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De mal en pis pour le caribou de la Gaspésie

Un caribou dessiné sur la pierre dans le parc de la Gaspésie.

Le caribou est emblématique du parc de la Gaspésie. Estimé à 200 têtes en 2006, le caribou poursuit un déclin qui semble inexorable. Il s’agit du seul troupeau encore établi au sud du 49e parallèle.

Photo : Radio-Canada / Bruno Lelièvre

Selon l’inventaire du ministère de la Faune réalisé à l’automne 2020, le ministère estime le nombre de caribous entre 32 et 36 dans l’ensemble du massif des Chic-Chocs.

C’est encore un peu moins que lors du dernier inventaire réalisé à l’automne 2019. Les observations dénombraient alors entre 38 et 42 caribous. C'est presque la moitié moins qu'en 2018. Le troupeau de caribous comptait alors un peu plus de 70 bêtes

Comme lors des récents inventaires, les biologistes notent que cette très petite population s’est scindée en trois sous-groupes, ce qui complexifie le renouvellement du cheptel.

Selon les auteurs du dernier rapport sur la population de caribous, ces groupes qui fréquentent les monts McGerrigle, Albert et Logan communiquent peu entre eux. Leur petite taille et leur faible taux de recrutement contribuent au déclin.

Un troupeau dispersé

L'évaluation du cheptel s’effectue en partie sur la base d’observations durant la période du rut, au début d'octobre. La superficie survolée en 2020 était de 246 km2. Au total, 19 caribous ont été vus dans le secteur McGerrigle ainsi que 10 dans celui du mont Albert. Aucune bête n’a été repérée dans le secteur du mont Logan, dans la réserve Matane.

Le mont Albert, dans le parc de la Gaspésie

Un des trois sous-groupes de la harde fréquente le mont Albert, dans le parc de la Gaspésie. (archives)

Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares

Quarante-cinq pièges photographiques ont été déployés aléatoirement dans une zone de 44 km2 dans le secteur Logan durant 99 jours de juillet à la mi-octobre 2020. Six caribous ont pu être observés. Les biologistes jugent que c’est insuffisant pour estimer correctement la population de ce secteur et les tendances démographiques.

Le rapport indique que les détections demeurent très difficiles dans la réserve, peu importe les techniques employées.

Les spécialistes soupçonnent que le groupe pourrait être plus dispersé et hors des zones généralement inventoriées. Ils recommandent d’ailleurs d’élargir le périmètre d’inventaire, d’allonger la période d’observation et d’augmenter le nombre de pièges photographiques.

De plus, les auteurs préconisent une reprise des inventaires aériens hivernaux dans les prochaines années, et ce, notamment dans le secteur Logan.

Protection de l'habitat

La publication de ces nouvelles données sur l’état du troupeau n’est pas sans faire réagir les groupes de défense de l’environnement.

Nature Québec dénonce l’inaction du gouvernement qui nuit particulièrement aux populations de Charlevoix et de la Gaspésie qui se trouvent présentement sur le seuil de l’extinction. Le temps n’est plus aux demi-mesures, estime l’organisation.

Le groupe demande un moratoire sur les coupes forestières dans l’habitat essentiel des populations dont l’état est le plus critique en attendant le dépôt de la Stratégie pour les caribous forestiers et montagnards.

Un caribou montagnard au mont Albert, dans le parc national de la Gaspésie.

Un caribou montagnard au mont Albert, dans le parc national de la Gaspésie

Photo : Radio-Canada / William Bastille-Denis

En Gaspésie, le plan du ministère pour préserver la population est de mettre temporairement en enclos les femelles gestantes. C’est cette mesure qui a été choisie en attendant les mesures permanentes qui devraient être incluses dans la stratégie du ministère.

L’initiative peut être un succès à la condition que cela s’accompagne de mesures de restauration de l’habitat naturel, croit Martin-Hugues Saint-Laurent, biologiste à l’Université du Québec à Rimouski.

Pour le spécialiste, la mise en enclos demeure par contre une mesure extrême qui doit être accompagnée d'autres moyens. Comprenez-moi bien, il ne faut pas que cela devienne une manière de donner l’impression qu’on fait quelque chose tandis qu’on maintient le statu quo du rajeunissement de la matrice forestière en Gaspésie.

La clé de la survie passe par la préservation des plus vieilles forêts du parc et de ses alentours, répète Martin-Hugues Saint-Laurent depuis plusieurs années déjà.

C’est dans ces vieilles forêts, où il s’alimente, que le caribou est le plus efficace pour résister aux prédateurs, observe le chercheur de l’UQAR.

Au cours des dernières années, l’industrie a coupé 50 % des forêts anciennes autour du parc, un secteur névralgique pour l’habitat du caribou.

La mise en enclos

Deux enclos sont donc en construction dans les Chic-Chocs. Contrairement aux enclos de l'Abitibi ou de Charlevoix, il est prévu que les mères et leurs jeunes caribous soient relâchés à la fin de l’été, à une période où les faons seront rendus suffisamment grands pour avoir un taux de survie plus élevé.

Mathieu Morin, biologiste à la gestion de la faune, assure que toutes les ressources et l’expertise sont en place pour réduire les risques ainsi que le stress des animaux lors de la capture.

Il explique que l’expérience de Val-d’Or démontre que les caribous s’adaptent bien à cette vie en enclos.

L’espace clôturé, d’environ 15 hectares, est suffisamment grand, selon le biologiste du ministère, pour que les caribous puissent vaquer sans difficulté à leurs occupations.

Des sous-enclos seront aménagés en fonction des besoins. Des espaces de 0,15 hectare seront par exemple destinés à l’alimentation. D’autres serviront à isoler des animaux.

Tant et aussi longtemps qu’on va garder des individus en enclos, c’est bien, commente Martin-Hugues Saint-Laurent.

La libération pourrait être un écueil. Quand on les libère, ils sont plus naïfs. Ce ne sont pas des individus qui ont grandi dans des conditions où ils devaient apprendre tous les jours à éviter la prédation.

Un coyote dans un boisé.

Le coyote et l'ours noir profitent des passages créés par l'homme pour se hisser sur les sommets fréquentés par les caribous. (archives)

Photo : Mark Lagace

À court terme, pour que le troupeau survive, le ministère devra donc, selon lui, intensifier les opérations de contrôle des prédateurs comme l’ours ou le coyote et revitaliser les secteurs perturbés par l’occupation humaine comme les chemins forestiers et les sentiers pédestres.

« Si on les lance dans une mer de prédateurs, on va juste fournir à ces prédateurs des steaks un peu plus gros. »

— Une citation de  Martin-Hugues Saint-Laurent, biologiste à l'Université du Québec à Rimouski

La première partie des travaux de construction devrait se terminer le 15 décembre. L’aménagement a pris un peu de retard et devra être achevé au printemps. Ils hébergeront leurs premières bêtes à l’hiver, soit durant la période où la vulnérabilité des faons à la prédation est la plus élevée.

Avec la collaboration de Bruno Lelièvre

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