'aujourd'hui, 21 mars 1978

Dans cette entrevue à l’émission Femme d’aujourd’hui du 21 mars 1978, Claire Kirkland-Casgrain revient avec un peu de recul sur ses débuts en politique dans les années 60.

J'étais un peu considérée comme un objet de curiosité, confie-t-elle à l’animatrice Rachel Verdon. Les gens étaient notamment avides de voir ce qu’elle voulait communiquer, ce qu’elle pensait, mais aussi comment elle allait s’habiller.

L’obligation ou non de porter un chapeau comme députée femme dans l’enceinte de l’Assemblée nationale d’ailleurs fait l’objet de tout un débat abondamment alimenté par la presse!

Le temps passant, j'ai senti que les électeurs me faisaient de plus en plus confiance et le travail est devenu vraiment débordant, exprime l’ex-politicienne en soulignant qu’une femme devait à l’époque mettre les bouchées doubles au travail pour se démarquer d’un adversaire masculin.

J'ai toujours été très fière d'être femme et j'espère qu'il y a moyen de se distinguer de l'autre sexe tout en gardant les facultés que nous avons, conclut Claire Kirkland-Casgrain en 1978.

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