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La cuvée 2021 des auteurs d’ici

Gros plain sur les mains de la lectrice et sur le livre.

De nombreux auteurs de la région ont publié des ouvrages en 2021 (archives).

Photo : iStock

Ils sont peut-être passés sous votre radar cette année, mais de nombreux auteurs bas-laurentiens ont fait paraître des ouvrages en 2021. Voici quelques-uns de leurs livres, à lire sans modération ou à offrir à vos proches, histoire de se changer les idées pendant ce temps des Fêtes qui sera, encore cette année, particulier.


L’état de nos routes, Johanne Fournier (Leméac)

Une adolescente fugue avec son premier amour, file sur cette route de la Gaspésie du nord, avec la cadence des villages étendus dans chaque baie. Elle y découvre la liberté, les autres, avant de revenir chez elle, à Matane, pour repartir à nouveau, cette fois vers les vraies villes, les grandes, celles qui sont à l’Ouest, où elle restera pendant des années. Toutefois, le temps passe et la force à revenir, à redécouvrir d’anciens amours, mais surtout, à se redécouvrir, elle. À l’instar de son premier livre, Tout doit partir, on ouvre L’état de nos routes comme un écrin. Johanne Fournier nous fait ainsi toucher aux histoires souterraines et à ce quelque chose sur le bord de la disparition qu’il faut s’empresser d’attraper avant qu’il ne file.

Extrait :

Où revenir? Dans les photos aux contours dentelés d’enfants qui courent sur la grève ou figés devant des gâteaux de fête, empilées dans des boîtes que je n’en finis plus de vider depuis que je suis l’unique dépositaire de l’histoire familiale. Et cette tristesse de m’apercevoir que je ne viendrai plus en vacances ici, pour ensuite rentrer chez moi, repue de vent et d’horizon, en roulant sur les vieilles routes de la mer.


Chambres d’échos, Paul-Chanel Malenfant (Le Noroît)

Avec Chambres d'échos, Paul-Chanel Malenfant nous emmène encore une fois dans l'intime, à la lisière de la parole et du silence, du passé et du présent, dans la seconde perpétuelle d'une éternité. Les chambres qu'il évoque sont témoins des découvertes de l'enfance, de la sexualité, des mots qui forment le poème qui recommence le monde. On y découvre aussi un adulte qui regarde sa vie dans un rétroviseur, qui cherche, encore et toujours, l'instant présent, malgré tous ceux qui sont disparus. L'auteur nous offre ainsi un moment de répit, dans l'espace et le temps inconnus de la poésie.

Un livre dans une bibliothèque.

Paul-Chanel Malenfant a écrit plus d'une vingtaine de recueils de poésie.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Extrait :

Voici un paysage de bord de mer avec un voilier à l'horizon comme un premier amour. Un parc, des peupliers pleureurs, une fontaine éteinte, des oiseaux et des promeneurs en manteaux de pluie.
[...]
Je passe devant l'impensé et j'imagine ma mort, une éclipse laissant derrière elle la beauté de la terre, faveur parfaite de la nuit.


L’habitude des ruines, le sacre de l’oubli et de la laideur au Québec, Marie-Hélène Voyer (Lux)

Que restera-t-il de notre passé? C’est l’une des questions que se pose l’auteure rimouskoise Marie-Hélène Voyer, alors que les lieux qui racontent ce passé disparaissent du paysage québécois contemporain à coups d’abandons et de démolitions. Dans cet essai qui plaira à coup sûr aux amoureux d’histoire et de patrimoine, l’auteure se met au service de ces lieux humbles qui murmurent le temps. Elle y parle aussi bien des églises en décrépitude, des villages disparus dans les années 70 que des bâtisseurs de vide qui s’emploient à réduire notre passé à une anecdote en rasant des bâtiments qui racontent notre histoire pour en refaire du neuf. Elle se questionne surtout sur la façon dont nous pourrions mieux faire le lien entre notre passé et notre présent.

               Couverture du livre.

L'essai de Marie-Hélène Voyer s'intéresse au patrimoine bâti et à la façon dont le Québec traite son histoire.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Extrait :

Comment comprendre la logique derrière ces banlieues banalement cossues qui champignonnent partout? On rase des paysages agricoles ancestraux, on démolit des maisons patrimoniales authentiques, des traces précieuses et irremplaçables de notre histoire, tout cela pour construire du neuf qui mime l’ancien [...]. Ces néomanoirs ne sont pas de simples maisons, ce sont des crises identitaires.


Les femmes que j'aime ne font pas de bicyclette, Anthony Lacroix (La maison en feu)

Le terrain de baseball, l'appartement, le restaurant. Les femmes que j'aime ne font pas de bicyclette nous emporte en ces lieux simples, habités par des personnages qui vivent leur quotidien auquel on assiste, avec l'impression de regarder par le trou d'une serrure. Tantôt une femme regarde dehors, assise à la table d'un café, tantôt des enfants font des chasses à l'homme à bord de leur BMX, tantôt un homme écrit un poème sur un formulaire pour enjoliver la vie d'une préposée au renouvellement des cartes d'assurance-maladie. Sous la plume d'Anthony Lacroix, ces petits moments simples sont mis en lumière et ont souvent beaucoup à révéler.

       Livre d'Anthony Lacroix

Anthony Lacroix propose de courtes histoires bien ancrées dans le réel.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Extrait :

Si tu habitais le même immeuble, je n'aurais pas à rentrer chez moi. J'irais au frigo du fond, prendrais des bières au hasard, de la Black Bull ou une Fin du monde. Traverserais la porte derrière la caisse. Monterais les marches. Ne cognerais pas à la porte de ton appartement. Irais déposer mes achats sur le comptoir de ta cuisine. Je m'y sentirais comme chez moi sans jamais y avoir mis les pieds.


