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« En train d’échouer », la Colombie-Britannique fracasse ses records de surdoses

Les « concentrations extrêmes » de fentanyl retrouvées dans les substances illicites ont explosé au cours des derniers mois.

Un homme dans l'ombre d'un arbre du quartier Downtown Eastside, à Vancouver.

Les régions les plus touchées sont le Grand Vancouver et Victoria.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

La Colombie-Britannique surpasse tous ses records de surdoses mortelles en annonçant la mort de 201 personnes au mois d’octobre, ce qui représente plus de 6 morts par jour, en moyenne. Les mesures pour endiguer la crise des surdoses en Colombie-Britannique ne fonctionnent visiblement pas.

Mois après mois, la coroner en chef de la province, Lisa Lapointe, annonce le nombre de personnes qui ont succombé à des substances illicites. Mois après mois, ce nombre augmente.

Nous somme en train d'échouer , admet-elle. Nous sommes dans cet état d’urgence depuis cinq ans et chaque année, il y a davantage de morts, de deuil et de familles dévastées.

« Le statut quo n’est plus acceptable. »

— Une citation de  Lisa Lapointe, coroner en chef de la Colombie-Britannique
Les ambulanciers tentent de sauver une victime de surdose.

Les ambulanciers tentent de sauver une victime de surdose au centre-ville de Vancouver, le mercredi 23 juin 2021.

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Une mobilisation qui se fait attendre

Entre janvier et octobre, le dernier mois recensé par le Bureau du coroner, le bilan s’élève à 1782, soit déjà plus que pour l’ensemble de l’année précédente. Les surdoses représentent la principale cause de décès chez les 19 à 39 ans.

À la base de cette épidémie, il y a la stigmatisation d'une partie de la population, déplore la Dre Marie-Ève Goyer, professeure à l’Université de Montréal et directrice scientifique de l’équipe de soutien en dépendance et itinérance. On n’est pas tous égaux devant la maladie

Vous voyez comment on a été rapide avec la COVID [...], on s’est restructuré, réorganisé, en quelques mois on a fait tout ce qu’il fallait et on a réussi de grandes avancées. Quand on se mobilise, ça fonctionne.

Difficile de comprendre pourquoi cette crise n’est pas traitée avec « toute la mobilisation que nous avons vue lors d’autres urgences sanitaires », reconnaît Lisa Lapointe. 

« Je vais être honnête : c’est très frustrant, ajoute-t-elle. C’est très difficile pour les premiers répondants, les gens qui affrontent cette crise chaque jour. »

De l'héroine pharmaceutique.

De nombreux experts plaident pour un approvisionnement en drogues sécuritaires.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Nous nageons à contre-courant , dit le gouvernement

Nous faisons tout en notre pouvoir pour renverser la situation , assure pour sa part la ministre responsable des Dépendances et de la Santé mentale de la Colombie-Britannique, Sheila Malcolmson.

En réponse au rapport de la coroner, elle a tenu à défendre le bilan du gouvernement. Nous nous battons sur de multiples fronts pour sauver des vies et aider les gens à accéder aux services dont ils ont besoin.

La Colombie-Britannique est la première province à avoir prescrit des drogues sécuritaires, fait-elle valoir. Nous travaillons à élargir le programme de prescription en offrant des opioïdes, notamment des timbres de fentanyl. Nous augmentons également le nombre de points d’accès, explique la ministre. 

Elle soutient que le nombre de lits dans les centres de traitement pour les dépendances augmente en vertu d’un investissement historique

La province est la première à avoir demandé une exemption à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances pour permettre la possession de petites quantités de substances illégales sur son territoire.

Pour autant, la province nage à contre-courant devant une vague de besoins grandissants, reconnaît-elle.

Un homme tient une affiche sur laquelle on lit : « Réveillez-vous, nous mourrons », en anglais.

Un homme tient une affiche sur laquelle on lit : « Réveillez-vous, nous mourrons », en anglais, lors d'une manifestation visant à attirer l'attention du public sur la crise des surdoses à Vancouver, en février 2017.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Les concentrations « extrêmes » de fentanyl explosent

Le fentanyl est détecté dans près de 85 % des décès liés à la consommation de substances illicites.

Tendance inquiétante, les « concentrations extrêmes » de cette substance synthétique jusqu’à 40 fois plus puissante que l'héroïne ont explosé au cours des derniers mois. 

En juillet, dans 10 % des cas de morts par surdose, on retrouvait une concentration de fentanyl dépassant 50 microgrammes par litre. En octobre, ce chiffre est passé à 25 %.

La coroner en chef Lisa Lapointe réitère sa position en faveur de la décriminalisation et d’un approvisionnement légal de drogues sûres. Tant que les gens demeurent dépendants d’un marché orienté vers les profits, qui n’est pas réglementé et qui est illicite, leur vie est en danger.

La seule solution, dit-elle, est d’offrir un approvisionnement sécuritaire aux personnes dépendantes. Des projets pilotes ont eu du succès, rappelle la coroner.

Depuis la déclaration d’un état d’urgence sanitaire en 2016, plus de 8500 Britanno-Colombiens sont morts après avoir consommé une substance illicite.

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