L'apocalypse durable, pamphlet à l'usage des écoanxieux pour radicaliser leur famille, Fred Dubé (Lux)

Pourquoi couper des arbres pour écrire un mauvais livre sur l'écologie? Dès le début de son livre, Fred Dubé donne le ton. S'il tire à boulets rouges sur les Costco et Walmart de ce monde, les vedettes, les politiciens et les riches oligarques, il n'hésite pas à se critiquer lui-même. La crise n'est pas environnementale, elle est humaine. C'est ce mammifère prétentieux qu'il faut aider, ou chasser, écrit-il. Alors que se poursuit le mythe du capitalisme vert, Fred Dubé montre du doigt les contradictions de notre société. Il cite aussi bien Gaston Miron, Alain Deneault que Marie-Chantal Toupin dans un essai qui fait réfléchir et rire, mais qui, disons-le, nous laisse un peu découragés face à notre époque.

Un livre sur un présentoir.

L'humoriste Fred Dubé utilise son humour décapant pour tirer à boulets rouges sur le capitalisme et ses effets sur l'environnement.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Extrait :

À quoi sert l'industrie du tourisme de masse sinon à bousiller les écosystèmes pour distraire une petite bourgeoisie qui s'ennuie? Le touriste est un dévoreur de monde, un jouisseur compulsif jetable, un masturbateur fou rêvant de gras, de sel et de vin sucré [...]. Écoutez donc un bon documentaire à propos d'un pays étranger assis dans votre salon, c'est plus authentique et enrichissant comme expérience. Le voyageur audacieux contemporain est celui capable de sentir Ulysse dans l'odyssée d'un grilled cheese bien fait.


Noir Métal, Sébastien Chabot (Alto)

Un étrange Général qui contrôle tout un village, des requins-scies et un jeune homme tout droit sorti du centre jeunesse qui revient pour déterrer les morts. Voilà quelques curiosités que l’on retrouve dans Noir Métal, qui a été en lice cet automne pour les Prix du gouverneur général. Sébastien Chabot nous y convie à une sorte de messe noire où le passé se superpose au présent et où des parents blasés n’hésitent pas à offrir leurs enfants comme monnaie d’échange. Tout ça, dans un paysage en crise cardiaque où s'égrène le temps comme les villages de la Matapédia, le long de la route 132.

Le livre Noir métal sur une tablette de librairie.

Le livre Noir métal de Sébastien Chabot a fait partie des finalistes aux Prix littéraires du Gouverneur général dans la catégorie roman et nouvelles.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Extrait :

Le Général rangea les outils. Les deux hommes retournèrent vers la camionnette. Le premier respirait à travers ses mains, le deuxième, les épaules et la tête haute, souriait. Le Général s’installa derrière le volant du véhicule et démarra. [Il] commença à fredonner un air joyeux et vif qui alluma, dans le jour, un incendie. La camionnette filait entre les arbres et le soleil s’écrasait dans le pare-brise, comme un gros œuf.

Autopsie de Charles Amand, Claude La Charité (L'Instant même)

Un incendie se déclare dans la maison de Charles Amand, mal-aimé du village de Saint-Jean-Port-Joli. Le feu est-il d'origine criminelle? Est-il dû aux expériences étranges menées par M. Amand, à sa négligence, ou à rien de moins qu'à l'œuvre du diable? M. T. L. B. enquête. Dans son dernier livre, Claude La Charité imagine ainsi une suite à L'influence d'un livre, de Philippe-Aubert de Gaspé fils, en faisant cohabiter à la fois son auteur et son personnage, mais aussi toute une bibliothèque de livres qui ont influencé la littérature québécoise et que l'auteur, également professeur de littérature à l'Université du Québec à Rimouski, invite à (re)découvrir.

Un livre devant une bibliothèque.

Le troisième roman de Claude La Charité est paru à L'Instant-même.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Extrait :

Chaque témoin lui proposait une version différente de l'histoire de Charles Amand et il avait peine à en dégager un tout cohérent, comme si la disparition du défunt alchimiste avait tout autant d'explications qu'il avait côtoyé de personnes. Si de fait le cultivateur n'avait pas ramoné sa cheminée depuis plusieurs mois, il n'était pas exclu que la créosote eût provoqué un feu, d'autant plus difficile à contenir que cette huile de goudron est inextinguible. [...] Mais pourquoi diable Charles Amand aurait-il allumé son foyer par un soir caniculaire du mois d'août?


Vers la tempête, Jean-Sébastien Bérubé (Futuropolis)

Le bédéiste Jean-Sébastien Bérubé n'est plus à présenter. Après nous avoir transportés en Asie dans Comment je ne suis pas devenu moine, il propose à nouveau un ouvrage très personnel, qui relate les aléas vécus par un jeune aspirant bédéiste qui s'apprête à passer sa ceinture noire en karaté tout en faisant face à ses tempêtes intérieures. Les gens de la région y reconnaîtront plusieurs lieux de Rimouski, tandis que les amateurs d'arts martiaux pourront y admirer la finesse du coup de crayon de Jean-Sébastien Bérubé, qui réussit habilement à mettre du mouvement dans ses dessins pour nous faire voir les combats.

Le livre sur l'étagère d'une librairie.

Le bédéiste Jean-Sébastien Bérubé a fait paraître Vers la tempête aux éditions Futuropolis.

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

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